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20.05.2020 à 15 H 23 • Mis à jour le 20.05.2020 à 15 H 23
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n°593.A quoi sert Saâdeddine El Otmani?

Par ses sorties hasardeuses et superficielles, le chef du gouvernement a confirmé son isolement par rapport à des centres de décision qui semblent lui échapper. Dernier exemple en date, celui de la cacophonie gouvernementale après l’appel incompris de son ministre des Finances venu au perchoir demander aux entreprises de reprendre leur travail après l’Aïd al-Fitr

Le chef du gouvernement dit une chose lundi, son ministre de l’Economie vient le contredire au même pupitre mardi ? Certes pas exactement, mais l’incompréhension du public suffit à démontrer que l’exécutif travaille et agit en ordre dispersé.


D’un côté, Saâdeddine El Otmani montre l’image d’un chef du gouvernement isolé dont les services (et lui-même sur les réseaux sociaux) ne font que passer les plats. De l’autre, les acteurs au charbon sont visibles depuis le début de la pandémie du nouveau coronavirus : Mohamed Benchaâboun aux manettes du Comité de veille économique (CVE), Moulay Hafid Elalamy sur le front stakhanoviste de l’industrie, Abdelouafi Laftit sur le volet sécuritaire avec Abdellatif Hammouchi sur le terrain, l’armée en appui et enfin, la Santé avec Khalid Ait Taleb et son second à l’épidémiologie, Mohamed El Youbi.


Leur bilan à chacun est loin d’être irréprochable, mais on peut les juger par leurs actes, tandis que leur chef, par sa sortie inutile à la télévision, puis devant les deux chambres avec un discours aussi soporifique que superficiel, ne convainc pas et surtout donne l’impression d’être absent du cœur de la décision, avouant même face caméra ne pas avoir de plan de sortie de crise, ou démontrant son manque de maîtrise des dossiers devant les députés.


Sous la coupole de l’hémicycle, il a annoncé un prolongement de l’état d’urgence jusqu’au 10 juin sans expliquer réellement son impératif sanitaire, et a promis un projet de Loi de finances rectificative dont il n’a pas su tracer les contours, laissant au département de l’Economie d’en concevoir autant la doctrine que les aspects techniques. Il était aussi ardemment attendu sur le dossier honteux des Marocains bloqués à l’étranger sur lequel la diplomatie fait le dos rond renvoyant la patate chaude à la Santé.


A sa place et comme pour recadrer ses propos inconsistants, Mohamed Benchaâboun a appelé l’ensemble des acteurs économiques à la reprise des activités de leurs entreprises immédiatement après l’Aïd al-Fitr. En disant « l’ensemble », hormis celles qui ont été suspendues sur décisions administratives, il a provoqué un grand cafouillage dans l’esprit du public que ses services ont eu peine à rattraper.


Pour justifier son appel, Benchaâboun a prévenu que l’économie marocaine « « perdait 1 milliard de dirhams pour chaque jour de confinement ». En somme, tenant compte de la prolongation du confinement, le Maroc aura perdu d’ici le 10 juin, 80 milliards de dirhams. Voilà une donnée essentielle qui a cruellement manqué au discours d’El Otmani. L’avait-il seulement en tête ?


Au lieu de cela El Otmani nous a abreuvé d’un discours d’autosatisfaction pour le moins choquant pour les Marocains tant l’opacité s’épaissit de jour en jour autour de l’action gouvernementale incapable d’instaurer un climat de confiance et de sérénité. Rien, ou si peu a été exprimé sur les perspectives socio-économiques, ni des plans de sauvetage de nombreux secteurs, non seulement impactés, mais ravagés par la crise. Le budget du fonds Covid-19 pourra-t-il suffire à maintenir des aides de subsistance autant que servir à la relance économique ? Et jusqu’à quand ? Ces aides pourront-elles effectivement constituer le prélude à un mécanisme pérenne dont il a à peine effleuré le sujet ? Le déconfinement sera-t-il envisagé par phases successives voire régionalisées, sinon dans quelles conditions, celles tirées des scénarii du HCP livrées à la veille du discours d’El Otmani ? La Santé produit de son côté des études dont certaines sont fuitées dans la presse, déboussolant davantage le public, elle opte pour des protocoles thérapeutiques sur les conseils d’un comité scientifique dont on ne connaît pas la composition, et le chef du gouvernement vient nous dire qu’il se fonde sur cela pour envisager un retour à la vie normale, mais sans jamais nous en expliquer la teneur…Qui suivre ? Qui croire ?


Même son geste inconsidéré de retirer son masque pendant son discours illustre un certain laxisme de celui qui doit donner l’exemple, propice à la désobéissance civile. D’ailleurs, le relâchement des mesures de l’état d’urgence dans les villes et dans les campagnes est évident, alors que les forces de l’ordre érigent des check points sans aucune explication préalable et interpellent les contrevenants à tour de bras, laissant planer le doute sur la résurgence de nouveaux clusters épidémiques dont les plus menaçants sont tus.


Face à cette communication aléatoire et stérile, c’est le rôle d’un chef du gouvernement hors sol qui interroge. A quoi sert Saâdeddine El Otmani s’il n’est là que pour la galerie ? Plus que d’un « nouveau modèle de développement », le Maroc a un besoin urgent d’une refonte majeure de ses mécanismes institutionnels que la crise du Covid-19 a replacé en tête des exigences nationales. L’esprit de la Constitution de 2011, déjà dévoyé par tant de renoncements, autant de la part des partis politiques, de leurs élus, de la société civile, n’est plus en mesure de les satisfaire.