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23.06.2020 à 05 H 35 • Mis à jour le 23.06.2020 à 07 H 18
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Surveillance

Cyber-attaque contre Omar Radi: le pôle sécuritaire dément son implication

Au lendemain de la publication du rapport d’Amnesty International révélant des traces d’intrusion sur le téléphone portable du journaliste et activiste Omar Radi à l’aide d’une technologie israélienne, une source autorisée du renseignement gouvernemental a formellement démenti lors d'une communication avec Le Desk son usage par ses propres services

Le rapport d’Amnesty International sur le cyber-espionnage dont a été victime le journaliste Omar Radi durant l’année 2019, rendu public sous la coordination de Forbidden Stories par un consortium de 17 médias internationaux dont Le Desk au Maroc, a donné lieu à une réponse spécifique du pôle sécuritaire gouvernemental.


Selon une source autorisée appartenant au pôle sécuritaire à laquelle Le Desk a eu accès, « la technologie citée dans ce rapport n’est pas en usage par les services en charge de la sécurité du territoire ». Et d’ajouter que « pour nous, ce citoyen comme ceux cités dans ce rapport, n’est ni radicalisé, ni ne constitue la moindre menace pour la sécurité intérieure du pays qui justifierait que l’on déploie de tels moyens financiers et technologiques pour le surveiller. Cela découle du bon sens et de la proportionnalité des efforts consentis pour pallier un danger. Sa prise de parole dans l’espace public n’est pas considérée comme un acte de subversion attentatoire à la quiétude sociale, elle participe à la diversité des opinions. Encore une fois, nous estimons que les sources potentielles de danger sont ailleurs, là où nos capacités préventives sont concentrées dans un cadre tout à fait légal ».


L’inspection du téléphone portable du journaliste (un IPhone) avait conclu qu’Omar Radi avait été l’objet « d’attaques dites par injection réseau », une technologie formellement identifiée comme portant la signature de la firme israélienne NSO Group qui a développé le logiciel-espion Pegasus. Celui-ci permet après infection de l’appareil, d’aspirer toutes ses données en plus d’activer sa caméra et son microphone à volonté, a établi le rapport qui en apporte le détail du procédé technique.


Source: Amnesty International. Graphisme: Mohamed Drissi Kamili / Le Desk


Amnesty International a aussi fait le parallèle entre la cyber-surveillance de Omar Radi, qui a débuté en décembre 2019, et son arrestation pour la publication d’un tweet se référant à la condamnation de certains membres du Hirak d’Al Hoceima.


La société israélienne établie à Herzliya, près de Tel-Aviv, affirme vendre son produit uniquement à des gouvernements, « dans le seul objectif de combattre la criminalité et le terrorisme ».


Le Maroc a déjà été « précédemment identifié comme un client potentiel de la société israélienne » par Citizen Lab en 2018, et d’autres militants et activistes marocains ont par le passé été ciblés par une variante du produit de NSO Group, a rappelé Amnesty International.


Dans sa réponse communiquée à Amnesty International au sujet de l’usage attribué aux autorités marocaines pour espionner Omar Radi, NSO Group écrit que « pour des raisons de confidentialité nous ne pouvons pas révéler si ces autorités ont, ou n’ont pas recours à nos outils », se déclarant ceci-dit « troublé par les allégations formulées » et promettant « d’ouvrir une enquête si nécessaire » tout en reconnaissant que les éléments fournis par le rapport concernent « la possible utilisation abusive de nos produits ».

 

De son côté, notre source autorisée a limité son démenti au seul périmètre des prérogatives et compétences du pôle sécuritaire qu’elle représente, se refusant  naturellement à tout commentaire sur d’autres parties potentielles ayant pu acquérir et faire usage de ce matériel dans les cas avérés de Omar Radi ou des autres cités par Amnesty, ni dans le cadre éventuel d’activités pouvant avoir un lien avec la Défense nationale.


Le Renseignement marocain, dans sa globalité, a déjà été cité dans d’autres dossiers de cyber-surveillance pour des technologies acquises auprès de divers fournisseurs à l’international (Amesys, Hacking Team, BAE System etc.). Dans certains cas, la partie contractante a été identifiée, dans celui de NSO Group avec Pegasus, cette information décisive est manquante.


Pour autant, la thèse capillotractée de l’implication étrangère développée par le média semi-officiel Le360, sur la base du démenti d’une « source autorisée dans la communauté du renseignement marocain » est-elle envisageable ? Celle-ci affirme que « les services marocains n’ont aucune relation avec la société israélienne NSO et le Maroc ne dispose pas du logiciel Pegasus. Tout ce qui a été avancé dans ce sens par Amnesty International est erroné et sans fondement ».

 

Une telle source peut-elle valablement parler pour l’ensemble des services dont dispose le Maroc qu’ils soient civils ou militaires ? Assurément non, si l’on tient compte de l’étanchéité de ces services, bien qu’ils soient logiquement appelés à collaborer dans divers domaines d’intervention. D’autant que le spectre de ces services s’étend au-delà des entités officielles à d’autres « dont l’existence est totalement méconnue, comme ce projet d’unité confidentielle financée sur fonds privés qui ne relève ni du pôle sécuritaire rattaché au ministère de l’Intérieur, ni du contre-espionnage de l’armée », prévient Omar Radi qui n’évacue donc aucune piste.

 

De cela, le journaliste déduit que « ni NSO n’a nié vendre Pegasus au Maroc, ni que celui-ci n’a effectivement nié à travers toutes ses représentativités l’usage de cet outil d’espionnage sur ses citoyens », faisant valoir « la solidité des preuves dont dispose Amnesty International que personne n’a contre-attaquées sur le fond ».

 

La digression du 360 sur l’international qui s’appuie péniblement sur « les articles diffamatoires parus en rafale sur un site de buzz », citant pêle-mêle l’affaire Khashoggi, Jeff Bezos (P-DG d’Amazon) et le Washington Post, jusqu’au 11-Septembre, cherche « à faire diversion sur mon seul cas par une ligne de défense aussi maigre que farfelue », estime Radi, qui rappelle que « nombre de militants locaux ont été visés par le même virus et selon des modalités identiques ou approchantes, chose que cet écran de fumée ne peut dissiper ».


« Nous tous qui avons été infectés, et malgré que peu de choses nous rassemblent, agissons et luttons, chacun avec ses moyens –  le journalisme pour les uns, la société civile pour les autres, pour un Maroc des droits de l’Homme. Qu’une agence gouvernementale démente nous avoir espionnés, je veux bien l’entendre, mais cela ne veut pas dire que nous ne l’avons pas été par l’une ou l’autre capable de disposer de tels outils », commente-t-il. « Le fait qu’une des parties se défausse par voie de presse de manière aussi improbable sur l’étranger n’absout pas les auteurs cachés de ces intrusions de leur responsabilité et ce quels qu’ils soient », conclut-il.

 

Omar Radi est journaliste et militant des droits de l’Homme au Maroc. Il a participé en 2015 à la création du Desk et contribue à sa rédaction

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