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30.03.2020 à 02 H 49 • Mis à jour le 31.03.2020 à 17 H 08
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Face au Covid-19

Exclusif – Voici comment «l’aide de subsistance aux ménages» sera distribuée

Bank Al-Maghrib. MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK
L’Etat a promis une «aide de subsistance» directe au bénéfice des ménages opérant dans l’informel et en situation de perte d’emploi dans le contexte de l’état d’urgence du à la crise du Covid-19. La population-cible priorisée est estimée à 3 millions de chefs de famille affiliés au RAMED. Dès le 6 avril et sur une semaine, 3 MMDH leur seront répartis à travers les GAB, les EdP et les AMC. Les détails du système validé dimanche 29 mars

C’est une véritable opération de tous les superlatifs par laquelle l’Etat marocain va directement aider les ménages, opérant dans l’informel, et ayant perdu leur activité professionnelle du fait de la crise du nouveau coronavirus (Covid-19).


Pour rappel, « une aide de subsistance », servie par le Fonds spécial initié par le roi Mohammed VI, leur sera fournie et sera déterminée comme suit : 800 dirhams pour les ménages de deux personnes ou moins, 1 000 dirhams pour les ménages formés de trois à quatre personnes et 1 200 dirhams pour les ménages de plus de quatre personnes.


Selon nos sources, dans un premier temps, plus de 3 milliards de dirhams seront décaissés, le tout en une semaine à partir du lundi 6 avril.


Trois canaux seront utilisés pour allouer cette enveloppe aux ménages défavorisés : les GAB (guichets automatiques bancaires), le réseau d’agences des Etablissements de paiement (EdP) –  M2T (Groupe Banque populaire), Wafacash, CashPlus, Barid Cash notamment, qui disposent du maillage le plus dense sur le territoire -, et enfin les associations de micro-crédit (AMC).


Le dispositif a été validé ce week-end. Une réunion en visioconférence décidée vendredi 28 mars au soir a été organisée durant la matinée de dimanche 30 mars. Elle a réuni virtuellement les représentants du ministère de l’Intérieur, de Bank Al Maghrib (en lead sur le dossier par délégation du ministère des Finances) et ceux des acteurs bancaires, des EdP et des AMC.


La BCP, « hub » de l’opération de répartition

Première décision d’organisation de cette mécanique aussi inédite qu’  hors-normes : ce sera, sur insistance du ministère de l’Intérieur, à la Banque centrale populaire (BCP) d’assurer le rôle de « hub » pour le transit des fonds et leur répartition. Le choix, âprement discuté, notamment par la concurrence, s’est porté sur la BCP pour son statut d’institution à caractère public, mais aussi pour ses capacités techniques, expliquent nos sources. Le recours à un spécialiste des solutions de paiement électronique a vite été écarté.


Ce « hub » devra donc assurer la répartition des aides entre tous les organismes distributeurs, sous le pilotage du ministère de l’Intérieur. A noter, évidemment, que cette opération est à zéro marge pour les intermédiaires.


Sur un plan purement pratique, l’option qui a finalement emporté les suffrages est celle d’une distribution de l’argent en cash. Celle d’octroyer les aides financières à travers des « wallets » de monnaie électronique a, selon nos sources, finalement été abandonnée. Pourtant, le  système disponible auprès des Etablissements de paiement (EdP) a été assoupli pour la circonstance par Bank Al Maghrib, .


Pour rappel, les EdP offrent 3 types de « wallets » : de niveau 1 qui permettent la réception de 200 dirhams dont l’ouverture se fait uniquement par un numéro de téléphone, de niveau 2 jusqu’à 5 000 dirhams nécessitant une pièce d’identité (CIN) et la signature d’un contrat et enfin, de niveau 3 jusqu’à 20 000 dirhams, pour lequel en plus des exigences du niveau 2, s’ajoute le justificatif de domicile (facture ONEE, Lydec, Redal…). Pour pallier ces contraintes, la présence physique au comptoir avait été suspendue… 


Auto-déclaration, SMS en arabe et aide en cash

Mais la solution, qui pouvait paraître élégante à priori, a finalement butté sur un aspect rédhibitoire : Recevoir l’argent sur « wallet » obligerait le bénéficiaire à se présenter tout de même aux guichets des EdP pour retirer son argent en liquide, la plupart de ses dépenses de base se faisant auprès de commerçants qui ne sont pas tous dotés de « wallets »… 


La simplicité l’a donc emporté, mais aussi, et c’est une première à souligner au Maroc, toute la procédure, au vu de l’urgence sociale, se fonde d’abord sur la confiance accordée par l’Etat aux récipiendaires, sans aucun interventionnisme d’un quelconque intermédiaire de la puissance publique (moqaddems ou autres). Un éventuel contrôle à postériori (par sondage ?) sera fait, toute déclaration volontairement non fondée exposera son auteur à des poursuites judiciaires a prévenu le ministère de l’Economie et des Finances…


En clair, chaque bénéficiaire (le chef de famille de chaque ménage cible) devra s’auto-déclarer.


Les inscrits au programme Régime d’Assistance Médicale-RAMED (servis les premiers) seront pris en compte après envoi( à partir du 31 mars) par SMS de leur identifiant d’affiliation au n° court 1212. Leur affiliation au programme RAMED devrait en principe permettre de connaître la typologie de leur ménage et donc la tranche d’argent à leur servir : 800 dirhams, 1 000 dirhams ou 1 200 dirhams.


Les non-ramédistes (deuxième phase de l’opération) devront faire leur déclaration sur un portail internet simplifié (en cours de conception) comportant une sorte de formulaire de type « Google Form ». Ce point interroge toujours : nombre de personnes de cette catégorie de la population la plus démunie devront à l’évidence se faire assister, mais comment dans les conditions de confinement imposées par l’état d’urgence sanitaire ?


Dans les faits, la BCP, par délégation du ministère de l’Intérieur, va répartir la manne des quelque 3 milliards de dirhams aux organismes distributeurs, ainsi que les fichiers fractionnés contenant l’identité (nom et prénom), le n° de téléphone mobile, le n° CIN, le n° RAMED le cas échéant, et le montant à servir à chaque bénéficiaire.


Chaque organisme (banques, EdP, AMC) injectera ce fichier dans son propre système informatique pour pouvoir générer un SMS en langue arabe à transmettre à chaque bénéficiaire lui précisant l’organisme-serviteur, le montant octroyé, le token (code confidentiel), sésame du retrait (sur les GAB ou aux guichets des EdP et AMC), et la date et/ou plage horaire de visite aux guichets dans le cas des seuls EdP et AMC.


Pour le moment, la répartition (en montant et en pourcentage) de l’enveloppe globale entre organismes distributeurs n’est pas encore arrêtée. La BCP mène ses calculs de dispatch en fonction de la capillarité de chaque organisme vecteur. Certains bénéficieront très probablement d’un préfinancement d’amorçage pour démarrer l’opération de versements dès le 6 avril sans risque d’  assèchement de liquidités.


La taille du réseau est estimée à environ 13 500 points de retrait (près de 6 000 guichets EdP et AMC et environ 7 500 GAB à travers le territoire national). Pour l’anecdote, la question du GAB a aussi été débattue pour les raisons de risque sanitaire encourus, mais le ministère de l’Intérieur a tranché en sa faveur au vu de la grande disponibilité des automates. D’autres questions d’ordre sécuritaire ont donné lieu à des discussions : risque d’attroupements aux guichets, recours à des vigiles privés ou aux Forces auxiliaires- option écartée- etc…


Il s’agira d’abord de servir les 3 millions de chefs de famille éligibles (hors CNSS) et affiliés au RAMED (au 31 décembre 2019). Selon le ministère de l’Intérieur, ceux-ci se répartissent à parts égales entre le milieu urbain (1,5 million) et le rural (1,5 million). Ce dernier étant moins dense.

 

5, 15 … 20 MMDH avant la décrue du Covid-19 ?

Reste une inconnue de taille, la masse des non-ramédistes qui devra se déclarer via le portail en gestation. Selon nos sources, les besoins se situent davantage en périmètre urbain que dans le rural. Globalement, contenter tous les demandeurs potentiels et éligibles (ramédistes et non-ramédistes), pourrait nécessiter une enveloppe approchant les 5 MMDH. L’état d’urgence est pour l’instant légalement borné à fin avril, mais rien n’indique que la tendance de la propagation de la contagion va refluer, au contraire (le rythme a atteint +100 cas de contaminations confirmés par le Covid-19 par jour).


Selon des spécialistes interrogés par Le Desk, une décrue, dans le meilleur des scénarios, ne pourrait débuter qu’à la mi-mai. Avant cette date, aucun dé-confinement même progressif ne serait donc envisageable, au risque de faire face à une seconde vague de réplique. Cela voudrait signifier que l’Etat devra, selon cette projection, ponctionner entre 15 et 20 MMDH (sur les 28 disponibles) du Fonds spécial, uniquement pour aider les foyers démunis sur la durée équivalente à celle de la subvention déjà consentie aux salariés déclarés à la CNSS. Et c’est sans compter les 2 MMDH affectés au renforcement du dispositif médical, et les besoins de l’économie et des entreprises en général… L’effort est de grande ampleur, mais l’équation, ainsi posée, est plus que difficile à résoudre…


 

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