À l'autre bout du fil, la voix tremble, puis se brise par instants. « Nous voulons juste savoir s'il est mort ou vivant », souffle Fatima, la trentaine à peine passée. Depuis des mois, ses journées se résument à attendre un message, un appel, un signe. Son frère, Moussa E., n’a plus donné de nouvelles depuis décembre 2025. Le silence est devenu une angoisse quotidienne. Quand on lui parle pour la première fois, elle espère que le journaliste à l'autre bout de la ligne a quelque information à lui donner. On s’excuse de ne pas en avoir, lui promettant de la tenir au courant des moindres développements.
Moussa était parti en Russie pour étudier. Rien, dans son parcours, ne laissait présager qu'il se retrouverait un jour en uniforme de soldat, arme à la main, à quelques kilomètres de la frontière ukrainienne. Par un enchaînement de circonstances que sa famille peine encore à comprendre, le jeune Marocain s'est retrouvé enrôlé au sein des Forces armées de la Fédération de Russie de Vladimir Poutine. Face à lui, les militaires ukrainiens.
Quelques semaines après son incorporation dans l'armée russe, il a été envoyé dans la région de Belgorod, zone frontalière avec l'Ukraine devenue, depuis le début de la guerre avec le pays dirigé par Volodymyr Zelensky, le théâtre d'affrontements sporadiques et de frappes régulières.
Dans les photographies que nous avons obtenues, Moussa apparaît dans un camp d'entraînement. Le visage fermé, le regard durci, sans la moindre trace du sourire qui illuminait ses anciens clichés. Sur ces images récentes, il porte un casque, un gilet tactique, parfois un écusson russe cousu sur la poitrine. Il pose devant une forêt clairsemée, un Kalachnikov à la main. L'expression est grave, presque absente.
Ces photos contrastent brutalement avec ceux qui inondent encore ses réseaux sociaux. Sur son compte Instagram, encore accessible, on le découvre en tenue de sport, ballon au pied, le sourire éclatant. Passionné de football, supporter affiché du Paris Saint-Germain et du Wydad Athletic Club de Casablanca, Moussa se rêvait ailleurs que dans une tranchée. Né le 19 février 1999 à Berrechid, il a grandi à Had Soualem. Ses proches décrivent un jeune homme discret, sportif, attaché à sa famille.
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