n°1106.Le Maroc retrouve son statut « Investment grade » : une reconnaissance de ses réformes et un pari sur la discipline budgétaire
S&P Global Ratings a relevé la note souveraine du Maroc de BB+ à BBB−/A-3, avec perspective stable, ramenant le Royaume dans la catégorie des émetteurs « Investment grade ». Cette décision, intervenue après deux ans d’amélioration progressive des indicateurs macroéconomiques, constitue une étape déterminante pour l’accès du pays à des financements internationaux à moindre coût et pour sa crédibilité auprès des investisseurs institutionnels.
Il s’agit d’une deuxième révision à la hausse, après celle de mars 2024 qui avait amélioré la perspective de « stable » à « positive ». Le Maroc avait perdu son statut d’« Investment Grade » en 2021, au plus fort de la crise du Covid, lorsque ses finances publiques étaient particulièrement sous pression.
Une économie résiliente malgré les chocs
« L’économie du Maroc a fait preuve de résilience face à une succession de chocs, plus récemment liés aux perturbations du commerce mondial provoquées par les droits de douane américains », explique S&P en préambule de son rapport. L’agence prévoit désormais une croissance réelle moyenne de 4 % entre 2025 et 2028, soutenue par l’investissement et la consommation, tout en avertissant que ces perspectives « restent vulnérables aux effets défavorables du changement climatique sur la production agricole ».
La performance économique de la première moitié de 2025 est jugée « forte » par S&P : le PIB a progressé de 4,8 % en glissement annuel au premier trimestre, tiré par la construction, le tourisme, les TIC, l’industrie manufacturière et une reprise des récoltes grâce à des pluies printanières favorables. Les exportations de biens et services représentent désormais 42 % du PIB, contre 32 % en moyenne entre 2015 et 2019, et le compte courant devrait atteindre 52 % du PIB en recettes. Le chômage, bien qu’encore supérieur au niveau d’avant-pandémie, a reculé à 12,8 % en juin 2025, contre 13,1 % un an plus tôt.
Réformes structurelles et inclusion sociale
S&P insiste sur la portée des réformes engagées : réforme fiscale, élargissement de l’assiette de l’impôt, mécanismes de retenue à la source sur la TVA, réduction des exonérations et meilleur contrôle de l’administration fiscale. Les recettes sont passées de 200 milliards de dirhams – MMDH – (17,4 % du PIB) en 2020 à près de 300 MMDH (18,8 % du PIB) en 2024.
L’agence salue aussi la mise en place du registre social unifié, l’extension de la couverture santé obligatoire – passée de 7,8 millions de bénéficiaires en 2021 à 25 millions en 2024 – et la feuille de route visant à ramener le chômage à 9 % d’ici 2030. « Nous pensons que ces mesures contribueront à formaliser davantage l’économie et à élargir l’assiette fiscale, réduisant le déficit budgétaire », souligne S&P.
Parallèlement, le Royaume déploie un plan massif de lutte contre le stress hydrique : nouveaux barrages, dessalement, transferts Nord-Sud, recyclage des eaux et tarification incitative pour optimiser l’usage de la ressource.
Trajectoire budgétaire et dette en baisse
L’un des pivots de l’upgrade réside dans la consolidation des comptes publics. « Nous prévoyons que le déficit budgétaire se réduira progressivement pour atteindre environ 3 % du PIB en 2026 », écrit S&P, grâce à la hausse des recettes et à la maîtrise des dépenses, malgré la pression des besoins sociaux et des investissements.
Cette trajectoire devrait permettre de réduire la dette publique nette, qui avait culminé à 64,7 % du PIB en 2022, pour la ramener sous les 60 % en 2028. L’agence estime que le profil d’endettement reste favorable : maturité moyenne de huit ans, dette en devises majoritairement concessionnelle, profil de remboursement « régulier » et charges d’intérêts contenues autour de 7 % des recettes publiques sur 2025-2028.
S&P prévoit un déficit du compte courant « légèrement supérieur à 2 % du PIB » en moyenne sur 2025-2028, creusé par les importations de biens d’équipement pour les grands projets d’infrastructures et la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Mais la hausse continue des exportations, du tourisme (+19 % de recettes au 2e trimestre 2025) et des IDE – que S&P anticipe en croissance de plus de 20 % par an – devrait soutenir l’accumulation de réserves de change, déjà équivalentes à 5,5 mois d’importations.
L’agence maintient une perspective stable, équilibrant « la dynamique solide des réformes structurelles qui soutiennent la croissance, la diversification et la consolidation budgétaire » face à « un PIB par habitant encore faible, un chômage élevé, une vulnérabilité aux événements climatiques et un contexte géopolitique mondial incertain ».
Dans son scénario central, S&P mise sur une croissance du PIB par habitant passant de 4 700 dollars ( $) en 2025 à 5 700 $ en 2028. Elle prévient toutefois : « Nous pourrions abaisser la note si les performances budgétaires s’écartaient sensiblement de nos prévisions ou si la position extérieure se détériorait fortement. » À l’inverse, un relèvement reste possible si la croissance et le solde budgétaire dépassent les attentes ou si le Maroc franchit de nouvelles étapes vers une flexibilité accrue de son régime de change.
Un gain de crédibilité à transformer en moteur de croissance
Cette promotion à BBB− ouvre la voie à des conditions de financement plus favorables : les euro-obligations émises en mars 2025 pour 2 milliards d’euros (MM €) ont déjà été sursouscrites (7 MM € de demande), confirmant l’appétit des investisseurs. Le retour au club des émetteurs « Investment grade » devrait également élargir la base d’investisseurs institutionnels autorisés à acheter la dette marocaine et réduire la prime de risque.
Mais la vigilance reste de mise : la note n’est que la première marche de l’« Investment grade ». Pour la préserver, le Royaume devra maintenir le cap de la réforme, absorber les chocs climatiques et sociaux, et veiller à ce que la dette continue de décroître en proportion du PIB.
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