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10.10.2019 à 12 H 39 • Mis à jour le 10.10.2019 à 12 H 39
Par
Santé

Fresenius investit au Maroc malgré de lourdes accusations de corruption

Le siège de la firme allemande Fresenius à Bad Homburg. Elle a décroché des marchés indus de 3,7 millions d’euros avec l’armée marocaine. DPA
Alors que le Département de la Justice américain avait détaillé son schéma de corruption mis en place au Maroc pour obtenir des marchés avec des hôpitaux militaires et l’ouverture d’une enquête judiciaire par l’armée, la firme allemande de dispositifs médicaux compte investir près de 200 millions de dirhams pour le rachat de centres d'hémodialyse privés dans le royaume

Le magazine Economie &  Entreprises rapporte dans sa dernière livraison que la société allemande de dispositifs médicaux Fresenius « mise gros » sur le Maroc, en projettant d’investir pas moins de 200 millions de dirhams dans « le marché très rentable » des centres d’hémodialyse privés.


Fresenius a d’ores et déjà démarré ses emplettes, assure la même source : sa filiale locale NeprhoCare Morocco a déjà acquis une unité à Fès pour 5 millions de dirhams.


Mais la firme médicale basée à Bad Homburg qui compte ainsi concurrencer le Français Elsan, traine dans le royaume de sérieuses casseroles. Elle a corrompu un médecin militaire marocain pour obtenir des marchés avec l’armée, selon la justice américaine.


Suite à ces révélations, les Forces Armées Royales avaient annoncé le 5 avril l’ouverture d’une instruction judiciaire. Le Desk avait pu identifier l’ancien médecin militaire pointé du doigt par la justice américaine qui s’est converti depuis dans le privé.


Selon des documents du Département américain de la Justice consultés par Le Desk, le système de corruption mis en place au Maroc par Fresenius afin d’obtenir des contrats pour le développement de centres de dialyse rénale dans des hôpitaux militaires du royaume, a impliqué sa filiale locale Fresenius Medical Care Maroc (FMC Maroc), détenue à 100 % et gérée par sa division Europe et Moyen-Orient.


Matériel de dialyse de la firme Fresenius. DR


Un « cadre supérieur de FMC Maroc » doté de pouvoirs de décision et un « officiel marocain », néphrologue et responsable de la création de centres de dialyse au sein de deux hôpitaux militaires, sont coupables, d’après les documents judiciaires américains, d’avoir élaboré un circuit de corruption à travers une société-écran spécialement « créée pour dissimuler des paiements destinés à l’officiel marocain ».


Ainsi d’octobre 2006 jusqu’en 2010, Fresenius et sa filiale FMC Maroc ont versé des pots-de-vin à ce responsable « afin d’obtenir un avantage indu et d’aider FMC à obtenir et conserver des activités au Maroc ».


Au cours de cette période, préparant un appel d’offres pour la création d’un centre de dialyse à l’Hôpital militaire de Rabat, la firme allemande et son représentant local ont mis au point un modèle financier prévoyant notamment le versement d’une « commission » au responsable du programme de santé militaire.


Un pot-de-vin versé en tranches annuelles… 

Cette « commission » représentait 10 % de la valeur totale de la commande, dont 50 % seraient payés la première année (en 2007), puis par tranches annuelles successives de 12,5 %. En réalité, cette « commission » était un pot-de-vin à payer en échange de la décision de l’officiel marocain de désigner FMC Maroc pour développer le centre de dialyse de l’hôpital militaire de Rabat…


L’enquête menée par le Département de la Justice américain et le FBI fait état de l’existence d’un échange de mails internes de Fresenius. « Lors de la discussion sur le paiement de la commission, l’employé de Fresenius a envoyé un courrier électronique indiquant qu’il rencontrerait un représentant de l’État marocain afin de discuter et d’obtenir des projets de développement supplémentaires ». Selon nos sources, ce nouveau contrat concernait l’hôpital militaire d’Agadir puis potentiellement celui de Marrakech, pour lesquels, « il a insisté pour obtenir un certain soutien… ». En outre, le responsable de Fresenius a envoyé un e-mail à l’officiel marocain dans lequel il indiquait que 50 % de la « commission » serait honorée « dès que possible ».


Fresenius a été l’un des sponsors majeurs de la Société nationale de Néphrologie (SMN) lors 16ème congrès national de Néphrologie du 14 au 16 Mars 2019 à Tanger.


Fresenius a été l'un des sponsors majeurs de la Société nationale de Néphrologie (SMN) lors 16ème congrès national de Néphrologie du 14 au 16 Mars 2019 à Tanger.


En janvier 2007, un responsable de Fresenius, un cadre de FMC Maroc et la partie marocaine ont signé un contrat d’un montant de 1,8 million d’euros concernant le projet de l’Hôpital militaire de Rabat. FMC a reçu des paiements dans le cadre de ce contrat jusqu’en décembre 2010.


En parallèle, la direction de Fresenius a dissimulé le premier versement à l’officiel marocain en modifiant et en antidatant le contrat d’un autre employé de FMC, ce qui lui permettait de recevoir un bonus de 90 000 euros (la moitié de la « commission » de 10 %).


Les paiements des commissions factices restantes ont été déguisés en primes et versés à l’officiel marocain d’environ 22 500 euros pour chacune des quatre années suivantes.


De 2008 à 2011 un total d’environ 90 000 euros a ainsi été versé. Chacun de ces paiements a été faussement enregistré comme « commission » dans les registres de Fresenius et sa filiale FMC Maroc.


En outre, dès 2009, Fresenius et FMC Maroc se préparaient à faire une offre concernant le projet de création d’un centre de dialyse dans le cadre du second hôpital militaire, qui serait, selon nos sources celui d’Agadir.


Dès janvier 2009, les employés de FMC Maroc et de FMC Allemagne ont discuté du recrutement d’un consultant pour « promouvoir » l’intérêt de FMC Maroc pour le projet, qui visait à verser en fait un pot-de-vin à l’officiel marocain en échange de la sélection de FMC Maroc pour développer ce nouveau centre de dialyse.


Dans un courrier électronique daté du 27 août 2009, un cadre de FMC Maroc a suggéré aux employés de FMC Allemagne de pas spécifier l’objet du contrat de consultant, notant qu’ils « le gardent tel quel, nous connaissons tous deux l’objectif de ce contrat ».


Le 15 septembre 2009, l’officiel marocain et le cadre de FMC Maroc ont signé un contrat de 1,4 million d’euros destiné, selon nos sources, au projet de l’hôpital militaire d’Agadir.


Une société de service servant d’écran…

Peu de temps après que FMC Maroc s’est vu attribuer ce projet, un dirigeant de Fresenius et un cadre de FMC Maroc ont signé un contrat de service avec une société-écran créée entre fin février et mars 2009 avec un nombre déclaré de personnes et dont le but commercial était de de fournir du personnel et des services divers. « Le contrat a fourni une vague description des services et, bien qu’elle ait été signé le 30 septembre 2009 il a été antidaté au 20 juin 2009 », peut-on lire dans la synthèse établie par la justice américaine.


Entre octobre 2009 et décembre 2010, FMC Maroc a versé à la société-écran environ 170 000 euros « de paiements irréguliers » destinés en réalité à corrompre le responsable marocain.


Suite à ces « paiements irréguliers », Fresenius a empoché dans le cadre des contrats qu’elle a indûment décrochés au Maroc environ 3,7 millions de dollars au cours de la période considérée.


Le Pr. Zouhir Oualim forcé de quitter l’armée

Si les protagonistes ne sont pas nommément cités par les documents rendus publics par la Justice américaine qui a conclu un accord global avec la firme médicale allemande, il est formellement établi qu’à cette période, le professeur Zouhir Oualim était chef du service de néphrologie à l’hôpital militaire de Rabat en charge du développement du projet en question.


Le Pr. Zouhir Oualim, ex-médecin militaire au centre du volet marocain de l'affaire Fresenius. DR


De plus, selon nos informations, Faiçal Oualim, le frère du Pr. Zouhir Oualim, avait été recruté par… FMC Maroc en tant que « chef de projet adjoint » : le chainon manquant dans le circuit de bonus factices servant d’intermédiation au paiement des pots-de-vin comme décrit plus haut, assurent nos sources.


Le compte de Faical Oualim sur LinkedIn


Toujours selon nos sources, « après que les Américains aient pris attache avec le Maroc pour les informer de leurs investigations », le Pr. Oualim, médecin militaire, « a quitté l’armée en 2011 pour s’établir ensuite dans le privé ». Il y a environ quatre ans, celui-ci a en effet fondé au quartier Hassan de Rabat le centre de nephro-dialyse Idriss Al Akbar. En clair, l’armée aura préféré étouffer l’affaire alors qu’aux Etats-Unis, Fresenius négociait le règlement de 231 millions de dollars pour avoir versé près de 30 millions de dollars en pots-de-vin à des médecins employés par le gouvernement et à des responsables de la santé publique dans au moins 17 pays, dont le Maroc…


Zouhir Oualim a fondé il y a quelques années le centre privé de dialyse Idriss Al Akbar à Rabat. RABATCITY


Contacté le 2 avril au téléphone par Le Desk, le Pr. Zouhir Oualim a coupé court à l’échange à l’évocation de la société Fresenius, prétextant d’une consultation en cours alors que son assistant avait bien transmis l’appel indiquant qu’il était désormais libre de nous parler après une première tentative de le joindre. Il n’a pas non plus donné suite à nos questions transmises par mail.


Sur son site internet, FMC Maroc définit ainsi ses valeurs, « partagées avec le Groupe » et qui « nourrissent (sa) culture d’entreprise » : « la qualité, l’honnêteté et l’intégrité, le respect et la dignité et enfin l’innovation et l’amélioration »…