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16.09.2021 à 02 H 30 • Mis à jour le 16.09.2021 à 07 H 17
Par
Terrorisme

La France a tué un ex-Polisario, chef des jihadistes au Sahara, qui menaçait le Maroc

Adnan Abou Walid Al-Sahraoui. DR
Connu pour avoir été actif au sein du Polisario dans les années 80, avant de rejoindre le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest d'Al Qaida, fusionnant par la suite et donnant Al-Mourabitoun, groupe d'Al Qaida, Al-Sahraoui avait par la suite prêté allégeance à Daech en 2015. il vient d'être éliminé par les forces spéciales françaises. Retour sur son parcours

Le chef du groupe jihadiste Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), Adnan Abou Walid Al-Sahraoui, a été tué par les forces françaises, a annoncé Emmanuel Macron sur Twitter dans la nuit de mercredi 15 au jeudi 16 septembre.



Connu pour avoir été actif au sein du Polisario dans les années 80, avant de rejoindre le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest d’Al Qaida, fusionnant par la suite et donnant Al-Mourabitoun, groupe d’Al Qaida, Al Sahraoui avait par la suite prêté allégeance à Daech en 2015.


Le département d’Etat américain avait annoncé en novembre 2019 une offre de récompense pouvant aller jusqu’à 5 millions de dollars pour des informations permettant d’identifier ou de localiser Adnan Abou Walid Al-Sahraoui.


Abou Walid sur la liste américaine des terroristes mondiaux

Pour rappel, le groupe EIGS a revendiqué la responsabilité de l’embuscade, en octobre 2017, d’une patrouille conjointe américano-nigérienne près du village de Tongo Tongo, au Niger, qui a entraîné la mort de quatre soldats américains, rappelle la diplomatie américaine dans un communiqué.


Le Programme Rewards for Justice du département d’Etat offrait alors également la récompense citée plus haut pour des informations menant à l’arrestation ou à la condamnation, dans tout pays, de toute personne qui aurait commis, conspiré pour commettre, aidé ou encouragé à la commission de cette embuscade, ajoute la même source.


Le groupe EIGS avait été désigné dans la liste noire du département d’Etat comme organisation terroriste étrangère, et son dirigeant, Abou Walid, a été placé sur la liste des terroristes mondiaux spécialement désignés.


Ancien membre de l’« Armée populaire de libération sahraouie » relevant du Polisario, Abou Walid avait ainsi rejoint ensuite le groupe jihadiste Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), dont il fut le porte-parole, durant la guerre au Mali.


Environ deux ans après la fusion du Mujao et des Signataires du Sang, de Mokhtar Belmokhtar, pour former le groupe Al-Mourabitoun, Abou Walid annonçait, ainsi en mai 2015, que sa faction avait prêté allégeance à Daech et la rebaptisait « État islamique dans le Grand Sahara ». Il avait depuis entretenu des rapports conflictuels avec ses parrains…  La personnalité d’Abou Walid faisait grand bruit après qu’il ait annoncé son allégeance au califat d’ Aboubakr al-Baghdadi en tant que nouvel émir du groupe Al-Mourabitoun, un statut qui lui a été cependant immédiatement contesté par le vétéran jihadiste algérien Belmokhtar. Pour ce dernier, aucune décision de la sorte n’avait été prise par le conseil de la Choura du groupe Al-Mourabitoun affidé à Ayman al-Zawahiri, chef d’Al Qaida depuis la mort de Oussama Ben Laden.


Lire aussi : Qui est Abou Walid as-Sahraoui qui menace de terroriser le Maroc ?


Al Jazeera avait annoncé en mai 2016 détenir un enregistrement audio de celui qui se proclame « émir de l’organisation de l’Etat islamique dans le grand Sahara », qui se disait à l’époque appelé al-Ansari . Il avait alors appelé à frapper plusieurs sites sensibles au Maroc dont des lieux touristiques.


Les médias spécialisés l’avaient alors affublés du patronyme de Adnane Abou Walid Al-Sahraoui, celui-ci menaçait également à cette époque, selon la chaine de télévision qatarie, d’attaquer les centres où est déployé le personnel de la Minurso au Sahara.


Des faits d’armes perpétrés en Algérie

L’allégeance de Abou Walid à Daech avait signé la fin de l’alliance scellée en août 2013 entre le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) –  dont Abou Walid a été l’un des fondateurs –  et le groupe des Moulathamines (« ceux qui signent avec leur sang, ou Les Signataires du Sang ») de Belmokhtar.


Il faut revenir à octobre 2011, date de la première apparition publique de Abou Walid en tant que porte-parole du Mujao annonçant l’enlèvement d’Occidentaux dans le camp de Rabouni dans le secteur de Tindouf contrôlé par le Front Polisario.


En 2012, il réapparait pour réclamer une rançon de 30 millions d’euros contre leur libération. C’est encore lui qui la même année faisait état de l’assassinat du consul algérien Taher Touati, enlevé à Gao au nord du Mali. On lui attribue aussi la responsabilité des attaques menées contre Tamanrasset au cœur du territoire algérien en mars 2012.


En 2013, il refait parler de lui en se présentant comme émir du Conseil consultatif du Mujao pour démentir les rumeurs distillées par l’armée algérienne évoquant sa mort aux confins du Mali. Depuis cette époque, il avait disparu des radars jusqu’à son ralliement à Daech en 2015 qu’il justifiait par la nécessaire union entre musulmans de tous bords.


Ancien militant de la jeunesse séparatiste du Polisario

Le parcours de Abou Walid Al-Sahraoui est pour le moins atypique. Né à Laâyoune au sein de la tribu des Rguibat, une des principales ethnies du Sahara, il a rejoint les camps de réfugiés des séparatistes du Polisario en Algérie au début des années 90.


Selon des sources concordantes, son véritable nom est Lahbib Abdi Said qui fut membre de l’Union de la jeunesse du front de libération de Saguia el- Hamra et de Ouad Ed-Dahab. Enrôlé par les irrédentistes qui contestent au Maroc la souveraineté sur le territoire du Sahara occidental, il a poursuivi ses études à l’Université de Constantine en Algérie où il a obtenu une licence en sociologie. D’abord acquis aux thèses et à la doctrine d’essence marxiste du Polisario, on n’en sait pas plus sur son processus de radicalisation religieuse.


Conflit de chefs avec Belmokhtar

Vassal autoproclamé d’  Al-Baghdadi, qui n’a jamais consenti officiellement à son ralliement, Abou Walid, dont on ne connait ni le nombre de ses partisans, ni l’étendue de ses forces, n’avait jusqu’alors revendiqué aucune opération au nom de Daech.


L’option qu’il a prise avec l’organisation de l’Etat islamique fait suite à une série de tensions conflictuelles avec Belmokhtar antérieures à 2015, et ayant au final causé la dislocation du groupe Al-Mourabitoune. Abou Walid Al-Sahraoui avait entre autres revendications, refusé avant d’accepter, quelque peu contraint, de faire allégeance à Aboubakr Al-Masri, bras droit de Belmokhtar désigné comme émir d’Al-Mourabitoune.


La décision prise par Belmokhtar de dissoudre ce groupe miné par les guéguerres intestines et son intégration à la branche d’Al Qaida au Maghreb (AQMI) a poussé Abou Walid à faire sécession et solliciter Daech en tant que nouveau suzerain. Mais Al-Baghdadi lui faisait toujours la sourde oreille… 


« Il s’agit d’un nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel », a ajouté le président français à l’annonce de son élimination.


L’EIGS est considéré comme l’auteur de la plupart des attaques dans la zone des « trois frontières », à cheval sur le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Cette région est la cible récurrente de deux groupes armés djihadistes : l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al Qaïda.


L’EIGS a commis des actions particulièrement meurtrières, visant civils et militaires, au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Il avait également pris pour cible des soldats américains en 2017, a rappelé la France. Le 9 août 2020, au Niger, le chef de l’EIGS avait personnellement ordonné l’assassinat de six travailleurs humanitaires français et de leurs guide et chauffeur nigériens.


Dans le même contexte, le Département d’État américain avait annoncé le 28 juin l’inclusion d’Ousmane Illiassou Djibo, connu sous le nom de « Petit Chapori », au sein de la liste des personnes considérées terroristes par le département du Trésor des États-Unis. Nigérien de nationalité, « Petit Chapori » est un dirigeant de l’EIGS. Il opère au sein de la région de Ménaka au Mali. Washington le présentait comme étant un proche collaborateur et lieutenant-clé du leader de l’EIGS, Adnan Abu Walid al-Sahraoui,


Djibo a notamment dirigé plusieurs attaques et opérations de kidnapping au Niger et ses alentours, avait fait savoir Washington, ajoutant qu’il avait pris en otage 6 soldats nigériens en mai 2019 puis mené l’attaque, en juillet 2019, contre les forces armées nigériennes.

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