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30.10.2016 à 18 H 31 • Mis à jour le 30.10.2016 à 21 H 21
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En direct de Casablanca

Les indignés de la mort de Fikri dans la rue pour dénoncer la « hogra du système »

Le mouvement d’indignation suscité par la mort à Al Hoceima de Mouhcine Fikri, vendeur de poissons, broyé par un camion-benne alors qu’il contestait la saisie de sa marchandise, ne fléchit pas. Manifestations et sit-in de protestation contre la « hogra » sont prévus ce soir dans plusieurs villes du pays, notamment à Rabat et Casablanca, alors que les autorités tentent de désamorcer la crise

La mort tragique d’un vendeur de poisson broyé par une benne à ordure continue de susciter une vive émotion Al Hoceima et dans une quarantaine de villes et localités à travers le pays où les manifestations et sit-in se succèdent depuis vendredi soir, mais aussi et surtout sur les réseaux sociaux où une vague de colère a enflammé la Toile dans un mouvement quasi unanime accusant les autorités d’être responsables de son décès. Deux hashtags en arabe,  #طحن_مو  ( Broie-le !), et #كلنا_محسن_فكري ( Nous sommes tous Mouhcine Fikri ) sont en tête des tendances sur Twitter.

En direct de Casablanca



Mouhcine Fikri. B, 31 ans, est décédé vendredi soir alors qu’il tentait de s’opposer à la saisie et à la destruction de sa marchandise par des agents d’autorité. L’homme, vendeur de poisson de son état, avait auparavant acheté une certaine quantité d’espadon à la halle du port de la ville avant de passer à bord de son véhicule le check point de police et le contrôle des douanes, selon des témoignages concordants.


Des manifestants se sont donnés rendez-vous devant le Parlement à Rabat, à l'instar d'une quarantaine de villes du royaume. AIC PRESS


Le mécanisme de compactage à l’arrêt

Certains témoignages avancent qu’il s’agissait de 500 kg d’espadon, une espèce interdite à la pêche durant cette période de l’année. Pourtant, comme l’évoquent nombre de témoins, la transaction ne s’est pas faite au marché noir, mais au vu et au su des autorités portuaires. Fikri a ensuite, toujours selon des témoins présents, été interpelé par un policier en faction devant le tribunal de la ville qui, après avoir constaté qu’il convoyait une cargaison de poissons sous embargo, a fait appel à la société privée de ramassage d’ordures Pizzorno, délégataire du service à Al Hoceima dans l’intention de la détruire.


A l’arrivée du camion benne sur les lieux, un attroupement s’est formé pour dénoncer la procédure. Une vidéo de l’événement, diffusée sur internet, montre la victime monter avec d’autres personnes sur l’arrière de la benne à ordures, manifestement pour tenter de s’interposer à la destruction de la marchandise saisie. A cet instant, le mécanisme de compactage était à l’arrêt, comme le prouvent les images filmées.



L’homme, qui était descendu au fond de la benne comme le montrent ces mêmes images insoutenables, a été ensuite happé par le mécanisme qui s’est mis en route sous les cris horrifiés des personnes présentes. Les commentateurs sur les réseaux sociaux évoquent par l’affirmative une injonction du policier auteur de l’interpellation donné au chauffeur du camion d’enclencher le mécanisme, citant des témoins anonymes.


Le vendeur de poissons s’est senti humilié

Le ministère de l’Intérieur et les instances judiciaires d’Al Hoceima avaient auparavant annoncé avoir ordonné l’ouverture d’une enquête, qui sera menée par la police judiciaire « pour élucider les circonstances et les causes du décès, et en établir les responsabilités ». « Le camion pour le ramassage des ordures était en train de détruire une quantité de poissons interdits de pêche saisie par les services de sécurité sur ordre du parquet général compétent », avait simplement précisé le ministère de l’Intérieur dans un communiqué relayé par l’agence officielle MAP dans la nuit de vendredi à samedi.


Le drame a choqué la population locale et au-delà dans tout le pays. Des dizaines de personnes se sont spontanément rassemblées dans la nuit sur les lieux de l’incident, toujours selon des images diffusées sur les réseaux sociaux. « C’était un commerçant qui vendait ses poissons comme d’habitude dans l’anarchie du port que tout le monde connait ici, avec le secteur informel », a expliqué à l’AFP Fassal Aoussar, représentant local de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH).


Les autorités l’ont forcé à « se débarrasser de ces poissons sur le boulevard, devant le tribunal, et elles ont appelé pour cela une société privée spécialisée dans le nettoyage des poubelles ». « Le vendeur s’est senti humilié. Sa marchandise avait une valeur importante (… ) Il s’est jeté pour sauver ses poissons et a été écrasé dans la machine », selon lui. La thèse du suicide est cependant fortement contestée par les témoins et par les images furtives de la vidéo. Sur les réseaux sociaux, la colère gronde et les accusations fusent contre les autorités.


Les obsèques de Mouhcine Fikri à Al Hoceima, ce dimanche. AIC PRESS


La DGSN a affirmé que « les informations relayées par les réseaux sociaux sur une présumée relation de fonctionnaires de la sûreté avec la mort d’un citoyen à Al Hoceima sont dénuées de tout fondement », dans un communiqué diffusé samedi soir, affirmant que « de fausses informations ont été relayées par les réseaux sociaux, prétendant qu’un policier a réclamé une somme d’argent au conducteur d’un véhicule chargé de poissons, alors qu’un responsable sécuritaire a sommé le conducteur d’un camion de ramassage d’ordures de faire marcher la benne-tasseuse, ce qui a causé la mort du poissonnier », est-il mentionné. « S’agissant des allégations autour des fonctionnaires de police, la DGSN souligne que le conducteur du véhicule chargé de poisson a catégoriquement démenti tout chantage de la part des policiers », ajoute la police qui « dément toutes ces allégations et réaffirme que la Brigade nationale de la police judiciaire est en train de mener une enquête sur cette affaire ».


Des enquêtes ouvertes, mais jamais résolues

Cette mise au point n’a cependant pas calmé les ardeurs de l’opinion publique qui fait désormais référence au sentiment de hogra généralisée après les promesses souvent répétées des autorités d’ouvrir des enquêtes pour des cas similaires mais qui n’ont jamais abouti à des résultats concrets, citant entre autres les personnes décédées lors des manifestations du 20-Février,  les événements de Sidi Ifni, la répression du rassemblement de Rabat lors de l’affaire Daniel Galvan, les inondations de Tan Tan… 


Un nombre impressionnant de personnes ont suivi le cortège funèbre du défunt lors de ses funérailles ce dimanche à Al Hoceima, tandis que des appels à manifestations ce soir entre 17 et 18 heures dans de nombreuses villes, dont Rabat, devant le Parlement et à Casablanca, place Maréchal, ont été diffusés sur les réseaux sociaux, faisant tantôt un parallèle avec l’immolation par le feu de Bouaâzizi en Tunisie déclenchant les révolutions arabes, tantôt affirmant qu’il s’agit d’un « meurtre d’Etat ».



De son côté le PJD a publié un communiqué signé par le chef de gouvernement Abdelilah Benkirane en sa qualité de secrétaire général du parti, dans lequel il appelle ses partisans à ne pas réagir aux protestations concernant ce « malheureux incident  ». La DGSN réaffirme ce dimanche dans un communiqué relayé par la MAP que la police judiciaire « mène une enquête minutieuse et globale, sous la supervision du parquet général » afin de déterminer les causes exactes du décès.


Alors qu’il est en déplacement en Afrique de l’Est, le roi Mohammed VI a donné ses instructions au ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad « pour se rendre ce dimanche à Al Hoceima et présenter les condoléances et la compassion du souverain à la famille du défunt Mouhcine Fikri », a indiqué ce dimanche le ministère de l’Intérieur.



« Le ministre de l’Intérieur a informé la famille du défunt des Hautes Instructions royales pour qu’une enquête minutieuse et approfondie soit diligentée et pour que des poursuites soient engagées contre quiconque dont la responsabilité serait établie dans cet incident, avec une application rigoureuse de la loi à tous, pour servir d’exemple à toute personne qui aurait failli ou manqué à ses missions et responsabilités », a ajouté le ministère dans ce nouveau communiqué.