n°1223.Sahara : comment Ottawa sort de l’ambiguïté
Le communiqué d'Affaires mondiales Canada, publié mardi 28 avril, est sobre et millimétré. À l'issue d'un échange téléphonique entre la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, et son homologue Nasser Bourita, le Canada y reconnaît le plan d'autonomie présenté par le Maroc comme « base d'une solution mutuellement acceptable » et comme initiative « sérieuse et crédible » pour parvenir à un règlement « juste, durable et mutuellement acceptable » du conflit du Sahara. Le texte précise qu'Ottawa prend acte de l'adoption, le 31 octobre 2025, de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, et entend en tirer les conséquences. Il reconnaît « l'importance » que revêt la question du Sahara pour le Maroc, formule certes en deçà de ce qu'attendait Rabat, qui visait une qualification de la cause comme « existentielle ». Surtout, elle reprend la formulation devenue canonique des soutiens occidentaux au plan marocain, adossée aux « principes de la Charte des Nations unies et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité ». Une visite officielle de la ministre au royaume est annoncée dans les semaines à venir.
La gradation est essentielle. Le Canada sort de l'ambiguïté sans pour autant aller jusqu'à reconnaître la souveraineté marocaine sur le territoire, seuil politico-juridique franchi en 2020 par les États-Unis sous Donald Trump et confirmé depuis par Paris (juillet 2024) puis Londres (juin 2025). La diplomatie canadienne s'en tient à une formule de compromis : adouber un cadre de négociation, sans préempter une issue. À Rabat, la formulation est néanmoins lue comme un alignement effectif. A Ottawa, elle conserve la prudence d'un repositionnement sans rupture frontale, mais d'orientation désormais lisible.
Sur X, Anita Anand a confirmé personnellement le contenu de l'échange. Une heure plus tard, un second communiqué de la diplomatie canadienne faisait état d'un appel à Alger : la ministre y évoquait avec son homologue Ahmed Attaf des « relations bilatérales » et des « questions régionales d'intérêt commun ». Derrière la formule euphémique, l'intention se lit en clair : il s'agissait pour Ottawa d'amortir un choc dont l'Algérie, qui avait fait du Canada l'un de ses derniers points d'ancrage anglo-saxons, n'a même pas esquissé de réponse publique.
Abonnez-vous pour continuer la lecture
à partir de 40 dh par mois
(facturé annuellement)
Choisir une offreLe Desk a été le premier à révéler
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.




