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16.04.2026 à 23 H 15 • Mis à jour le 17.04.2026 à 10 H 16
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Diplomatie

Sahara : l’Union européenne confirme à Rabat son soutien au plan d’autonomie

Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, et Kaja Kallas, Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, à Rabat, le 16 avril 2026. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères, et Kaja Kallas, Haute Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et vice-présidente de la Commission européenne, à Rabat, le 16 avril 2026. Crédit : Maroc Diplomatie / X
À la veille d'échéances importantes au Conseil de sécurité de l'ONU, Kaja Kallas a réaffirmé jeudi à Rabat le soutien des 27 au plan d'autonomie marocain pour le Sahara, une position adoptée dès janvier à Bruxelles, plus prudente toutefois que celle de Paris ou Washington

La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a réaffirmé jeudi 16 avril, depuis Rabat, la position commune adoptée fin janvier par les 27 sur le dossier du Sahara, estimant qu'« une autonomie véritable pourrait représenter une solution des plus réalisables  » au différend qui oppose depuis près d'un demi-siècle le Maroc au Front Polisario, soutenu par l'Algérie.


La déclaration, prononcée aux côtés du ministre des Affaires étrangères Nasser Bourita, intervient à quelques jours d'une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies consacrée au dossier. Son calendrier n'a rien d'anodin : en se rendant au Maroc, pour sa première visite dans le Royaume depuis sa prise de fonctions, la Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères amplifie diplomatiquement une position déjà formalisée à Bruxelles environ trois mois plus tôt.


Une position actée dès janvier

Le véritable basculement européen ne date pas de jeudi. Il a eu lieu le 29 janvier, lors de la 15e session du Conseil d'association UE-Maroc tenue à la capitale belge. Ce jour-là, Kallas avait indiqué à son arrivée que la réunion lui donnait l'occasion « de présenter officiellement la nouvelle position de l'UE sur le Sahara occidental  ». Le communiqué conjoint signé avec Bourita contenait déjà, mot pour mot, les formules reprises ce jeudi à Rabat.


La doctrine communautaire, adoptée à l'unanimité des États membres, appelle désormais « toutes les parties à participer aux discussions sans conditions préalables et sur la base du plan d'autonomie proposé par le Maroc afin de parvenir à une solution politique définitive ». Elle salue également la résolution 2797 (2025) du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée le 31 octobre 2025, qui fonde pour la première fois explicitement le processus de négociation sur le plan marocain.


Un basculement de longue haleine

Si la séquence de jeudi ne constitue pas une rupture, elle s'inscrit dans une inflexion européenne bien réelle, construite par étapes sur près de trois années.


Jusqu'en 2020, Bruxelles s'en tenait à une position d'équidistance, soutenant les efforts de l'ONU pour « une solution politique juste, réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable  », sans jamais nommer le plan marocain. L'UE considérait, et considère juridiquement toujours, le Sahara occidental comme un « territoire non autonome  » dont le statut doit être déterminé par le processus onusien.


Le mouvement de recomposition a commencé avec la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine, en décembre 2020, sous la présidence de Donald Trump. Il s'est ensuite propagé aux capitales européennes, chacune suivant son propre calendrier : l'Espagne en mars 2022, Pedro Sánchez qualifiant alors l'initiative marocaine de « base la plus sérieuse, réaliste et crédible  », l'Allemagne, les Pays-Bas, puis la France, en juillet 2024, dans une lettre adressée par Emmanuel Macron au roi Mohammed VI.


Parallèlement, un accroc juridique est venu contraindre Bruxelles à clarifier sa position. En octobre 2024, la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) avait invalidé l'application des accords commerciaux UE-Maroc au Sahara, tout en préservant leurs effets pendant 12 mois afin d'éviter une rupture brutale. Cette décision a obligé la Commission à refonder juridiquement sa relation économique avec Rabat, aboutissant à l'échange de lettres d'octobre 2025 et à la décision n° 2/2025 qui sécurise les préférences tarifaires pour les produits issus des provinces du Sud.


La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée dans la foulée, a fourni à Bruxelles le cadre multilatéral permettant d'actualiser sa doctrine sans paraître contredire le processus onusien. Le communiqué du 29 janvier 2026 a ainsi institutionnalisé au niveau communautaire une orientation déjà largement mûrie dans les capitales.


Une doctrine plus prudente que celle des capitales

La position de l'Union reste néanmoins plus nuancée que celle affichée par certains de ses États membres. Là où Paris ou Madrid reconnaissent désormais la « marocanité » du Sahara, Bruxelles continue de parler d'une solution qui « assure l'autodétermination du peuple du Sahara occidental » et considère l'autonomie comme la solution « la plus réalisable  », sans en faire l'issue unique.


La distinction est juridiquement importante. L'UE s'inscrit toujours dans le cadre onusien de l'autodétermination, même si elle désigne désormais le plan marocain comme la base la plus crédible des négociations. Ce pas de côté permet à Bruxelles de ménager ses obligations de droit international, la CJUE ayant rappelé à plusieurs reprises le statut spécifique du territoire, tout en offrant à Rabat la reconnaissance politique qu'il recherchait depuis 2007.


Le Front Polisario et l'Algérie, principaux perdants de cette recomposition, n'ont pas réagi dans l'immédiat. Des eurodéputés de gauche ont néanmoins tenté ces dernières semaines d'obtenir de la Commission un réexamen du cadre juridique des accords avec le Maroc, démarche à laquelle Kallas a répondu par écrit en février en réaffirmant la pleine conformité du dispositif.


Vers un « partenariat stratégique et global »

Au-delà de la question du Sahara, la visite de la Haute Représentante visait à préparer un saut qualitatif dans la relation bilatérale. Kallas a qualifié le partenariat entre l'UE et le Maroc de « riche, multidimensionnel et privilégié », évoquant une relation « forgée depuis plus d'un demi-siècle de coopération étroite et de confiance mutuelle ». Les deux parties ont convenu de finaliser prochainement un « partenariat stratégique et global » appelé à succéder au cadre actuel de l'Accord d'association, dont on fête cette année le trentième anniversaire.


Les échanges ont également porté sur les principales crises internationales (Gaza, Ukraine, Sahel, tensions avec l'Iran) et sur la coopération dans les espaces de voisinage commun : Méditerranée, Sahel et façade atlantique. Sur chacun de ces dossiers, Rabat et Bruxelles ont réaffirmé leur « attachement commun à un ordre international fondé sur les règles et le multilatéralisme effectif  ».


Pour Nasser Bourita, qui s'exprimait lors du point de presse conjoint, ce partenariat revêt un caractère « central et stratégique » dans la vision du roi Mohammed VI. Le ministre a rappelé que la session de Bruxelles, il y a moins de trois mois, avait déjà permis d'enregistrer « des engagements importants dans plusieurs domaines ».


Reste désormais à traduire cette convergence affichée en actes concrets. La réunion de New York, prévue le 24 avril sous présidence bahreïnie du Conseil de sécurité, prendra la forme de consultations à huis clos : l'Envoyé personnel du secrétaire général, Staffan de Mistura, y présentera les résultats de ses dernières consultations régionales, tandis que le chef de la Minurso, Alexander Ivanko, rendra compte de la situation sur le terrain. Une seconde séance, prévue le 30 avril, sera consacrée à la révision stratégique du mandat de la Mission, conformément à la résolution 2797. Autant d'étapes où le poids effectif de la nouvelle doctrine européenne, qui demeure, rappelons-le, plus prudente que celle affichée par Paris ou Washington, se mesurera moins dans des votes que dans la capacité à peser sur la relance du processus politique.

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