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Une élève dans un des établissements scolaires à Casablanca, faisant partie du programme Écoles Pionnières
02.04.2026 à 02 H 09 • Mis à jour le 02.04.2026 à 02 H 09 • Temps de lecture : 6 minutes
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n°1194.En 23 ans, le Maroc réduit de 72 % sa déscolarisation, mais les inégalités persistent

Le dernier Rapport mondial de suivi sur l'éducation, publié le 25 mars par l'UNESCO, consacre le Maroc comme l'un des pays ayant le plus progressé en matière d'accès à l'école depuis 2000. Mais derrière la baisse spectaculaire du nombre d'enfants non scolarisés, le redoublement massif au collège, le coût croissant pour les familles et les écarts territoriaux rappellent que la scolarisation ne vaut que si elle débouche sur un parcours achevé et équitable

Le 25 mars, l'UNESCO a publié la première édition de sa série « Compte à rebours vers 2030 », consacrée à l'accès et à l'équité dans l'éducation à travers le monde. Dans ce panorama mondial préoccupant — 273 millions d'enfants et de jeunes restent hors du système scolaire et la population non scolarisée augmente pour la septième année consécutive — le Maroc se distingue comme l'un des cas les plus remarquables de progrès.


Un quart de siècle de progression soutenue

Le constat est frappant. En l'espace de vingt-trois ans, le Maroc a transformé son paysage éducatif. Le taux de non-scolarisation a reculé à un rythme moyen de 1,6 point de pourcentage par an depuis 2000, un effort continu et sans précédent pour le Royaume. En chiffres concrets : le nombre d'enfants et d'adolescents hors de l'école est passé de plus de 2 millions en 2000 à environ 570 000 en 2023, soit une réduction de 72 %.


Au niveau du collège, le taux d'exclusion est passé de 42 % à seulement 6 %. Au lycée, il a chuté de 63 % à 23 %. Ces niveaux, autrefois bien en deçà de la moyenne des pays à revenu intermédiaire inférieur, sont désormais comparables à ceux des pays à revenu intermédiaire supérieur. L'UNESCO classe d'ailleurs le Maroc parmi les pays ayant réduit d'au moins 80 % la non-scolarisation chez les adolescents depuis le début du millénaire, aux côtés du Vietnam.


Les leviers d'une transformation

Cette trajectoire ne relève pas du hasard. Elle repose sur une combinaison de politiques publiques cohérentes, déployées sur le long terme.


L'État a d'abord massivement investi dans la construction d'établissements scolaires publics. Entre 2000 et 2024, le nombre de collèges a plus que doublé, passant de 941 à 2 024, tandis que les lycées sont passés de 537 à 1 505. Ce maillage territorial a permis de rapprocher l'école des populations rurales et enclavées, longtemps les plus exclues du système.


En parallèle, le programme Tayssir, dispositif de transferts monétaires conditionnels offrant des allocations mensuelles de 8 à 13 dollars par élève, a bénéficié à 3,1 millions d'élèves en 2025. Il cible les familles les plus vulnérables pour lesquelles le coût d'opportunité de la scolarisation reste un frein majeur. Un soutien complémentaire de 200 à 300 MAD pour les frais de rentrée a également été mis en place.


À ces investissements s'ajoutent des mesures d'accompagnement : campagnes de sensibilisation, implication directe des familles, développement des transports scolaires — bénéficiant à 111 000 élèves dont 75 % en milieu rural — et création d'internats. Plus récemment, un mécanisme d'alerte précoce, adossé au système d'information Massar, permet d'identifier les élèves à risque de décrochage avant qu'il ne soit trop tard.


Enfin, pour les jeunes déjà sortis du système, le réseau des Écoles de la deuxième chance (RAE2C-Maroc), lancé en 2020, gère 238 centres accueillant des jeunes de 16 à 20 ans. En 2024/25, près de 18 000 jeunes y étaient inscrits, dont 72 % ont été réinsérés dans l'enseignement formel, la formation professionnelle ou l'emploi.


Des avancées encore incomplètes

Toutefois, le rapport de l'UNESCO ne verse pas dans le triomphalisme. Si la bataille de l'accès a été largement gagnée, celle de la qualité et de l'équité reste à mener.


Le redoublement demeure un symptôme préoccupant. Si son taux en primaire a baissé progressivement pour atteindre 7 % en 2024, la situation au collège est tout autre : ce taux a paradoxalement augmenté après 2015, atteignant 23 % en 2019, avant de redescendre à 11 % au lycée en 2024. Ces chiffres montrent que beaucoup d'élèves scolarisés ne progressent pas normalement dans leur parcours, remettant en question l'efficacité réelle du système au-delà de la simple inscription.


Le coût de l'éducation pèse par ailleurs de plus en plus sur les ménages. Sa part dans leur consommation est passée de 1,6 % en 2001 à 3,7 % en 2014, traduisant une pression financière croissante que les programmes sociaux ne compensent qu'en partie. L'écart entre enseignement public et privé continue de peser sur les choix des familles.


Enfin, des disparités régionales persistantes complètent ce tableau nuancé. Le décrochage reste nettement plus marqué dans certaines zones enclavées du Royaume, et l'universalisation de l'accès au primaire ne se traduit pas encore partout par un accès fluide au secondaire, notamment dans les territoires ruraux les plus isolés.


L'enjeu de 2030 : de l'accès à l'équité

Le message central du rapport est limpide : augmenter les budgets et les taux de scolarisation ne suffit pas si les politiques ne ciblent pas explicitement les inégalités. L'UNESCO a d'ailleurs développé un nouvel « Indice de financement équitable » qui montre que moins d'un pays sur dix dispose d'un système de financement réellement orienté vers l'équité, pointant une défaillance structurelle généralisée.


Pour le Maroc, le défi des prochaines années est double. Il s'agit d'abord de consolider les acquis en matière d'accès, en particulier au lycée où près d'un jeune sur quatre reste hors du système. Il s'agit ensuite — et peut-être surtout — de faire en sorte que chaque année passée sur les bancs de l'école se traduise par de véritables acquis en termes de compétences, d'insertion et de mobilité sociale.


Le programme des Écoles pionnières, lancé en 2023/24 et couvrant actuellement la moitié des écoles primaires, étendu à 500 collèges en 2025/26, incarne cette nouvelle ambition. Il vise à réduire le décrochage par un suivi personnalisé et une identification précoce des élèves en difficulté.


En somme, le cas marocain illustre une réalité que l'UNESCO met en lumière dans l'ensemble de son rapport : les progrès en éducation sont possibles, même dans des contextes contraints, à condition d'une volonté politique soutenue et de politiques cohérentes dans la durée. Mais le chemin vers l'ODD 4 — une éducation de qualité, inclusive et équitable pour tous d'ici 2030 — exige désormais des réformes plus profondes, qui s'attaquent non seulement aux barrières d'accès, mais aussi aux mécanismes structurels qui reproduisent les inégalités au sein même du système scolaire.

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