« De toute façon, ce n’est même pas 17 % du PDR que vous pourrez réaliser ». Cette phrase, glissée durant l’été à plusieurs présidents de région et qui sera soutenue autant par une circulaire du ministère que par un discours royal, provient de Jelloul Samsseme, directeur général des collectivités territoriales. Elle résume la philosophie d’un ministère de l’Intérieur qui, derrière le discours d’efficacité, a repris le contrôle des territoires. Les services du ministère de l’Intérieur ont réussi à éclipser les régions, résultats d’un processus démocratique, à savoir les élections locales de 2021, pour avoir la mainmise sur les projets en cours et les piloter directement.
Depuis plusieurs mois, les présidents de région font face à un mur administratif. Leurs Programmes de développement régional (PDR), élaborés à grands frais, validés par les walis et votés par leurs conseils, ont été quasiment suspendus. Motif invoqué : un faible taux de réalisation prévisionnel, mais le résultat est radical : l’exécution des projets régionaux est désormais conditionnée à leur intégration dans un nouveau dispositif piloté depuis le centre, le Programme de développement territorial intégré (PDTI).
Même si officiellement, on insiste en avançant qu’il ne remplace pas le PDR, élaboré par les régions et véritable programme de politiques publiques pour chaque président de région pour son mandat, dans les faits, les choses sont autrement dit : par une restructuration que nous dévoilons, le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit prend la haute main sur les projets des régions, en les court-circuitant.
Le Desk revient sur l’enchaînement d’événements ayant conduit à cette situation : un processus où les collectivités élues se retrouvent marginalisées, et où la décentralisation politique s’efface derrière la déconcentration administrative.
Des premiers signes avant-coureurs
Les premiers signes avant-coureurs étaient là. Pour doubler les collectivités élues, il fallait commencer par leur retirer certains domaines qui leur étaient jusque-là dévolus. C’est le cas du transport. Aujourd’hui, avec le renforcement des sociétés de développement local (SDL) dédiées aux transports, celles-ci prennent en charge de bout en bout le nouveau programme de modernisation des bus porté par Abdelouafi Laftit avec une confortable cagnotte de 11 milliards de dirhams (MDH).
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