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03.05.2019 à 03 H 02 • Mis à jour le 04.05.2019 à 17 H 48
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n°456.Rapport Oxfam: le Maroc, royaume des inégalités sociales

Malgré la réduction de la pauvreté, les inégalités s’aggravent au Maroc, menaçant la cohésion sociale, note un rapport alarmant de l’ONG britannique Oxfam qui dresse un état des lieux sur cette problématique majeure, et formule des recommandations pour faire de la fiscalité un instrument égalitaire

« Où est la richesse ? » s’interrogeait le roi Mohammed VI dans un de ses discours. Le monarque lui-même actait d’ailleurs récemment la faillite d’un modèle de développement engagé depuis plus de vingt ans : le Maroc est 123e sur 188 pays au classement mondial de l’indice de développement humain (IDH), derrière la Tunisie (97e) et l’Algérie (83e).


Si le Maroc s’évertue à vouloir gommer le gouffre béant entre classes sociales aisées et défavorisées à coups de programmes sociaux, à l’instar de INDH et de grands chantiers dynamisant l’activité économique des régions, il n’en reste pas moins le pays d’Afrique du Nord où les inégalités entre citoyens sont les plus fortes, comme le démontre un rapport de l’ONG Oxfam publié le 29 avril intitulé « Un Maroc égalitaire, une taxation juste ». A la veille de la tenue des très attendues 3 èmes Assises de la fiscalité, celui-ci plaide pour une fiscalité plus équitable tout en brossant un tableau noir de la faillite sociale que connaît le pays.


Premier constat, si la croissance moyenne du pays établi à 4,4 % depuis le tournant du siècle a sorti de nombreux marocains de la misère, le taux de pauvreté, s’étant réduit de 15,3 % en 2001 à 4,8 % en 2014, ces statistiques, prenant uniquement l’aspect monétaire et quantitatif de la pauvreté n’ont pas éradiqué le « taux de vulnérabilité » qui concerne un Marocain sur huit au niveau national, et près d’un sur cinq en milieu rural, tant l’accès aux besoins fondamentaux (éducation, santé, travail etc.) demeure le point noir, voire la malédiction d’un modèle de développement excluant une portion conséquente de la population.


Le coefficient de Gini, une mesure internationale de calcul des inégalités, est demeuré stable (39,9 en 1985, 39,5 en 2014) et ce sans compter, selon Oxfam, les dépenses à l’étranger non comptabilisées, pas plus que l’épargne. En outre, les inégalités monétaires ne prennent pas en compte les inégalités de patrimoine.



Le rapport Oxfam pointe particulièrement la défaillance de l’enseignement, particulièrement non inclusif , qui malgré le puits sans fond du budget de l’Etat en matière d’éducation (21,5 % alors qu’au Maghreb il se situe en moyenne à 14 %) n’offre que 4,4 années de moyenne de scolarisation, alors que dans le monde arabe, celle-ci avoisine les 6 ans. La fuite en avant vers le privé accentue les disparités régionales et de classes : 14 % des élèves marocains sont inscrits dans des écoles privées, et jusqu’à 80 % dans les grandes villes comme Casablanca et Rabat.


Aussi le marché du travail s’en trouve impacté dans une spirale infernale : le chômage des jeunes demeure préoccupant (42,8 % des 15-24 ans en 2017), alors que ceux qui ne poursuivent ni études, ni stages et qui se retrouvent exclu de l’emploi stable constituent une cohorte de 2 millions d’âmes âgés de 15 à 24 ans. Une frange de la population paupérisée qui verse dans l’informel et de l’emploi précaire. L’informel représentant au total près de 80 % de l’emploi, note Oxfam.


Ce sont aussi les écarts de rémunération qui affolent : « Alors que le SMIG est de 2 570 dirhams mensuels il faudrait 154 ans à une personne à ce niveau de salaire pour gagner l’équivalent de l’augmentation de la fortune sur une année de l’un des milliardaires du Maroc », écrit Oxfam.


Deuxième rouage de cette machine inégalitaire : la santé encore délaissée par le public malgré les effets d’annonces récurrents pour mettre à niveau ce secteur aux moyens jugés dérisoires


Alors que dans la région MENA, 36 % des dépenses de santé sont prises en charge directement par les ménages, au Maroc cette proportion monte à 51 %, indiquant à quel point la privatisation de ce secteur vital est ainsi favorisée par défaut de politique d’Etat.


Cette césure sociale est particulièrement visible entre les territoires, que ce soit pour la santé qui connaît une situation de déserts médicaux alarmante que pour des services de base, comme l’accès à l’eau dont l’adduction au réseau ne dépasse pas 64 % dans les zones rurales, et chute même à 40 % dans le Rif et une partie conséquente de l’Oriental.


Oxfam pointe aussi un système fiscal oppressant (26,4 % du PIB) qui accentue les inégalités sociales car inéquitable et qui frappe indistinctement les citoyens quel que soit leur niveau de revenu étant essentiellement basé sur la TVA (30 % des recettes fiscales), mais aussi en raison du poids imposé aux salariés alors que les entreprises échappent massivement à l’impôt. Ainsi, 82 % des recettes de l’impôt sur les sociétés proviennent de seulement 2 % des entreprises.


« Les questions de gouvernance privent également le Maroc d’importantes recettes fiscales », note Oxfam qui par ailleurs rappelle que le pays est sur la « liste grise » des paradis fiscaux où les multinationales profitent de largesses. Selon le FMI, la corruption coûte au pays 2 % du PIB, soit 20,7 milliards de dirhams en 2017.


Enfin, à la veille des 3èmes Assises de la fiscalité dont nombre d’observateurs espèrent la mise en place de résolutions urgentes à l’horizon 2014, Oxfam formule ainsi des recommandations censées faire de la fiscalité « un instrument de réduction des inégalités » grâce à une meilleure progressivité de l’impôt, un élargissement de l’assiette fiscale, la mise en place d’un ISF ou encore la fin des niches inefficaces.


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