Xlinks Maroc-UK: le projet a besoin de « soutien politique » pour se concrétiser d’ici 2031
Le projet du câble électrique sous-marin entre le Maroc et le Royaume-Uni, devant être le plus long du genre dans le monde, a besoin de « soutien politique pour devenir en réalité ». C’est ce qu’a affirmé Dave Lewis, président de Xlinks et ancien directeur général de Tesco, plus grand supermarché du Royaume-Uni, dans une interview accordée au média américain Bloomberg.
Alors qu’il est prévu que le câble soit totalement opérationnel en 2031, après la mise en service de la première phase en 2029, comme affirmé auparavant par la compagnie, « ce dont l'entreprise a maintenant besoin, c'est de soutien politique », a indiqué Lewis, soulignant que Xlinks First négocie avec le gouvernement pour obtenir un contrat de vente d'électricité à prix fixe. L'entreprise affirme qu'elle aurait besoin d'un prix de l'électricité supérieur à celui des parcs éoliens en mer du Royaume-Uni, mais inférieur à celui que la centrale nucléaire de Hinkley Point C a obtenu en 2016.
Comme rapporté précédemment par Le Desk, dans une mise à jour publiée en avril dernier, la société annonçait que le projet du câble Xlinks devrait coûter plus cher que prévu. Cette hausse, liée à une actualisation de la réglementation du secteur au Royaume-Uni, concernait également la fourchette de prix d’achat de l’électricité acheminée, qui a été revue à la hausse de près de 67 %.
Le calendrier du projet, ajoute Bloomberg, a déjà été perturbé par les élections générales de l'année dernière. Aujourd’hui, l’entreprise doit en outre convaincre un nouveau groupe de ministres au gouvernement. Ce projet, classé projet d’ « importance nationale » et figurant dans la stratégie énergétique britannique, le câble électrique sous-marin Maroc-Royaume-Uni devrait pourtant être de grande plus-value.
Selon la proposition d’Xlinks First, le projet pourrait générer jusqu'à 24 milliards de livres sterling (MM£), (environ 29,9 milliards de dollars) d'investissements, dont environ 5 MM£ au Royaume-Uni. « Cela permet d'attirer des milliards d'investissements étrangers, de réduire les prix de l'énergie de gros tout en réduisant les émissions. Cela permet également de relever le défi de la Dunkelflaute (sécheresse énergétique, ndlr). Le tout sans nécessiter d'investissement public. Mon avis est : pourquoi ne pas le faire ? », a déclaré Lewis. Cet appel pour débloquer ces investissements survient alors que le Premier ministre Keir Starmer et la chancelière Rachel Reeves tentent de relancer l'économie britannique et de stimuler la croissance, souligne Bloomberg, notant que l'entreprise vise une décision finale d'investissement cette année, la clôture financière en 2026 et le début des travaux avant la fin de l'année prochaine.
Par ailleurs, le câble sous-marin « offre une fourniture stable, fiable et dédiée pour alimenter 7 millions de foyers, soit 8 % des besoins actuels en électricité », a ajouté Lewis. Pour rappel, Xlinks inclurait une capacité de 11,5 gigawatts provenant de parcs solaires et éoliens installés à Guelmim-Oued Noun, couplée à des batteries pour stocker l'excédent d'énergie. L'électricité serait ensuite envoyée via environ 4 000 kilomètres de câbles sous-marins longeant les côtes du Portugal, de l'Espagne et de la France avant de traverser la Manche et se connecter au réseau électrique britannique dans le sud-ouest de l'Angleterre, à Devon.
Le projet a déjà obtenu le soutien d’entreprises énergétiques majeures, dont l'Américain GE Vernova, qui a investi pas moins de 10,2 millions de dollars (M $), le Français TotalEnergies qui a injecté 20 millions de livres sterling (M£) ou encore Abu Dhabi National Energy et le plus grand fournisseur d'énergie de détail du Royaume-Uni, Octopus Energy. À cette liste s’ajoute aussi l’Africa Finance Corporation (AFC), institution spécialisée dans le financement des infrastructures en Afrique. Scottish Enterprise, l’agence nationale de développement économique d’Écosse avait à son tour débloqué 9 M£ pour reconvertir Hunterston, l'ancienne centrale nucléaire de la côte de l'Ayrshire, en une usine fabriquant des câbles haute tension pour le projet de connexion électrique sous-marine Xlinks.
Pour rappel, Xlinks First avait aussi récemment renforcé le top management du projet. En octobre dernier, la société avait nommé Samantha Harrison, ancienne conseillère du gouvernement britannique, au poste de directrice des opérations. Cette nomination intervenait à la suite de la désignation d’un président-directeur général (P-DG) pour le projet en février dernier. La société avait choisi James Humfrey pour le poste de P-DG du projet d'alimentation électrique entre le Maroc et le Royaume-Uni. La société avait noté que Simon Morrish, fondateur et PDG de Xlinks continuera à diriger la start-up, tandis que Humfrey dirigera exclusivement le projet du câble électrique sous-marin.
Au Maroc, le foncier a été mobilisé dès 2022 pour accélérer la mise en place du câble. Comme indiqué par Le Desk, selon le rapport sur le foncier public mobilisé pour l’investissement accompagnant le projet de loi de Finances 2022, le projet a bénéficié d’une mobilisation foncière de 150 000 hectares dans la région de Guelmim-Oued Noun, sur les 158 365 destinés à 8 projets. Cependant, au Royaume-Uni, le débat se poursuit parmi certains politiques britanniques autour de la faisabilité et les bienfaits du projet. Plusieurs préoccupations sont exprimées concernant les coûts et la sécurité, mais aussi la menace d'attentats terroristes, ou encore qu'un pays partenaire abuse d'une interconnexion à des fins politiques.
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