Affaire CNP : le bâtonnier de Rabat dénonce des « propos injurieux » et évoque un délit pénal
Le bâtonnier du barreau de Rabat, Aziz Rouibah, a réagi publiquement ce mercredi 26 novembre au scandale qui secoue le Conseil national de la presse (CNP) depuis quelques jours. Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, il réagit à la controverse provoquée par la vidéo de près de deux heures publiée par le journaliste Hamid El Mahdaoui, montrant les coulisses d’un conseil disciplinaire du CNP, aujourd’hui géré par une commission provisoire.
Le bâtonnier du barreau de Rabat affirme avoir pris connaissance de l’enregistrement qui documente « des propos injurieux, insultants et dégradants pour la dignité humaine » visant des avocats dans l’exercice de leurs fonctions. Des attaques qui, selon le communiqué, réunissent « les éléments constitutifs du délit prévu par l’article 263 du Code pénal », lequel sanctionne les outrages à fonctionnaires publics.
Rouibah dénonce également « le mépris flagrant » manifesté à l’égard de la défense lors de ce conseil disciplinaire, illustré par la manière dont les avocats ont été « contraints d’attendre de manière provocante » avant d’être finalement exclus de la séance sous des prétextes jugés « inacceptables ». Le communiqué évoque un état d’esprit « animé d’une haine tenace à l’égard des droits de la défense », avec des expressions « indignes des institutions et de la Constitution ». Affirmant que la protection des avocats constitue « la mission la plus sacrée » du barreau, le bâtonnier assure que les actions et mesures nécessaires seront prises pour « obtenir réparation » pour les membres concernés et pour le barreau.
Cette réaction intervient alors que la vidéo d’El Mahdaoui expose, en détail, une série de dysfonctionnements : improvisation de règles disciplinaires, insultes à l’encontre du justiciable, manipulation des procédures, interventions téléphoniques douteuses et confusion entre sanction et recours. Un concentré de pratiques qui remet en cause la légitimité de l’organe provisoire chargé de réguler la presse.
La polémique a déjà provoqué une première défection interne. Hamid Saâdni, directeur de l’information de 2M, a annoncé la suspension de sa participation aux travaux de la Commission provisoire. Un pas révélateur de la crise de crédibilité qui frappe cet organe.
Les images diffusées par El Mahdaoui ont également fait irruption dans le Parlement. Mardi, un élu du Mouvement populaire à la Chambre des conseillers a interpellé Aziz Akhannouch à propos des « faits immoraux » attribués à des membres du comité d’éthique et de la commission provisoire. Il a également pointé « l’opacité » entourant le projet du gouvernement de réorganiser le CNP, estimant que le texte envisagé « ne respecte pas les règles démocratiques de représentation des professionnels ».
Pour rappel, installée par le gouvernement pour pallier la vacance des instances du CNP, la Commission provisoire chargée de la gestion des affaires du secteur de la presse et de l’édition a vu son mandat prolongé à plusieurs reprises avant d’arriver à échéance début octobre. Son fonctionnement contesté, combiné à l’absence toujours non résolue de renouvellement des membres du CNP, a plongé la régulation de la presse dans un vide institutionnel devenu aujourd’hui une crise politique ouverte.
Lire notre série : Conseil national de la presse : chronique d'un naufrage institutionnel
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