La filière du cannabis légal au Maroc freinée par la bureaucratie, l’interdiction du récréatif et l’attrait du marché noir
Malgré un réel essor depuis sa mise en place en 2022, la filière légale du cannabis au Maroc reste freinée par différents obstacles structurels et économiques, constate l'agence de presse Reuters.
Si près de 5 000 agriculteurs ont rejoint le circuit réglementé en 2025, contre seulement 430 un an plus tôt, ces chiffres demeurent marginaux face à l’ampleur de la culture illégale, estimée à plus de 27 000 hectares, soit près de 5 fois la superficie légale, indique l'article de l'agence. L’un des principaux freins reste l’interdiction de l’usage récréatif, alors que la majorité de la demande, notamment à l’export, concerne justement ce segment.
À cela s’ajoute une lourdeur administrative qui décourage nombre de cultivateurs de franchir le pas. La réglementation impose en effet une série de licences spécifiques à chaque étape de la chaîne de valeur – de la culture à la transformation – et exige l’adhésion à des coopératives agréées. Ces exigences, perçues comme complexes et chronophages, rebutent de nombreux agriculteurs, surtout dans un contexte rural où l’informel est historiquement dominant. Certains, comme le producteur Mohamed El Mourabit à Issaguen, cité par Reuters, affirment avoir été initialement séduits par le projet avant de se heurter à la réalité administrative du terrain.
Enfin, le différentiel de revenus entre la filière légale et le marché noir représente un obstacle majeur, poursuit la même source. Tandis que les coopératives légales versent environ 50 dirhams (DH) par kilogramme de plante brute, avec des délais de paiement parfois longs, la résine vendue illégalement peut atteindre jusqu’à 2 500 DH le kilo, soit un rapport de 1 à 50. Ce déséquilibre compromet la viabilité économique de la légalisation pour les petits producteurs, incitant beaucoup d'entre eux à maintenir une activité clandestine malgré les risques accrus de répression.
Pour combler ce fossé économique et asseoir durablement la légalité, certains plaident pour l’élargissement de la légalisation à l’usage récréatif. Mais le régulateur reste prudent. Mohamed El Guerrouj, directeur général de l'Agence nationale de réglementation des activités relatives au cannabis (ANRAC), précise à Reuters que toute éventuelle ouverture dans ce sens se ferait exclusivement dans un cadre médical. « L’objectif est de développer l’industrie pharmaceutique du Maroc, pas d’ouvrir des coffee shops », tranche-t-il.
Pour que la filière légale s’impose durablement, un réajustement des incitations économiques et un allègement des procédures s’avèrent indispensables, en conclut Reuters.
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