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27.11.2019 à 12 H 00 • Mis à jour le 27.11.2019 à 12 H 00
Par
Diplomatie

Pompeo au Maroc pour pousser à une normalisation avec Israël ?

Le secrétaire d’Etat américain célébrant l’anniversaire de la création d’israël. GETTY IMAGES
Le secrétaire d’Etat américain a annoncé une visite à Rabat début décembre dans la foulée du prochain Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’OTAN prévu à Londres, auquel il prendra part aux côtés du président Donald Trump. En parallèle, il a vivement soutenu l’initiative d’un groupe « d’influenceurs arabes » réunis dans la capitale britannique pour prôner avec insistance un rapprochement avec l’Etat hébreu

« Il est temps pour les pays arabes d’abandonner les boycotts et d’engager un dialogue avec Israël », a déclaré le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, à la veille d’une visite programmée à Rabat début décembre, après le prochain Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’OTAN, prévu les 3 et 4 décembre à Londres, auquel il prendra part aux côtés du président Donald Trump, affirmant que les « divisions au Moyen-Orient sont sources d’instabilité ».


« Les penseurs arabes qui risquent leur vie pour défendre courageusement une vision régionale de la paix et de la coexistence ne devraient pas être punis. Nous avons besoin de dialogue », a-t-il martelé en appui aux vues exprimées à Londres par un petit groupe de « penseurs arabes du Moyen-Orient » qui poussent à s’engager avec Israël arguant que cela aiderait leurs sociétés et ferait avancer la cause palestinienne.


Selon eux, le boycott d’Israël est un échec et n’a aidé ce pays qu’en endommageant les nations arabes qui ont longtemps évité l’État juif.


Des « influenceurs arabes » poussés par Washington…

Le groupe « d’influenceurs » a réuni des journalistes, des artistes, des politiciens, des diplomates, des coranistes et d’autres personnes qui partagent le point de vue selon lequel l’isolement et la diabolisation d’Israël ont coûté des milliards de dollars aux nations arabes en échanges commerciaux, rapporte le New York Times.


Ils affirment que cette situation a également sapé les efforts des Palestiniens pour construire les institutions d’un futur État et déchiré le tissu social arabe, alors que les dirigeants ethniques, religieux et nationaux rivaux appliquent de plus en plus des tactiques qui ont d’abord été testées contre Israël.


« Les Arabes sont les premières –  et les seules –  victimes du boycott », a ainsi déclaré Eglal Gheita, un avocat égypto-britannique, lors d’une réunion cette semaine à Londres.


Se faisant appeler « Conseil arabe pour l’intégration régionale », ce groupe ne prétend cependant pas être largement représentatif de l’opinion publique arabe. Ses membres adoptent un point de vue qui est « politiquement incorrect dans leur pays d’origine : Certains ont déjà été ostracisés pour avoir prôné l’engagement avec Israël et d’autres ont dit qu’ils craignaient des représailles à leur retour ».


Pourtant, les quelques douzaines de membres comprennent plus d’une dizaine de personnalités bien connues dans des pays aussi divers que le Maroc, la Libye, le Soudan, le Soudan, l’Égypte, le Liban, l’Irak et du Golfe, dont beaucoup ont commencé à s’exprimer, à des degrés divers, en faveur de l’engagement avec Israël. Parmi eux, Anouar Sadate, neveu et homonyme du président égyptien qui a conclu le premier traité de paix arabe avec Israël. Il est également critique à l’égard du président Abdel Fattah el-Sisi qui l’a expulsé du parlement égyptien en 2017.


L’un des principaux organisateurs du conseil, Mustafa el-Dessouki, le rédacteur en chef égyptien d’un influent magazine d’information financé par l’Arabie saoudite, Majalla, a déclaré, qu’en parcourant la région ces dernières années, il avait rencontré de nombreux Arabes aux vues similaires.


Mustafa el-Dessouki, rédacteur en chef de Majalla. NYT


Les médias d’information et de divertissement arabes ont longtemps « programmé les gens vers cette hostilité » envers Israël et les Juifs, a-t-il dit, tandis que les dirigeants politiques « intimidaient et faisaient peur aux gens pour qu’ils la manifestent ». Mais beaucoup d’Arabes « veulent réellement se rapprocher des Israéliens », a-t-il ajouté.


Dans une certaine mesure, le groupe reflète également l’alignement géopolitique qui lie maintenant les pays du Golfe et d’autres pays à prédominance sunnite avec Israël, contre l’Iran et ses mandataires chiites dans la région, a déclaré Joseph Braude, un analyste juif américain d’origine irakienne, co-organisateur de la rencontre.


Pour les Palestiniens, les arguments du « conseil » vont à l’encontre de décennies d’efforts pour isoler Israël dans l’espoir que cela l’obligerait à faire des concessions à la table des négociations.


Même les dirigeants palestiniens qui ne soutiennent pas le mouvement de boycott, de désinvestissement et de sanctions s’opposent à la normalisation totale des relations arabes avec Israël, faisant valoir que les gains diplomatiques d’Israël dans le processus de paix d’Oslo n’ont fait qu’encourager le premier ministre Benjamin Netanyahu à étendre ses colonies en Cisjordanie.


Husam Zomlot, qui dirige la mission palestinienne au Royaume-Uni et auparavant celle de Washington jusqu’à sa fermeture par l’administration Trump, a minimisé la représentativité des membres de ce « conseil » le qualifiant de « frange extrême d’individus isolés ». De la Tunisie, dont le nouveau président a qualifié de trahison l’engagement avec Israël, a-t-il dit, au Liban, où les manifestants agitent le drapeau palestinien à côté du leur, « le sentiment de la grande majorité du monde arabe va dans l’autre sens ».


« Ils font le jeu de Netanyahu », a dit Zomlot, parce que Netanyahu veut « convaincre l’électorat israélien qu’il peut maintenir l’occupation et normaliser les relations avec le monde arabe ».


Netanyahou, en effet, affirme depuis longtemps que les nations arabes sont si désireuses de s’engager avec Israël, sur les plans culturel et commercial, qu’elles parviendront à normaliser leurs liens même en l’absence d’un État palestinien, rappelle le New York Times.


Les membres du « conseil » rejettent toutefois explicitement l’idée qu’il est possible pour les pays arabes d’établir des relations diplomatiques officielles avec Israël sans résoudre le conflit palestinien. Et ils soutiennent que les sondages montrent que lorsque les Israéliens se voient offrir la possibilité d’être acceptés par les nations arabes, ils deviennent plus disposés à faire des compromis, même en cédant des terres.


Des initiatives souterraines menées par Rabat ?

Dans un contexte connexe au Maroc, Ahmed Charai, éditeur de presse proche de la DGED, le service de renseignement extérieur dirigé par Yassine Mansouri, avait participé à New York à un briefing controversé organisé par un institut israélien pour faire valoir le « Deal du siècle » concocté par Jared Kushner pour résoudre le conflit israélo-palestinien.


L’organisation de cette rencontre avec Jared Kushner, le gendre et conseiller spécial du président Trump, opportunément éventée par le Jerusalem Post , avait laissé entendre que le Maroc soutenait l’idée qu’un retour à la ligne de démarcation de 1967 n’était plus d’actualité. Une position pourtant contraire aux déclarations officielles de Rabat.


Aussi, alors qu’il était en conclave à Agadir avec ses partisans de la région Souss-Massa, Saâdeddine El Otmani, secrétaire général du PJD et chef du gouvernement a indiqué fin septembre que « le Maroc rejette ce processus », peut-on lire sur le site officiel du parti.


« Le Maroc s’est exprimé par la voie officielle, à travers des messages et des déclarations de Sa Majesté le Roi, de la part de la diplomatie nationale et par l’ensemble des forces politiques nationales qui rejettent catégoriquement ce processus et considèrent Al Qods comme une ligne rouge ».

 

El Otmani avait ajouté que Mohammed VI s’est exprimé sur cette question à diverses reprises à l’adresse du président Trump ou du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres pour leur signifier, « en sa qualité de président du Comité al-Qods », qu’il ne tolérerait pas « ces tentatives d’anéantissement de la cause palestinienne ».

 

Le roi Abdallah de Jordanie avait avancé en juin dernier que le roi Mohammed VI partageait ses points de vues sur la question. « La position jordanienne est la même (que celle du Maroc, ndlr). Ensemble, nous allons relever tous les défis. Je présente mes respects et remercie mon frère et cousin, Mohammed VI, le souverain marocain. Il n’y a pas de meilleure position que la sienne par rapport à Al Qods », avait déclaré Abdallah II dans une intervention télévisée.


« Sa Majesté a souligné la nécessité d’une paix globale et durable reposant sur une solution à deux Etats, donnant naissance à un Etat palestinien indépendant dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale », avait auparavant dit le roi Abdallah à Kushner, selon un communiqué de la maison royale hachémite.

 

Mohammed VI avait eu précédemment à Rabat, le 28 mai, des entretiens avec Jared Kushner qui ont porté sur « le renforcement du partenariat stratégique ancien, solide et multidimensionnel entre le Maroc et les Etats-Unis, ainsi que sur les évolutions et développements que connait la région de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient », s’était contentée de rapporter l’agence officielle MAP.