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14.03.2026 à 00 H 04 • Mis à jour le 14.03.2026 à 00 H 04
Par
Sahara

Au Sénat américain, une nouvelle proposition de loi vise à examiner la désignation terroriste du Polisario

Création : Ezzoubair Elharchaoui / Le Desk
À Washington, la pression s’accentue contre le Front Polisario. Trois sénateurs républicains ont déposé une proposition de loi visant à examiner sa désignation comme organisation terroriste, en invoquant des liens présumés avec l’Iran et le Hezbollah, une thèse défendue de longue date par Rabat et qui a aussi trouvé voix au Congrès américain

Un nouveau pas est franchi au Sénat américain dans la campagne visant à faire classer le Front Polisario comme organisation terroriste. Les sénateurs républicains Ted Cruz, Tom Cotton et Rick Scott ont annoncé ce 13 mars le dépôt d’une proposition de loi baptisée Polisario Front Terrorist Designation Act of 2026, visant à enclencher le processus de désignation du mouvement séparatiste comme organisation terroriste étrangère.


Le texte prévoit d’obliger le secrétaire d’État américain à examiner formellement la désignation du Polisario comme Foreign Terrorist Organization (FTO) et Specially Designated Global Terrorist (SDGT), si des éléments confirment une coopération militaire ou opérationnelle entre le mouvement et des groupes terroristes affiliés au régime iranien.


Selon Ted Cruz, cette initiative législative répond à une menace stratégique croissante. « Le régime iranien tente de transformer le Front Polisario en Houthis de l’Afrique de l’Ouest et de s’en servir pour saper la sécurité nationale des États-Unis et de leurs alliés », a déclaré le sénateur du Texas. L’élu affirme notamment que le mouvement séparatiste coopère avec des organisations terroristes liées à Téhéran, qu’il reçoit des drones du Corps des gardiens de la Révolution islamique (CGRI) et participe à des réseaux de circulation d’armes dans la région.


Pour Cruz, l’adoption de cette législation permettrait d’activer les sanctions antiterroristes les plus sévères de Washington. Une désignation officielle couperait alors le Polisario et ses dirigeants de l’accès au système financier international, limiterait leurs déplacements et restreindrait leurs ressources logistiques.


Les sénateurs Tom Cotton et Rick Scott ont également soutenu l’initiative. Pour Cotton, «  le Front Polisario est une organisation terroriste qui soutient ouvertement l’Iran et le Hezbollah », estimant que sa désignation officielle par Washington est « attendue depuis longtemps ». Scott a pour sa part dénoncé les liens du mouvement avec « des adversaires des États-Unis comme la Chine, l’Iran et la Russie », ainsi que sa coopération avec des groupes terroristes soutenus par Téhéran, notamment le Hezbollah.


La proposition de loi prévoit que le département d’État remette au Sénat un rapport détaillé sur la nature des coopérations entre le Polisario et ces groupes. L’examen porterait notamment sur une éventuelle participation armée à des opérations militaires, la fourniture de systèmes d’armes, y compris des drones, le partage de renseignements militaires ou encore la circulation d’équipements destinés à la détection et à l’engagement de cibles aériennes.


Après l'audition, la proposition de loi

Cette initiative s’inscrit dans la continuité des prises de position déjà exprimées par Ted Cruz au Sénat. Lors d’une audition de la Commission des affaires étrangères au début de ce mois de février, le sénateur avait accusé l’Iran de chercher à transformer le Polisario en force supplétive comparable aux milices houthies du Yémen. Il avait alors évoqué la livraison de drones par les Gardiens de la Révolution ainsi que la circulation d’armes via des réseaux liés au mouvement séparatiste dans la région sahélo-saharienne.


Face à ces éléments, Cruz avait annoncé la préparation d’une proposition de loi permettant la désignation du Polisario comme organisation terroriste si ces coopérations venaient à être confirmées.


La proposition déposée ce 13 mars intervient également dans un contexte de mobilisation croissante au sein de l'appareil législatif américain. De l'autre côté, au Congrès plusieurs élus avaient déjà soutenu une initiative bipartisane visant à examiner la classification du mouvement séparatiste. Le député Joe Wilson avait notamment annoncé en septembre dernier le dépôt d’un texte allant dans ce sens.


Pour Rabat, cette dynamique politique à Washington renforce l’argument selon lequel la résolution du différend autour du Sahara revêt aussi une dimension sécuritaire régionale. Les autorités marocaines estiment que l’émergence d’un espace instable sous influence iranienne dans la zone sahélo-saharienne représenterait un risque direct pour la stabilité régionale et pour les partenaires occidentaux du Royaume, comme on le rappelle souvent.


La thèse de Rabat renforcée

En 2018, comme nous l'indiquions dans notre enquête, le Maroc pointait du doigt le réseau « Tajideen », placé sous surveillance par le Trésor américain dès le début des années 2000. À l'époque, un ressortissant libanais, membre du Hezbollah, avait été arrêté au Maroc à la demande d'Interpol pour des faits d'escroquerie. L'affaire avait ensuite été liée par des experts à des tentatives d'infiltration au Maroc d’agents du Hezbollah et de l'Iran.


Des déclarations de Nasser Bourita, on ne peut plus claires, ont relevé ensuite l’existence de liens directs entre l’Iran et le Hezbollah d’une part, et le Polisario de l’autre. D'après les accusations formulées publiquement et officiellement par la diplomatie marocaine, les deux premiers fourniraient des armes au mouvement indépendantiste. Était notamment pointée une livraison de missiles par l'Iran au Polisario, qui a poussé le Maroc à couper les ponts avec le régime des Mollahs en mai 2018.


Ces liens, brandis par Rabat durant le premier mandat de Donald Trump, l’ont également été sous Joe Biden pour tenter de convaincre l’administration démocrate de placer le Polisario sur la liste des organisations terroristes. La thèse marocaine est à nouveau invoquée aujourd'hui, dans un contexte géopolitique des plus favorables et auprès d’une administration Trump qui a déjà démontré son tropisme marocain dans le dossier du Sahara.

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