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Rumeurs, hoax et assertions médiatiques passés au crible

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Media Fail
26.08.2016 à 13 H 54 • Mis à jour le 30.08.2016 à 12 H 11
Par

Le quotidien fondé par Ilyas El Omari annonce que le Maroc va se doter d’un hélico russe qui…n’a jamais été produit

À l'origine
Dans sa livraison datée du 26 août, le quotidien Akhir Saâ annonce en Une que les forces armées royales sont sur le point de s’équiper d’hélicoptères Mil Mi 12 de fabrication russe. « Un méga deal fruit d’une nouvelle coopération militaire, conséquence directe de la visite officielle de Mohammed VI à Moscou mars dernier ».
Les détails
« Le Maroc se dote du plus gros hélicoptère au monde » annonce sur quatre colonnes à la Une Akhir Saâ. Un achat qui fait partie d’un contrat global comprenant un sous-marin Amur-1650 et des chasseurs Sukhoï-34. Le journal cite comme source le site spécialisé espagnol Infodefensa.com.

 

La décision d’acheter des hélicoptères Mil Mi 12 aurait été tranchée, selon Akhir Saâ, « suite à une demande exprimée par le Maroc lors des derniers instants des négociations » menées avec Moscou. Le journal, fondé par Ilyas El Omari, décrit ensuite les capacités opérationnelles de l’appareil qui a notamment « battu le record mondial de capacité de chargement en soute ».
Les faits réels
Depuis des mois, les annonces d’achat de matériel russe se succèdent et sont reprises en boucle par des sites d’information et des blogs traitant d’actualité militaire sans qu’aucune information officielle ne vienne les confirmer, notamment concernant le submersible Amur-1650 ou les chasseurs Sukhoï-34.

 

L’article publié par Infodefensa.com n’est qu’une reprise de ces rumeurs diffusées par la presse locale, voire même de la part de l’agence russe Izvestia. Plus cocasse dans le cas présenté par Akhir Saâ, le journal affirme que le site espagnol apporte du nouveau en révélant le contrat sur les hélicoptères Mil Mi 12, alors que l’article en question n’en fait absolument pas référence. Et pour cause, ce modèle d’hélicoptère conçu à la fin des années 60 ne fait certainement pas partie du catalogue russe, puisqu’il n’a jamais été produit en série.

 

Seuls deux prototypes connus du Mil Mi 12 ont réalisé des vols de démonstration il y a près de 50 ans. Le programme fut d’ailleurs abandonné en 1974, car le mastodonte des airs porté par deux imposants rotors n’était plus adapté aux besoins de l’armée soviétique. « D’un point de vue militaire, la mission dévolue à cet hélicoptère était déjà devenue caduque », peut-on lire sur la page que lui consacre Wikipédia. Pour les amateurs d’antiquités militaires, le dernier exemplaire visible du public et datant de 1967 est exposé au musée central des forces armées de la Fédération de Russie à Monino.
Le verdict
Il est remarquable de constater que la presse à sensation fait grand cas d’achats de matériels militaires par le Maroc en ces temps de compétition avec le voisin algérien quitte à sombrer dans l’invention de faits. Ce matin, nous faisions état d’un emballement médiatique similaire à propos de l’imminence de l’implantation d’une usine militaire européenne au Maroc. Information qui s’est révélée tout aussi fantaisiste.

 

Petit détail croustillant sur le cas d’Akhir Saâ, l’article en question est illustré par une impressionnante photographie d’un hélico qui n’est pourtant pas le modèle cité puisqu’il s’agit d’un Mil Mi 24D Hind, produit lui à 2 500 exemplaires et qui a fait ses preuves dans plusieurs théâtres de guerre. Il faut croire que l’iconographe d’Akhir Saâ a longtemps cherché une photo du Mil Mi 12 manifestement difficile à trouver hors des musées, avant de se rabattre sur celle du Mil Mi 24…