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09.08.2016 à 14 H 23 • Mis à jour le 20.08.2016 à 13 H 55
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n°55.Défaut du Congo : Quels risques pour Attijariwafa bank et BMCE Bank of Africa ?

Une petite secousse a été ressentie en Afrique Centrale mardi dernier, quand la République du Congo a été déclarée en défaut de paiement partiel. Le pays connaît la présence de deux banques marocaines, Attijariwafa Bank et la BMCE Bank of Africa. Le point sur leur exposition.

Mardi dernier, une note de l’agence de notation américaine Standard and Poor’s faisait état d’un défaut de paiement partiel de la République du Congo. Le gouvernement congolais, n’ayant pas remboursé des échéances relatives à un emprunt obligataire émis dans le cadre d’une restructuration de la dette du pays en 2007, pour un montant de 478 millions de dollars à échéance 2029. Une somme contractée auprès du Club de Londres, un regroupement informel de créanciers privés, composé principalement de banques commerciales et de fonds d’investissements, spécialisé dans le rééchelonnement des dettes, notamment publiques. Après avoir manqué le paiement de la tombée du 30 juin, le pays a eu une période de grâce de 30 jours, mais au 31 juillet aucun versement n’a été effectué. Brazzaville n’a donné aucune explication à cette situation jusqu’à aujourd’hui.


En cause, la chute des cours du pétrole

 La situation économique et financière du pays s’est drastiquement dégradée depuis que les cours du pétrole ont entamé une chute vertigineuse en 2014. La principale ressource de la République du Congo demeure l’or noir, qui représente environ 70 % de ses exportations et plus d’un tiers de ses recettes budgétaires. D’ailleurs, le taux de croissance qui frôlait les 7 % en 2014, a chuté l’année suivante à 2,5 % seulement, selon les données du FMI. Le défaut de paiement était donc assez prévisible.


La présence de deux banques marocaines au Congo interpelle. La filiale de la holding royale SNI, Attijariwafa Bank y est établie depuis septembre 2009, date de l’acquisition du Crédit du Congo (CDC), première banque congolaise en terme de parts de marché. Un accord avec le Crédit Agricole France, avait permis à l’institution présidée par Mohamed Kettani de prendre le contrôle d’un réseau de cinq banques de détail en Afrique subsaharienne, dont le CDC. La même année, la BMCE Bank of Africa prenait pour sa part 25 % du capital de la Congolaise de Banque, avant de se renforcer en 2015 en établissant sa participation à 37 %. Celle filiale est la première banque congolaise en terme de réseau avec 19 agences, lui conférant le leadership en matière de distribution des crédits.


Existe-t-il un risque pour ces deux banques marocaines dans ce pays d’Afrique centrale ? Un analyste financier spécialisé dans le secteur bancaire répond par la négative. Avant d’ajouter que « La situation peut faire peur a priori certes, mais les risques restent maitrisés selon les informations dont nous disposons ». Si celui-ci demeure rassurant, c’est que les deux banques congolaises représentent une part minime et maitrisable dans le portefeuille des établissements marocains. Contactées par Le Desk, ni la BMCE Bank ni Attijariwafa Bank n’ont communiqué à l’écriture de ces lignes sur le poids de leurs actifs détenus en Afrique Subsaharienne.


Dans le cas des deux banques, les analystes expliquent qu’elles ont eu dès le départ conscience des risques encourus. « Immédiatement après l’implantation, le management des banques a entrepris de faire remonter les dividendes dans leur globalité, avec comme objectif de rapatrier rapidement la mise de départ », nous explique notre analyste. Autrement dit, depuis qu’elles se sont engagées dans ce pays, en 2009, que ça soit Attijariwafa Bank ou la BMCE Bank ont toutes les deux eu quelques années de grâce pour assurer leur retour sur investissement. D’autant plus que la situation du pays était florissante, jusqu’en 2014, avec un baril de pétrole à plus de 100 dollars. Des recettes que l’Etat congolais a investi dans les infrastructures, notamment. Quelques-uns de ces investissements ont été financés partiellement ou entièrement par l’une des filiales marocaines. « Nous n’avons pas une idée exacte de ce que finance chacune des banques, mais nous savons par exemple que les entreprises publiques congolaises, notamment pétrolières, recourent à Attijariwafa Bank », nous informe cet analyste. Contactée par Le Desk, Attijariwafa Bank s’est refusée à livrer le détail l’exposition du groupe au Congo préférant n’en faire état qu’à la prochaine communication financière du groupe.


Des financements juteux devenus à risque ?

Les banques marocaines sont tenues de respecter les ratios imposés par Bank Al Maghrib y compris pour leurs filiales étrangères. Elles sont donc dans l’obligation de provisionner en situation de risque dans les mêmes conditions qu’au niveau national. « Généralement, nos banques sont de bons élèves en matière de règles prudentielles, et les provisions sont faites automatiquement », estime un analyste. Une source autorisée au sein de Attijariwafa Bank, nous explique que l’établissement « a anticipé sur une dégradation de la situation du pays » pouvait se dégrader. La banque avait réalisé plusieurs stress tests. « Le coût du risque de la filiale congolaise s’est amélioré entre fin 2015 et aujourd’hui », rassure notre source.


Des prévisions certainement formulées par les équipes risques de la BMCE Bank, dont le président Othman Benjelloun semblait satisfait des performances des filiales subsahariennes. « Le tiers de nos résultats du groupe est généré par le groupe Bank of Africa, la Banque de développement du Mali et la Congolaise de Banque, chose qui nous confère une vocation de groupe bancaire panafricain », disait-il fièrement lors de la présentation des résultats de 2015.


Pour Attijariwafa Bank, le document qui a accompagné la présentation des résultats nous renseigne sur le fait que le Crédit du Congo est le 9ème contributeur dans le RNPG de la filiale de la SNI avec 106 millions de dirhams, soit 2,3 %, presque autant que Wafabail. « Sur les 4,5 milliards de dirhams qu’a dégagés la banque en 2015, la contribution de la filiale congolaise reste minime et c’est le même son de cloche du coté de la BMCE Bank », relève un analyste financier. Pour lui, l’intérêt d’implanter sa banque dans un pays d’Afrique centrale ne réside pas seulement dans les dividendes. « L’objectif principal derrière l’investissement dans une filiale au Congo ou au Gabon par exemple, est davantage lié au potentiel de collecte de devises depuis ces pays », confirme un trader FX. Autrement dit, ces pays, dont la principale ressource est le pétrole, sont de grands pourvoyeurs en devises pour les deux banques. Selon ce trader, le montant en devises placé sur les comptes du groupe peut atteindre, au minimum, les 200 millions de dollars par an. De facto, cette manne est utilisée par les deux banques mères pour financer d’autres opérations.


La situation de la République du Congo n’est pas encore catastrophique, et les organismes internationaux se bousculent au portillon pour les conseiller et préparer la sortie de crise. L’agence Standard and Poor’s a précisé qu’elle réviserait à nouveau son évaluation si le pays s’acquitte de sa dette. Par ailleurs, les analystes financiers s’attendent à une autre mauvaise nouvelle de ce genre pour la fin de cette année. Les évaluations faites sur d’autres pays pétroliers d’Afrique centrale démontrent que le Gabon pourrait subir le même sort. Un pays « ami du Maroc » où les banques nationales sont omniprésentes.