S'abonner
Se connecter
logo du site ledesk
Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements
22.05.2026 à 11 H 55 • Mis à jour le 22.05.2026 à 11 H 55
Par
Décarbonation

La BAD garantit 450 M€ pour adosser le virage bas carbone d’OCP

La station de dessalement d'eau de mer de Jorf Lasfar, mise en place par le groupe Office Chérifien des Phosphates (OCP). La station de dessalement d’eau de mer de Jorf Lasfar, mise en place par le groupe Office Chérifien des Phosphates (OCP). Crédit: MAP
La Banque africaine de développement déploie pour la première fois au Maroc une garantie partielle de crédit de 450 millions d'euros, permettant au géant des phosphates OCP de lever un prêt vert de 530 millions d'euros auprès de Société Générale et BNP Paribas. Adossé à la notation AAA de la banque panafricaine, le montage sécurise le financement long terme de la trajectoire de neutralité carbone du groupe marocain à l'horizon 2040

La Banque africaine de développement (BAD) et le Groupe OCP ont scellé vendredi à Rabat un accord de garantie partielle de crédit de 450 millions d'euros (M €), dispositif inédit au Maroc destiné à débloquer un prêt vert de 530 M € arrangé par Société Générale et BNP Paribas en faveur du premier exportateur mondial d'engrais phosphatés


L'opération, qui s'inscrit dans le programme d'investissement 2023‑2030 du groupe public marocain, marque le passage à la phase de déploiement d'une stratégie de décarbonation chiffrée à environ 13 milliards de dollars (MM $) sur la période 2023‑2027. Elle illustre aussi la montée en puissance de la BAD dans la structuration de financements mixtes capables d'attirer les capitaux privés internationaux vers des actifs industriels africains.


Un effet de levier sur la notation AAA

La mécanique du montage repose sur l'adossement de la signature du Groupe OCP à celle, AAA, de la BAD. La garantie permet ainsi de sécuriser un prêt vert de maturité 12 ans, assorti d'un différé de remboursement de trois ans, conditions difficiles à obtenir auprès des banques commerciales sur des actifs émergents sans rehaussement de crédit.


« La signature de cet accord réaffirme notre engagement en faveur du programme d'investissement du Groupe OCP. Grâce à notre notation financière AAA, nous mobilisons des capitaux internationaux pour accélérer le développement d'une production d'engrais bas carbone, le déploiement des énergies renouvelables et la gestion durable de l'eau », a déclaré Achraf Tarsim, responsable du bureau pays de la BAD au Maroc.


Pour la banque panafricaine, l'opération s'inscrit dans le second et le quatrième des « Quatre points cardinaux » de sa nouvelle doctrine d'intervention, axés respectivement sur la mobilisation de capitaux à grande échelle et sur la construction d'infrastructures résilientes. Elle constitue, selon plusieurs sources proches du dossier, l'un des premiers déploiements significatifs de cet instrument de garantie partielle non souverain sur le continent.


Trajectoire de décarbonation

Le produit de l'emprunt sera affecté à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, au déploiement des énergies renouvelables et à l'amélioration de l'efficacité hydrique et énergétique du dispositif industriel d'OCP. Entre 2026 et 2038, le portefeuille de projets visé doit permettre d'éviter plus de 43 millions de tonnes d'émissions de CO₂, selon les estimations de la BAD.


Le calendrier de la stratégie d'OCP est ambitieux : le groupe vise la neutralité carbone sur les scopes 1 et 2 dès 2030, et sur l'ensemble des scopes en 2040, 10 ans avant l'échéance internationalement retenue. D'ici 2027, l'ensemble des sites doit fonctionner à 100 % d'énergie propre, issue de l'éolien, du solaire et de la cogénération. OCP s'est par ailleurs engagé à basculer intégralement vers de l'eau dessalée pour ses procédés industriels, dans un pays confronté à un stress hydrique chronique.


« Avec cet accord, nous franchissons une étape décisive vers un modèle industriel bas carbone et circulaire. Le soutien de la BAD renforce notre capacité à investir dans des solutions qui préservent les ressources, protègent les sols et accompagnent les agriculteurs », a indiqué Younes Kchia, directeur financier du Groupe OCP.


Un signal pour le marché de la dette verte africaine

Au-delà de son volume, l'opération est suivie avec attention par les marchés de capitaux régionaux. Le montage Société Générale–BNP Paribas, adossé à une garantie multilatérale, fournit une grille de lecture susceptible d'être répliquée pour d'autres champions industriels africains à la recherche de financements longs alignés sur leurs cadres de finance verte. L'opération doit également contribuer à la création de milliers d'emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, selon la BAD.


Le Groupe OCP, qui détient la majeure partie des réserves mondiales de phosphate, joue sa propre transition dans un contexte de durcissement des normes carbone européennes, singulièrement le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui pénalisera progressivement les engrais à forte intensité carbone à l'entrée du marché de l'Union. La bascule industrielle engagée constitue, à cet égard, autant un pari climatique qu'une assurance compétitivité pour préserver l'accès à ce marché stratégique de débouchés du groupe.

©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.