IndustrieL’usine de Kénitra, pièce essentielle du nouveau plan stratégique de Stellantis
Le 21 mai, Antonio Filosa, nouveau patron de Stellantis, dévoilait le plan stratégique du groupe, baptisé FaSTLAne 2030, qui a pour premier objectif de restaurer sa rentabilité. Le mastodonte franco-italo-américain sort d’un exercice 2025 désastreux, soldé par une perte historique de 22,3 milliards d’euros (MM €), due essentiellement aux 25 milliards d'euros de « charges exceptionnelles » et de dépréciations d’actifs.
Près d’un mois plus tard, c’est au tour de Samir Cherfan, Chief Operating Officer Moyen-Orient et Afrique, d’en détailler la déclinaison dans la région qu’il dirige. Et le Maroc, l’une des deux principales bases de production du groupe dans la région (avec la Turquie), y occupe une place de choix. « Le Moyen-Orient et l’Afrique s’imposent comme un pilier stratégique majeur de la croissance de Stellantis. Nous bénéficions déjà d’une base solide, combinant volume et rentabilité. Avec FaSTLAne 2030, nous accélérons notre mise en œuvre en optimisant notre sourcing, en renforçant notre empreinte industrielle et en déployant un portefeuille produit ciblé pour capter pleinement le potentiel de la région », a-t-il déclaré.
Kénitra, pièce importante du dispositif industriel
Le plan FaSTLAne 2030 est construit autour d’une somme d’orientations. Il entérine d’abord la priorisation de 4 marques mondiales (Jeep, Ram, Peugeot et Fiat) qui capteront la part du lion dans une enveloppe d’investissement se montant à 60 MM €. Le reste des marques seront, elles, davantage recentrées sur des marchés régionaux spécifiques.
Cet arbitrage va de pair avec une accélération des lancements de nouveaux produits (23 lancements d'ici 2030), avec une offensive majeure sur le marché nord-américain, crucial en termes de rentabilité. Sur ce volet, le Maroc, en tant que marché, ne connaîtra pas de changement majeur, si ce n’est l’arrivée d’une poignée de modèles inédits, et probablement l’entrée en scène de la marque Ram.
En revanche, l’usine qu’il abrite est appelée à devenir une pièce importante du dispositif industriel de ce nouveau plan. « Le Groupe veut capitaliser sur la compétitivité de ses sites au Maroc et en Turquie, totalisant une capacité de 800 000 unités. Le but est de saturer ces capacités de production », a indiqué Samir Cherfan.
De futures exportations vers les États-Unis
Le plan FaSTLAne 2030 l’indique d’ailleurs explicitement : l’un de ses objectifs est de porter à 90 % le taux d'utilisation de la capacité du site de Kénitra, qui s'élève désormais à 535 000 unités (toutes catégories confondues). Comment ? En accueillant sur ses chaînes de nouveaux véhicules basés sur la plateforme Smart Car, à commencer par les futurs Fiat Grizzly et Fiat Fastback, fers de lance de l’offensive produits de Fiat. L’essentiel de la production sera destiné à l’exportation vers l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, mais aussi, grande nouveauté, les États-Unis.
Dans le pays de l’Oncle Sam, les deux SUV italiens seront vendus sous la marque Chrysler, marque locale qui a un besoin pressant d’étendre une gamme famélique. Ce sera la première fois qu’un véhicule produit au Maroc sera expédié vers le marché américain, profitant des avantages tarifaires de l’accord de libre-échange signé entre les deux pays.
Produits dans l'usine de Kénitra, les Fiat Grizzly et Fastback seront exportés vers les États-Unis, où ils seront vendus sous la marque Chrysler. Crédit : FiatSi l'usine de Kénitra a été érigée en plateforme d'exportation vers trois continents, c'est d'abord grâce à compétitivité et ses coûts de production compressés, que Stellantis ambitionne d'exploiter pour contrer la déferlante de produits chinois, du moins dans certaines catégories. Lors de sa présentation, Samir Cherfan l'avait bien précisé : « Au sein de la région, le Maroc bénéficie de coûts logistiques inférieurs. Donc on peut dire que le Maroc produit au coût chinois. »
Le troisième point porte sur le déploiement de nouvelles architectures, la principale étant la plateforme modulaire STLA One, qui remplacera 5 bases existantes et couvrira les segments B, C et D (des citadines aux grands modèles familiaux). Comme indiqué précédemment, ce renouvellement ne poussera pas la plateforme Smart Car à la retraite. Mieux, son utilisation pourrait même s’étendre à d’autres modèles, puisqu’elle servira notamment de base technique à la prochaine génération de la Citroën C4, elle-même susceptible de rejoindre l’usine marocaine.
Des BEV « made inMorocco »
La stratégie multi-énergie, déjà annoncée par Filosa, n’est pas remise en cause. Le groupe entend « développer une offre diversifiée de motorisations selon les régions », entre thermique, hybride léger (MHEV), hybride rechargeable (PHEV), électrique (BEV), et bientôt électrique à prolongateur d’autonomie (REEV), empruntée au partenaire chinois Leapmotor. Là aussi, le Maroc a droit de cité, puisque l’usine de Kénitra entamera la production des Fiat Grizzly dans leur déclinaison à moteur thermique et MHEV, mais également, selon des sources internes, dans leur version 100 % électrique.
Mis ensemble, ces différents éléments indiquent que le site marocain n’est pas concerné par le dernier élément du plan FaSTLAne 2030 : une vaste restructuration industrielle destinée à réduire les surcapacités de production, qui ciblera surtout les sites européens du groupe, dont les capacités accuseraient un excès de 800 000 véhicules. Cette optimisation drastique du dispositif industriel sera activée à travers des modalités de partenariat et de location, voire de cession, d’usines de Stellantis aux constructeurs chinois Leapmotor et Dongfeng.
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