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04.05.2016 à 15 H 11 • Mis à jour le 04.05.2016 à 15 H 31
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Docu

Le « règne secret de Mohammed VI », avec Catherine Graciet, bientôt diffusé sur France 3

Jean-Louis Perez et Pierre Chautard de l’agence Premières Lignes en tournage à la rédaction du Desk en février 2015 à la veille de leur expulsion du Maroc. / LE DESK
Déprogrammé par la chaine publique française en septembre 2015, le documentaire consacré à la fortune et aux affaires économiques du roi, réalisé par le journaliste Jean-Louis Perez, sera diffusé le 26 mai prochain à 23h25 (GMT+2) dans une version refondue.

Jusqu’ici, nombre d’ouvrages et d’articles de presse, tant au Maroc qu’à l’étranger, ont décrit, tantôt avec précision, tantôt avec fantasme, le train de vie de Mohammed VI, sa richesse personnelle, la suprématie budgétaire de l’institution royale et le poids économique du business de la famille régnante. Jean-Louis Perez, journaliste d’investigation pour la boite de prod’  Premières Lignes, passé depuis chez Grand Angle Productions, a eu la riche idée de porter à l’écran ce thème aussi important que croustillant.


Son projet initial avait pour socle éditorial l’ouvrage à succès de Catherine Graciet et d’Eric Laurent, le roi prédateur, paru chez Grasset en 2012 et interdit au Maroc. Ecrit au canon, essentiellement sur la base d’enquêtes parues durant la décennie 2000 dans Le Journal –  où Graciet avait travaillé quelques années – , et d’articles de TelQuel sur la fortune personnelle du monarque, il concluait à « une véritable mise en coupe réglée de l’économie du royaume que l’on assiste depuis plus de dix ans ».


Un contrat, dont les contours n’ont pas été révélés, avait été conclu courant 2014 pour une adaptation audiovisuelle du livre dont la production a été confiée à l’agence parisienne Premières lignes, dirigée par Paul Moreira, et rendue célèbre par son émission phare Cash investigation diffusée sur France Télévisions. Restait le travail à accomplir sur le terrain au Maroc et en France.


Les journalistes expulsés dans un contexte de crise avec la France

Début 2015, Jean-Louis Perez, accompagné de Pierre Chautard, débarque au Maroc. Leur feuille de route prévoit d’interviewer quelques commentateurs critiques de la prévalence du roi dans l’économie, dont l’ancien prisonnier politique, aujourd’hui président de Transparency Maroc, Fouad Abdelmoumni, l’homme d’affaires Karim Tazi et l’économiste Najib Akesbi.


Les deux journalistes français sont interpellés le 15 février à Rabat et leur matériel –  loué à Casablanca –  saisi, alors qu’ils effectuaient une interview dans les locaux de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH), au motif qu’ils ne disposaient pas de l’autorisation nécessaire pour filmer. Une mesure récurrente au Maroc dénoncée par nombre d’instances locales et internationales.


Selon Premières lignes, les deux journalistes avaient bien demandé depuis plusieurs semaines ce sésame indépassable au Maroc, mais « n’avaient reçu aucune réponse et en avaient donc conclu qu’elle n’était pas obligatoire pour travailler ». Les fiches de la police des frontières de l’aéroport de Marrakech opportunément fuitées sur Le360, indiquent que Perez s’était présenté comme décorateur, et Chautard comme réalisateur de spots publicitaires.


Ces faits intervenaient moins de quarante-huit heures après la visite à Rabat du ministre français de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, premier officiel à se rendre dans le royaume depuis la fin de la brouille diplomatique entre les deux pays, causée par l’affaire Hammouchi.


Un projet reporté après l’affaire Laurent-Graciet

Première conséquence de l’expulsion des journalistes, l’organisation de la 77e édition du prix Albert Londres qui devait se tenir en mai 2015 à Tanger est annulée dans la foulée. Dans son communiqué, son jury expliquait qu’il « ne peut pas laisser planer le doute d’une quelconque indulgence pour des pratiques contraires à l’éthique ».


Malgré cette déconvenue, Perez n’avait pas pour autant abandonné son projet. Mais en septembre 2015, selon La Lettre de l’expansion, la direction de France 3, tenue par Dana Hastier, devait renoncer à diffuser le documentaire, effet collatéral de l’affaire dans laquelle Eric Laurent et Catherine Graciet sont accusés de chantage et d’extorsion de fonds à l’encontre du roi.


Le documentaire intitulé Roi du Maroc, le règne secret, produit par Luc Hermann de Premières Lignes et programmé dans l’émission Docs de choc, d’une durée de 64 minutes, sera finalement diffusé par France 3 le 26 mai prochain à 23h25 (GMT+2) dans une version remaniée. Il comporte, outre celle de Catherine Graciet qui s’exprime pour la première fois longuement sur son affaire, les interventions filmées du prince Moulay Hicham, des journalistes Gilles Perrault, Ali Lmrabet, Aboubakr Jamaï –  reconverti dans l’enseignement en France -, Ahmed Réda Benchemsi, –  qui a rejoint depuis l’ONG Human Rights Watch à New York –  , ainsi que de Fouad Abdelmoumni, Karim Tazi, Najib Akesbi, les ex-militaires Mustapha Adib et Abderrahim Mernissi, ainsi que le financier Jean Peyrelevade, qui avait conseillé, à travers sa banque conseil Léonardo &  Co, la holding royale SNI lors de sa fusion avec l’ONA.


Annoncé par un post de Jean-Louis Perez diffusé sur Facebook, le reportage revient sur « l’enfance atypique de Mohammed VI, sous la domination de son père Hassan II », confirmant ce que rapportait plus tôt La lettre de l’audiovisuel. Le docu va passer de « l’autre côté du miroir et révèlera des zones d’ombre du roi », ajoute le site qui explique que les auteurs se sont intéressés aux investissements du souverain dans les plus grandes entreprises marocaines, comme les banques ou les assurances. Le film promet aussi « une enquête sur le pouvoir et les méthodes de Mohammed VI, sur les droits de l’Homme, sur l’absence de liberté de la presse, sur la corruption endémique dans certains secteurs de l’administration comme l’armée  », tout en relativisant la charge en affirmant que « depuis son accession au trône en 1999, Mohammed VI a lancé de nombreuses réformes audacieuses. Sous son impulsion, le Maroc est devenu l’un des pays les plus avant-gardistes du monde arabe, notamment pour les droits des femmes. Personne ne peut nier sa gestion avisée de l’islamisme, ainsi que les effets positifs de sa politique de grands travaux sur l’économie marocaine. »



DISCLAIMER : Ali Amar, directeur de la publication du Desk interviewé en février 2015 à Casablanca par Jean-Louis Perez dans le cadre de ce documentaire a demandé le retrait de son témoignage pour les raisons suivantes qu’il invoque aujourd’hui : « A aucun moment Jean-Louis Perez ne m’a indiqué qu’il s’agissait d’une enquête dont le synopsis a principalement été rédigé à partir de l’ouvrage consacré en 2012 par Catherine Graciet et Eric Laurent à Mohammed VI, prétendant lors de notre entrevue dans les locaux du Desk, qu’il s’agissait d’un reportage en trois volets sur la situation générale des économies des pays du Maghreb ». Ali Amar avait par la suite réitéré à Jean-Louis Perez sa volonté de ne pas être associé à ce documentaire « suite à l’affaire du projet de livre avorté sur Mohammed VI mettant en cause les mêmes auteurs devant la justice française ».