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04.06.2021 à 21 H 40 • Mis à jour le 04.06.2021 à 22 H 18
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n°693.Mineurs non accompagnés: un caillou dans la chaussure de la diplomatie migratoire européenne

L’approche sécuritaire des migrations par l’Union européenne menace son unification construite sur l’intégration. Elle menace aussi les relations entre les pays voisins. Quand la diplomatie marocaine refuse de jouer le rôle de concierge de l’Europe, elle ne fait que rappeler ce que dénoncent les pays qui forment ses frontières extérieures

Le Roi Mohammed VI a donné ses instructions aux ministres concernés, celui de l’Intérieur et celui des Affaires étrangères, afin que soient prises toutes les mesures appropriées pour organiser le retour des Marocains mineurs non accompagnés se trouvant en Europe, indiquait le 1er juin dernier, un communiqué interministériel.


Les mineurs isolés sont un véritable caillou dans la chaussure de la diplomatie européenne. Cette décision royale confirme la volonté du Maroc d’inscrire sa stratégie nationale en matière de migration et d’asile dans la logique du Pacte mondial de la migration (PMM) qui s’est tenu à Marrakech en décembre 2018.


Ce phénomène dit de la migration des mineurs non accompagnés (MNA) a été identifié pour la première fois au début des années 2000. Il s’agissait alors de jeunes mineurs originaires des Balkans et de pays d’Europe de l’Est. A partir de 2008, cette migration essentiellement d’adolescents s’est diversifiée. Elle concerne aujourd’hui plusieurs nationalités, notamment les Maghrébins et les Africains. Cette nouvelle tendance annonce des mutations profondes, et évoque l’apparition d’un nouveau paradigme de la migration, caractérisé par des déplacements temporaires et circulaires, notamment pour la jeunesse.


Les pays concernés contreviennent au droit européen

Ces tendances, qui varient considérablement d’un pays à l’autre, sont pourtant en contraste avec les initiatives développées au cours de ces quinze dernières années en Europe, en Australie et en Amérique du Nord, visant à mieux contrôler les flux migratoires, voir à les endiguer. Les pays en question ferment les frontières, contrevenant par là au droit européen et aux conventions de Genève, cela pour répondre à une opinion publique rétive et à des partis populistes de plus en plus écoutés.


Il s’agit d’enfants mineurs ou de jeunes à peine majeurs, en errance dans les principales villes européennes. Des « ados » fracassés par un long voyage semé d’embuches et de danger. Ils sont souvent victimes de filières de passeurs et laissés à l’abandon en dépit de la Convention européenne de la protection de l’enfance. Pour eux, l’année 2020 a été marquée à la fois par la Covid-19 et par l’abandon des pouvoirs publics en Europe.


En ce qui concerne les Marocains et les jeunes maghrébins se disant marocains, les études menées en Europe et au Maroc, nous révèlent la complexité des situations et des parcours. Ceux-ci sont souvent orphelins ou nés hors mariage. Mais la plupart sont issus de familles pauvres dont les parents triment pour un salaire de misère, sans protection aucune, dans les quartiers périphériques des grandes villes. Parmi eux se trouvent beaucoup d’enfants fragilisés par des recompositions familiales. Pour ces enfants, la migration est vécue comme un moyen de régler l’ensemble de leurs problèmes. Leur projet de départ pour l’Europe est souvent nourrit de récits glanés sur les réseaux sociaux.


Des enfants devenus la figure de tous les maux

Dans cette Europe forteresse qui se construit hélas ainsi, ces enfants de diverses nationalités sont devenus la figure de tous les maux. Dans chaque pays d’Europe, l’Etat central et les autorités locales se renvoient la balle, prétextant la compétence de chacun. Ce « ping-pong » administratif ubuesque met en exergue non seulement l’absence d’une vision européenne commune mais aussi une crise de solidarité dans les partenariats avec des pays tiers. Des partenariats qui se déclinent désormais dans une logique de sous-traitance. Si la responsabilité des Etats d’origine est engagée, celles des Etats européens est totale.


En ce qui concerne les mineurs isolés marocains se trouvant en errance dans les villes européennes, l’Espagne se trouve être leur point de départ. C’est ce que révèle une étude menée par l’association Trajectoires. « A partir de 2008, les profils des MNA et les destinations se diversifient. La crise immobilière en Espagne et l’augmentation spectaculaire du taux de chômage ont rendu le pays de moins en moins attractif. Le secteur de la construction qui employait une main d’œuvre immigrée abondante, est quasiment à l’arrêt, obligeant les étrangers (comme les Espagnols) à de nombreux départs vers d’autres pays d’Europe. C’est dans ce contexte que les MNA marocains vont alors faire leur apparition dans d’autres pays d’Europe. En 2010, leur présence est signalée par les autorités des villes de Milan et de Turin, en 2012 à Bruxelles et à Berlin, en 2014 à Stockholm, Malmö et Göteborg, en 2015 à Hambourg, Francfort, Menahem mais aussi en Norvège, aux Pays-Bas, au Danemark, en Finlande et plus récemment en Suisse. En France, c’est surtout à partir de 2016 que leur présence devient notable ».

  

L’UE semble ignorer les réalités imposées par la géographie

Ce constat empirique nous montre que l’Espagne est le point de départ de la propagation de ce phénomène dans toute l’Europe. Pour autant, faut-il clouer au pilori l’Espagne ? Faut il réduire l’Espagne à un simple garde-chiourme de l’Europe ? Non, absolument non, car en 2008 la pression sociale, du fait de la crise immobilière a été particulièrement sévère. Cette pression sociale est le quotidien de tous les pays, devenus aujourd’hui à la fois des pays de destination et des pays de départ. Cela concerne, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, la Turquie et le Maroc.


En ce qui concerne le Maroc et la Turquie, la géographie leur impose des réalités que la politique européenne semble ignorer. Les deux pays sont aux portes de l’Europe, et compte tenu de la stabilité qui les caractérise, ils sont devenus malgré eux, les deux couloirs les plus prisés par les candidats à la migration venant d’autres pays.


La pression qui s’exerce sur ces deux pays est sans commune mesure avec la pression que connaissent les pays constituant les frontières extérieures de l’Europe, à l’exemple de l’Espagne bien sûr, mais aussi de l’Italie, de la Grèce et des autres pays de l’Est.


En plus de la migration, le règlement de Dublin III concernant les demandeurs d’asile, au cœur des tensions européennes, fait peser la charge de la gestion du droit d’asile sur les pays qui sont aux frontières. Un Etat peut ainsi refuser l’instruction d’une demande d’asile au motif que les empreintes du demandeur ont été enregistrées sur le sol du pays dans lequel il est entré de manière irrégulière. C’est sans doute pour cela que des pays comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne se sont parfois trouvés dépassés et acculés par la gestion des flux migratoires. Ces pays, au nom de l’efficacité dans la gestion des flux de migrants qui se déversent en continu, réclament une solidarité active et un dialogue permanent.


Le Maroc réclame une meilleure diplomatie de la migration

Quand la diplomatie marocaine rappelle qu’elle refuse de jouer le rôle de concierge de l’Europe, elle ne fait que rappeler ce que dénoncent les pays qui forment les frontières extérieures de l’Union européenne (UE).


Conscient du rôle que lui confère sa position géographique, le Maroc réclame une meilleure diplomatie de la migration. Une diplomatie en conformité avec les recommandations du Pacte mondial de Marrakech en 2018, et le Pacte mondial sur les réfugiés à New York établi à la même période.


L’implication constante du Maroc dans le processus d’externalisation des frontières européennes ne se limite pas aux programmes de coopération à visée sécuritaire. Dés 2013, le Maroc a posé les bases d’une stratégie nationale de la migration et de l’asile. Il est le seul pays de la région à avoir mis en œuvre deux campagnes de régularisations permettant à 50 000 migrants de séjourner légalement au Maroc.


Le Maroc s’est employé à traduire dans les faits les recommandations de l’Agenda africain pour la migration (AAM) qui a donné naissance à l’Observatoire africain des migrations (OAM), basé à Rabat.


L’approche sécuritaire des migrations par l’UE menace aujourd’hui l’unification d’une Europe qui s’est construite avant tout par l’intégration. Elle menace aussi les relations entre les pays voisins. La migration est une équation humaine. Elle appelle un partenariat global, permanent, portant le sceau de la confiance et le respect du récit national de chaque pays. En ce qui concerne le Maroc et l’Espagne, c’est la seule voie possible.

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