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03.04.2020 à 02 H 25 • Mis à jour le 03.04.2020 à 02 H 32
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Face au Covid-19

Exclusif- Opération «Moussanada»: Jour-J pour les opérateurs télécoms

Un affilié au programme RAMED utilisant le n° court 1212. MAP
Nouvelles révélations sur la gigantesque opération de ciblage et de distribution de «l’aide de subsistance aux ménages» menée conjointement par le ministère de l’Intérieur et le celui des Finances. Baptisée, selon nos sources, «Moussanada», celle-ci nécessite pour son bon déroulement, dès le 6 avril, de valider l’identité de chaque bénéficiaire couplée à son numéro GSM. Un crash-test pour les opérateurs télécoms. Explications

Nom de code : « Moussanada ». Lundi 6 avril, débutera, comme nous le révélions dans le détail dans un précédent article, l’opération de ciblage et de distribution de « l’aide de subsistance aux ménages » opérant dans l’informel et en situation de perte d’emploi dans le contexte de l’état d’urgence du à la crise du Covid-19.


La population priorisée est estimée à 3 millions de foyers affiliés au Régime d’Assistance Médicale- RAMED. Dès le 6 avril et sur plusieurs vagues successives, près de 3 milliards de dirhams leur seront répartis à travers les GAB (guichets automatiques bancaires), les EdP (Etablissements de paiement) et les AMC (Associations de micro-crédit).


200 000 bénéficiaires servis par jour

Le dispositif, validé dans ses grandes lignes, le week-end dernier, a été depuis peaufiné. Les derniers échanges tenus cette semaine par visioconférence par la task force composée de membres du ministère de l’Intérieur, de celui des Finances (MEFRA) et des organismes impliqués dans l’opération, ont permis d’apporter les ultimes retouches au processus.


Tous les jours, à partir du 6 avril, un batch de fichiers comportant les données personnelles et le montant alloué à 200 000 bénéficiaires (800, 1 000 ou 1 200 dirhams selon la typologie de chaque ménage), sera transmis par le ministère de l’Intérieur à la Banque centrale populaire (BCP), désignée comme hub de l’opération.


Le fichier sera alors dispatché, selon leur capillarité, entre tous les organismes distributeurs qui auront la tâche, le lendemain de sa réception, de l’injecter dans leurs réseaux respectifs (les banques à travers leurs GAB et les EdP et AMC à leurs guichets). Dans la foulée, ils devront aviser les bénéficiaires par texto de la disponibilité de leur argent, avec à la clé un token (code confidentiel).

 

Le couplage SIM-CIN sera contrôlé en amont

Mais avant cela, selon nos sources, le ministère de l’Intérieur a prévu une étape cruciale pour la bonne réussite de l’opération. Nous savons qu’à la base, chaque demandeur affilié au RAMED devra, pour être pris en compte, envoyer par SMS, à partir de son numéro personnel, son identifiant d’affiliation au n° court 1212.


A cette étape, le ministère de l’Intérieur va requérir de chaque opérateur télécom (Maroc Telecom, Inwi et Orange) de vérifier que le n° de téléphone mobile correspond bien au porteur de la carte d’identité nationale (CIN) du requérant.


Cette étape de sécurité s’appuie sur l’obligation réglementaire imposée par l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) de coupler chaque délivrance de carte téléphone SIM (Subscriber Identity Module), à une CIN.


Cette disposition avait été introduite fin 2014 comme condition préalable pour l’activation de la puce SIM, et ce, dans l’objectif de contraindre les trois opérateurs à assainir leurs parcs d’abonnés mobiles. En cas de défaut de contrat comportant la CIN, l’opérateur est tenu dans un délai de deux semaines à la désactivation de la ligne.


Cependant, cette mesure réglementaire, prise dans un contexte sécuritaire de lutte contre la fraude et le terrorisme, n’a pas été suivie à la lettre. Dans leur course effrénée à la concurrence, les opérateurs sont demeurés globalement permissifs avec leurs agents et vendeurs pseudo-licites, notamment de rue, qui ont continué à détourner la procédure avec des photocopies de CIN « fictives » pour préserver leur chiffre d’affaires.


Il n’est pas rare de constater qu’une CIN correspond à plusieurs puces SIM. Résultat, une inquiétude persiste sur le bon déroulé de l’opération « Moussanada », car il est impossible de connaître, à ce stade, le taux de défaut de couplage SIM-CIN sur les quelque 3 millions de personnes ciblées par la première phase, dont près d’1,5 millions seront servis en l’espace de quelques jours.


Il y a certes des simulations qui ont été faites, mais selon nos sources, ce taux pourrait être bien supérieur que prévu. En tout état de cause, cette statistique révélera à quel point Maroc Telecom, Inwi et Orange ont respecté la réglementation à ce sujet.


Des contraintes opérationnelles à surpasser

Conséquence, aucune indication précise n’est disponible pour connaître à priori la part des personnes qui pourront être servis aux GAB de ceux, qui par défaut de correspondance SIM-CIN, seront fatalement orientés vers les guichets des agences et franchisés des EdP et AMC pour vérification physique de leur identité.


Cela implique plusieurs problématiques à résoudre. Si la grande majorité des bénéficiaires est finalement dirigée aux guichets des 5 EdP et 3 AMC (Arrawaj, Attawfiq Al Amana) enrôlés dans l’opération, cela va lourdement peser sur leur organisation alors que la solution par les GAB est la plus fluide, les banques s’étant même engagées à mobiliser un personnel d’assistance devant chacun des quelque 7 000 GAB disséminés sur le territoire national. A l’exception toutefois, selon nos sources des machines de la BMCI et du Crédit du Maroc qui ne sont pas toutes outillées pour permettre des retraits par token sans carte bancaire.


Première contrainte, le flux tendu imposé aux organismes distributeurs amenés à servir les fonds à J+1 de leur réception quotidienne. En pratique, la BCP enverra chaque jour aux EdP un fichier et un virement global correspondant. A J+1, les EdP, qui sont multi-bancarisés, verseront via leurs comptes des sommes évaluées à chacun de leurs franchisés en fonction des adresses théoriques puisées des CIN des bénéficiaires. Un règlement en temps réel permis par le système RTGS (Real Time Gross System).


Seconde contrainte, l’afflux des bénéficiaires aux guichets qui doit être régulé. Selon nos sources, les organismes distributeurs vont lisser les envois de textos aux récipiendaires pour éviter la cohue au moment où les mesures de distanciation sanitaire demeurent les seules barrières véritables à la propagation du coronavirus. Selon nos sources, le ministère de l’Intérieur reste à ce jour réticent à mobiliser les Forces auxiliaires dans l’opération « Moussanada ».


Troisième contrainte, la disponibilité du cash à tous les points de paiement, soit environ 17 000 (9 000 guichets EdP et AMC et 7 000 GAB) selon nos calculs réactualisés depuis notre précédent article. Cela implique une logistique de fer de la part des transporteurs de fonds (G4S, Brinks…).


Enfin, l’opération « Moussanada », qui coïncide avec l’aide aux salariés affiliés à la CNSS, eux aussi amener à se diriger vers les GAB après réception par virement de leur subvention, est dimensionnée pour durer. Les contrats, modalités et spécificités techniques, ont été établis entre les intervenants sur une base trimestrielle, avec des premières vagues successives en avril et mai. Un socle qui pourrait, au-delà de la crise du Covid-19, servir de format d’aide ciblée aux démunis dont parle l’Etat depuis des années ? A quelque chose, malheur est bon, serait-on tenté de dire…