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Media Fail
26.08.2016 à 01 H 42 • Mis à jour le 26.08.2016 à 15 H 22
Par

Un vieux projet mort-né présenté comme l’embryon d’une industrie militaire au Maroc

À l'origine
Lundi 22 août, le quotidien Akhbar Al Yaoum publiait un article autour d’une note établie par l’Administration de la Défense en 2012 faisant état d’un projet de création d’une usine de production de munitions au Maroc. L’article basait son propos sur ce document pour expliquer la course à l’armement que se livrent le Maroc et l’Algérie, compétition qui devrait aboutir à la mise en place imminente, selon le quotidien, d’une industrie militaire au Maroc, dont la fameuse note « confidentielle » apportait le détail.

 
Les détails
« La première usine de fabrication d’armements dans le royaume est en cours de concrétisation ». L’information lancée par le quotidien Akhbar Al Yaoum a été très vite reprise par plusieurs médias comme Le360 qui qualifie le projet militaire d’ « ambitieux » : celui de « la délocalisation d’industries militaires » au Maroc où l'entreprise belge Mecar et la société britannique Chemring ont décidé de créer, très prochainement, une joint venture du nom de MCR Technologie Maroc (MCRT), et dont « le Maroc détiendra 10% du capital. » Le quotidien précise « qu'un lot de terrain de plus de 1 000 hectares à d'ores et déjà été réservé à cet ouvrage qui permettra au Maroc d'éviter les importations des munitions » et qu’un investissement initial de 300 millions de dirhams sera nécessaire.

 

Article du journal Akhbar Al Yaoum daté du lundi 22 août 2016 traitant de l'affaire. DAVID RODRIGUES / LE DESK
Les faits réels
Pour Le360, «Akhbar al Yaoum parait bien informé sur ce dossier, fournissant nombre de détails relevant même du confidentiel ». Il en veut pour preuve, « une circulaire de l'Administration de la Défense nationale émise en 2012 et évoquant ce projet d'industrie de défense ». Cette note et ses annexes, en réalité, ne sont pas si confidentielles. Elles circulent depuis des mois sur Internet, notamment sur des forums traitant de l'armée. Datée du 25 janvier 2012, la note en question faisait partie du lot de documents fuités par le fameux compte Chris Coleman qui avait rendu publics entre autres, des câbles diplomatiques du ministère des Affaires étrangères.

 

Extrait de la note interne de l'Administration de la Défense nationale datée de février 2012 détaillant le cadre général du projet


 

Extrait d'une correspondance adressée en 2012 par Mecar à l'Administration de la Défense nationale mentionnant les réserves de l'entreprise


 

A l’époque de sa rédaction, ce projet devait être en effet attribué à Mecar, dont la société mère était à cette date Chemring Group. Mais depuis 2012, la situation a beaucoup évolué, ce que n’ont pas vérifié Akhbar Al Yaoum et ses relais. D’abord à cause de points de désaccord entre les investisseurs étrangers et l’armée. Ensuite, en raison d’une baisse de son chiffre d’affaires cumulé ainsi que de sa rentabilité opérationnelle, Chemring Group s’est vu contraint de céder deux de ses filiales, comme l’explique en avril 2014 Les Echos.fr. L’italienne Simmel et… la belge Mecar ont été rachetées par Nexter Systems, un groupe industriel français spécialisé dans l’armement qui a scellé la transaction le 23 avril 2014.

 

 « Le projet de création de l’usine de fabrication d’armements n’est pas allé jusqu’à son terme », explique Laetitia Blandin, directrice de la communication de Nexter Group, jointe par Le Desk. « Mecar s’est retiré du projet initial peu après 2012 », ajoute-t-elle. Quant à MCR Technologie Maroc, présentée abusivement comme une joint-venture, celle-ci, dotée d’un maigre capital de 300 000 dirhams avait été fondée pour l’occasion en septembre 2011 par Jean Martin, « un agent d’affaires » selon Laetitia Blandin, et quelques personnes de son entourage, n’a jamais eu d’activité. Elle est demeurée une coquille vide jusqu’à ce jour comme a pu le constater Le Desk à travers sa documentation juridique.

 

Extrait de la fiche signalétique de MCR Technologie Maroc. INFORISK


 

Fiche historique de MCR Technologie Maroc. INFORISK


 

Pourquoi donc un projet mort-né et des documents obsolètes ont-ils refait surface aujourd’hui dans la presse sous forme de révélations tonitruantes ? La thématique - très chère aux médias - de la course à l'armement avec l’Algérie en est très probablement la raison. C’est en tout cas la tonalité alarmiste des articles parus dans Akhbar Al Youm, Le360, mais aussi H24.Info qui pour l’occasion rajoute une couche sur la fausse information d’un investissement saoudien de 22 milliards de dollars dans l’industrie de l’armement marocaine que Le Desk avait déjà par le passé désintoxiquée.

 

En effet, l’article d’Akhbar Al Yaoum s’inquiète des factures exorbitantes de l'Algérie pour des équipements militaires auprès, notamment, de ses fournisseurs russes, mettant en avant « des sommes folles » : 457 millions de dollars déboursés par le pays entre 2015 et 2016. Pour cette année, « est prévue une livraison totale de 200 chars, sachant que les militaires algériens sont déjà équipés de 500 unités de ce type de tanks. L'Algérie s'apprête également à acquérir des hélicoptères Mi-26T2 et des Mi-28NE », reprend mot pour mot Le360. En juin, des informations auraient fuité sur la rencontre en avril dernier entre le premier ministre algérien, Abdelmalek Sellal et son homologue russe. Un « deal secret » qui aurait abouti selon le site d’information algérien Le Jeune Indépendant à plusieurs nouveaux contrats d'équipements militaires. De quoi emballer certains médias locaux qui ont voulu rendre la pareille à leurs confrères algériens et qui ont ce faisant intoxiquer la presse spécialisée internationale ?

 



 
Le verdict
La première usine de fabrication de munitions au Maroc ne verra certainement pas le jour à travers la société MCRT, ni à travers Mecar et son ancienne maison-mère Chemring Group. Un vieux projet qui date de quatre ans et qui n’est plus depuis cette époque d’actualité comme l’a confirmé Nexter Group au Desk : « Toutes les informations qui ont circulé ces derniers jours à ce propos sont complètement erronées », a commenté l’entreprise française.

 

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