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30.03.2018 à 20 H 00 • Mis à jour le 31.03.2018 à 00 H 28
Par
Enquête - Partie 9

Scandale du Pedovex: Zenith Pharma et le ministère de la Santé tentent d’étouffer l’affaire

Passation des pouvoirs entre Amara et Doukkali, ministre de la Santé. MAP
Suite à l’article du Desk publié hier soir faisant état de la commercialisation au Maroc du Pedovex, médicament pourtant interdit depuis trois mois dans son pays d’origine, le laboratoire qui le fabrique a émis ce jour aussi un ordre de retrait antidaté au 28 mars. Le ministère de la Santé a rendu public ce jour un communiqué affirmant que l'AMM du Pedovex lui a été retirée...le 28 mars. Démonstration d’une grossière manipulation

Comme si le scandale en soi n’était pas suffisamment grave, suite à l’enquête du Desk sur la disponibilité au Maroc de son médicament Pedovex alors qu’il est interdit dans plusieurs pays, dont celui de son origine, l’Arabie saoudite, le laboratoire Zenith Pharma, qui le fabrique sous licence à Agadir, a diffusé massivement aujourd’hui un ordre de retrait qu’il prétend avoir émis le 28 mars, soit à la veille de la parution de notre article.


Courrier de retrait du Pedovex antidaté au 28 mars


Incapable de reconnaître qu’il commercialisait jusqu’à ce jour un produit interdit et donc potentiellement dangereux pour la santé des Marocains, Zenith Pharma, dont l’actionnaire de référence est le politicien pamiste Hamid Ouahbi, tente maintenant de tromper l’opinion publique en antidatant grossièrement un document relatif à la sécurité sanitaire nationale.


Pire encore, dans son courrier, le Dr. Mohamed El Bouhmadi, pharmacien responsable de Zenith Pharma prétend que cette décision « conjointe » intervient « en accord avec les autorités de tutelle et par mesure de précaution ».


Il a été suivi par un communiqué du ministère de la santé daté d’aujourd’hui, mais qui prétend que le retrait de l’autorisation de mise sur le marché du Pedovex (AMM) date du 28 mars alors que Zenith Pharma parle d’un retrait de lot volontaire, comme s’il s’agissait d’une affaire mineure…  Pourtant, le communiqué du ministère manifestement rédigé dans la précipitation prouve la fébrilité des autorités alors que le ministre Anass Doukkali était d’après nos sources à Marrakech pour un conclave destiné à …réviser la gouvernance de son département. Le texte est d’ailleurs tronqué et comporte même une faute dans le nom du laboratoire saoudien qui produit le Pedovex… 


Extrait du communiqué du ministère de la Santé


Or, vérification faite par Le Desk auprès de plusieurs grossisteries, dont une parmi les leaders du marché, jusqu’à ce jour à 16 h 46, soit 48 heures après la prétendue décision, aucune notification ne leur avait été adressée. L’un des directeurs témoignait aujourd’hui à 16 heures : « lorsqu’une décision de retrait est prise, elle nous est immédiatement transmise, et pour le Pedovex, ce n’était toujours pas le cas ce 30 mars ».

 

Moins d’une heure plus tard, les grossisteries contactées faisaient état de réception de l’ordre de retrait par un courriel groupé dont nous avons obtenu copie, preuve supplémentaire de la précipitation de Zenith Pharma à vouloir étouffer l’affaire :


Mail groupé adressé ce vendredi 30 mars à 16h46 aux grossisteries, prouvant qu'aucune notification n'était intervenue auparavant


Nous rappelons cependant à nos lecteurs, facture publiée dans notre article comme preuve à l’appui, que nous nous sommes procurés une boite de Pedovex hier aux alentours de 20 heures dans une pharmacie de la région de Casablanca.


Un médicament inefficace pour une pathologie grave

La ficelle de Zenith Pharma, en accointance avec le ministère de la Santé, est trop grosse pour être crédible. D’ailleurs, ce médicament est interdit à l’étranger depuis le 29 décembre 2017. Pourquoi avoir attendu trois mois pour enclencher ce principe de précaution, d’autant qu’il s’agit d’un médicament prescrit pour des patients souffrant d’une pathologie grave (AVC, infarctus du myocarde) et qui a été jugé inefficace par la Saudi Food And Drug Authority comme le reconnait sur le tard le ministère de la Santé dans son communiqué ? Combien de Marocains ont depuis cette date continué à le prendre pour assurer leur survie ?


Antidater la lettre de deux jours pour ne pas avouer avoir été contraint par une alerte de la presse dénote aussi de la capacité de certains industriels pharmaceutiques à émettre des documents caviardés avec la complicité de leur ministère de tutelle.


Nous avons démontré depuis le début de notre enquête en série que le secteur de la santé est géré de manière opaque, que ses décideurs au plus haut niveau gouvernemental, sont coupables de faits répréhensibles par la loi et qu’ils bénéficient d’une impunité à toute épreuve. Cela soulève des questions essentielles : sur la logique de non respect de la loi qui est devenue la norme avec des autorisations accordées à des laboratoires fantômes, sur des AMM délivrées sur un régime de faveur (Zenith Pharma n’est-il pas justement le laboratoire qui reçoit le plus d’AMM par an ?), sur le contrôle et la veille sanitaire au Maroc dont la conformité aux normes internationales est plus que sujette à caution, sur les règles de bio-équivalence dont le décret byzantin est demeuré lettre morte comme autant de décrets d’application dans le domaine de la santé…C’est cette situation inquiétante qui fait régner l’arbitraire tant la reddition des comptes ne concerne pas les acteurs de la santé publique au Maroc.


Fait révélateur, cet épisode sur la collusion dangereuse d’un laboratoire avec le ministère de la Santé intervient alors que nous publions justement aujourd’hui un nouveau volet de notre enquête sur les petits arrangements conclus entre Zenith Pharma et la direction du médicament et de la pharmacie sur le cas de son générique anti-hépatite C qui a été mis en circulation en février avant même l’officialisation de son prix au Bulletin officiel du 26 mars. Vont-ils encore nous sortir un PV de commission interministérielle antidaté pour justifier cela alors que des sources croisées nous assurent qu’aucune réunion n’a été tenue dans ce sens ?


Lire aussi les huit précédents volets de l’enquête :

Partie-1 :  La grenade dégoupillée de l’industrie pharmaceutique nationale

Partie-2 : La grande arnaque des « labos fantômes »  (plus En Off : « Labos fantômes » : Anass Doukkali réagit à l’enquête du Desk)

Partie-3 : La lente agonie de la veille sanitaire marocaine

Partie-4 : Santé : des « Assises du médicament » pour enfumer le débat

Partie-5 : « Assises du médicament » : chronique d’un fiasco annoncé

Partie-6 : Omar Bouazza : l’homme clé de la Santé accusé de racket

Partie-7 : Le Pedovex, interdit dans son pays d’origine, en vente au Maroc

Partie-8 : Médicaments : une baisse des prix pour masquer le scandale Sophos