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04.04.2016 à 14 H 47 • Mis à jour le 25.07.2016 à 05 H 43
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Révélations

L’hôtel de Broglie, le joyau parisien de Mohammed VI cité dans les Panama Papers ?

L’hôtel de Broglie, propriété royale dont il est question dans les Panama papers est l’une des plus belles et certainement la plus imposante résidence privée de la capitale française, réputée aussi pour son grand parc qui donne sur l’esplanade des Invalides. COUTESY MAISON DE BROGLIE
Immobilière Orion SA, dont Mohamed Mounir Majidi a été administrateur, a obtenu un prêt gratuit de 36 millions d’euros en juin 2003 auprès d’EPOS International Corp, société domiciliée aux Iles Vierges Britanniques par le cabinet Mossack Fonseca, objet des fuites des Panama Papers. Un montage complexe destiné à l’acquisition et à la réfection d'une nouvelle propriété royale à Paris.

Parmi les belles demeures de Mohammed VI en France, l’hôtel de Broglie, véritable joyau de la couronne marocaine qui jouxte le musée Rodin, au 73 rue de Varenne, dans le très chic 7ème arrondissement, est-elle la propriété dont font état les Panama Papers ?


Selon Le Monde qui a participé à l’enquête mondiale, une société des Iles Vierges Britanniques, EPOS International Corp, a prêté – gratuitement –  36 millions d’euros à Immobilière Orion, société alors dirigée par Mounir Majidi au Luxembourg, pour acquérir ce bien. Toujours selon Le Monde, la formulation des termes du contrat de prêt « semble signifier que Mohammed VI est à la fois prêteur, emprunteur et bénéficiaire du montage ». Le quotidien rapporte que l’hôtel particulier situé à un jet de pierre des Invalides, a entièrement été refait. Celui-ci a obtenu un permis de construire en 2013 qui donne une description précise des travaux, poursuit Le Monde : « les étages ont été entièrement reconstruits, les façades ravalées, les toitures refaites, une piscine aménagée ».


Un bien exceptionnel niché au coeur de Paris

Ce bien exceptionnel a été acquis par Immobilière Orion. Les statuts publiés lors de sa création en 2003 indiquent que ses actionnaires de départ sont Dot Finance SA et Financière du Bénelux SA, deux structures elles aussi domiciliées au Luxembourg chez Fidupar, filiale de la BNP Paribas Luxembourg, et dont l’actionnariat est inconnu.


Les bilans des sociétés consultés par ailleurs par Le Desk mentionnent des immobilisations corporelles qui s’élèvent à 18 millions d’euros et une dette de financement contractée en 2003 de 36 millions d’euros. En 2010, Immobilière Orion ne s’acquittait que de 28 000 euros d’impôts, dont 12 870 euros de taxe foncière et 15 000 euros de taxe sur logement vacant grâce à un abattement spécial du fisc français.


De 2003 à 2011, Orion SA avait pour président Mohamed Mounir Majidi, le secrétaire particulier de Mohammed VI et comme administrateur Mohcine Benyagoub, un membre de son cabinet qui préside entre autres aux destinées de l’Académie Mohammed VI de football.


En juillet 2011, en plein Printemps arabe, Majidi et Benyagoub sont remplacés par des gestionnaires de fortune de la LWM, une société « d’ingenierie financière » dont le siège est au Luxembourg et qui possède des bureaux dans la plupart des paradis fiscaux, notamment en Asie.

Un milliardaire français au parfum

En juin 2013, un nouvel administrateur est nommé aux côtés de LWM : le milliardaire Jean Madar, 270 ème fortune de France et co-fondateur d’Interparfums, une société florissante qui fabrique et distribue des parfums de prestige sur la base de contrats de licence conclus avec de grandes marques de haute couture, de prêt-à-porter, de haute joaillerie ou d’accessoires de luxe. Parmi elles, on compte Boucheron, Balmain, Lanvin, Van Cleef &  Arpels, Paul Smith ou Jimmy Choo.


Jean Madar est aussi un magnat de l’immobilier. Son empire, Jean Madar Holding, gère une multitude de biens d’exception notamment dans les beaux quartiers de Paris.


L’hôtel de Broglie est méconnu du grand public qui a davantage entendu parler du château royal de Betz dans le Valois, en plein cœur de la campagne picarde, où Mohammed VI se rend régulièrement, ou encore celui d’Armainvilliers en Seine et Marne, ayant appartenu à la duchesse de la Rochefoucault Doudeauville et où le monarque ne pose jamais ses valises. Cette dernière propriété, un fief très ancien, dont on trouve mention dès le XIIème siècle, est constituée d’une résidence plus moderne bâtie en 1877 par le baron Edmond de Rothschild qui s’en était porté acquéreur et complétée par de luxueux pavillons de gardes, des fermes en style normand, de vastes communs, une grande orangerie, sur le modèle anglais. En tout, deux cents pièces agrémentées de quatre-cents hectares de parc d’où s’était, pour la petite histoire, envolé pour la première fois Clément Ader, le pionnier de l’aviation. Autant dire un domaine chargé d’histoire.


Mais l’hôtel de Broglie, dont il est question dans les Panama Papers est l’une des plus belles et certainement la plus imposante résidence privée de la capitale française, réputée aussi pour son grand parc qui donne sur l’esplanade des Invalides.

Une histoire riche et romanesque

Son histoire aussi riche que romanesque est décrite dans les archives de la vieille Maison de Broglie, une famille noble française d’origine piémontaise. Installée en France depuis le 17ème siècle à la suite de Mazarin, elle a fourni à la France trois maréchaux, deux Présidents du Conseil, cinq académiciens, un prix Nobel et d’autres personnages distingués.


L‘hôtel de Broglie est construit sur l’emplacement d’un hôtel construit en 1704 pour le comte de Langonnay et remanié en 1711 par Germain Boffrand. L’hôtel actuel est bâti en 1752 pour les ducs de Broglie par Pierre Mouret. Cet hôtel a lui-même été remanié, ou peut-être même reconstruit, après 1782 par Jean-Baptiste Louis Élisabeth Le Boursier pour le maréchal de Broglie.


Le principal corps de logis comporte onze travées, un étage, un attique et un toit-terrasse dissimulé par une balustrade. Pour assurer l’étanchéité de celui-ci, Le Boursier utilisa le ciment du chevalier d’Estienne, encore insuffisamment au point puisque des craquelures se produisirent dès le premier hiver qui contraignirent le chevalier de refaire la chape à ses frais.


L’hôtel de Broglie a été, sous l’Empire, la résidence de Charles-Louis Huguet de Sémonville. Il le loue à Charles-François Lebrun, duc de Plaisance, à partir de 1815 puis le vend à la duchesse de Montebello, veuve du maréchal Lannes en 1826.


Selon certains experts, il semblerait que ce soit cet hôtel de Broglie qui ait inspiré Stendhal pour la description de l’hôtel de la Môle dans son célèbre roman « Le Rouge et le Noir ». Le passage, assez bref, dit « La gravité du portier et surtout la propreté de la cour l’avaient frappé d’admiration. Il faisait un beau soleil. — Quelle architecture magnifique ! dit-il à son ami. Il s’agissait d’un de ces hôtels à façade si plate du faubourg Saint-Germain, bâtis vers le temps de la mort de Voltaire. Jamais la mode et le beau n’ont été si loin l’un de l’autre. »


Des transformations remarquables sont effectuées au milieu du XIXe siècle par Gabriel-Hippolyte Destailleur pour le comte Joseph Othenin d’Haussonville et son épouse née Louise-Albertine de Broglie. Il est restauré vers 1970 par Jacques Robine. La splendeur du bâtiment est insoupçonnable de la rue. L’hôtel a appartenu à Lady Beatrice jusqu’à sa mort en 1972. Celle-ci, fille du richissime industriel américain Ogden Mills, grand éleveur de chevaux et membre du Jockey Club, a hérité de son père l’hôtel de la rue de Varenne. Elle épousera Bernard Forbes, un aristocrate anglais, 8ème Comte de Granard et y habitera lors de ses séjours parisiens.


D’après les archives historiques de la Maison de Broglie


DISCLAIMER du 6 avril 2016 : A la date de sa première publication le 4 avril 2016, cet article affirmait que l’hôtel de Broglie était la propriété royale citée par les Panama Papers. Des informations parcellaires sur sa localisation près des Invalides nous avaient menés sur cette fausse piste. Nous nous en excusons auprès de nos lecteurs. Nous avons toutefois décidé de ne pas le soustraire, compte tenu des informations de fond qu’il contient sur cet autre patrimoine de la Couronne. Il a toutefois été légèrement remanié sous forme interrogative à des fins d’archivage. La demeure de Mohammed VI citée par les Panama Papers a fait l’objet d’un autre article détaillé publié le 6 avril 2016 à consulter en suivant le lien suivant :

Pierre Yovanovitch signe le nouvel hôtel particulier de Mohammed VI à Paris