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11.06.2020 à 03 H 42 • Mis à jour le 11.06.2020 à 03 H 42
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n°596.Leur communication, notre droit de savoir

Le Desk a rendu public un « plan de levée de confinement » élaboré le 8 juin par le ministère de la Santé. Le document de 13 pages donne corps à un processus progressif dont le gouvernement a maintes fois évoqué la doctrine. En réaction, le chef du gouvernement a indiqué qu’il n’est ni « officiel », ni « adopté ». Pourtant, la date butoir du 10 juillet a été entérinée et un zoning du pays mis en place. Sur quelle base alors ?

Peu après la publication de notre article dévoilant le « plan de levée de confinement » concocté par la Santé, le Chef du gouvernement a réagi sur Twitter à une interpellation de son auteur pour indiquer que le « document (est) non officiel, non adopté par le ministère ».

 

Saâdeddine El Otmani n’a pas voulu davantage commenter sa réponse.


Ce document tant dans sa forme que sur le fond dispose de tous les attributs qui lui confèrent le caractère officiel. Nous l’avons authentifié et en avons vérifié la cohérence avant publication.


Le Chef du gouvernement veut certainement dire qu’il n’a pas été rendu public de manière officielle, ce que nous lui concédons, puisqu’il s’agit d’un leak.



Ce n’est pas la première fois qu’un document de ce type se trouve ainsi éventé par la presse. Tous ceux émanant du ministère de la Santé ou de la Primature que nous avons publiés depuis le déclenchement de la crise du Covid-19 sont authentiques et proviennent de sources internes. A chaque fuite, les responsables gouvernementaux ont indiqué qu’ils étaient soit non aboutis (parlant de documents intermédiaires ou provisoires), soit de documents qui n’avaient pas au final été entérinés.


Le déroulement des faits a cependant confirmé, à quelques détails près, qu’ils correspondaient à la réalité des décisions prises a postériori : usage de la chloroquine dans le protocole thérapeutique, recours à l’état d’urgence sanitaire, implication des militaires, politique de rapatriement des Marocains bloqués, etc.


Dans ce contexte où l’exécutif est systématiquement parcimonieux en informations, opaque et volontairement imprécis dans sa communication officielle, le « droit de savoir » et la logique qui veut (à de rares exceptions) que « tout document du public doit être rendu public », le rôle de la presse qui révèle est d’autant plus crucial pour compenser cette obsession de l’administration à la rétention de l’information.


Les informations contenues dans ce document confirment d’ailleurs des indiscrétions émanant de sources proches de la Santé, à savoir la réouverture des frontières en juillet ou encore les critères de réversibilité du processus de déconfinement.


L’utilité de divulguer ce document, alors que la population est soumise à une pression anxiogène, est donc d’intérêt public certain. Il comporte d’ailleurs suffisamment de mises en garde sur les conditions à l’exécution de la chronologie qu’il expose.


Mieux encore, sa clarté tranche avec le discours ambigu du Chef du gouvernement prononcé au Parlement, ce qui interroge (encore) sur la chaine de commandement de l’exécutif et de ses mécanismes de prise de décision et de parole.


Ce document est daté du 8 juin, Saâdeddine El Otmani a parlé le lendemain sous la coupole de l’hémicycle sans offrir de plan alternatif après qu’un projet de loi ait été adopté en Conseil de gouvernement avec des modifications de dernière minute. Cela renseigne aussi sur une certaine confusion, des hésitations permanentes, voire une fébrilité des décideurs dans cette phase cruciale de pré-relance du pays.