Link-16: le Maroc, premier pays africain connecté au système tactique standard de l’OTAN
Le 14 avril, l'US Air Force a révélé qu'en février, à Agadir, des militaires américains et marocains avaient réussi à connecter des terminaux tactiques marocains au réseau Link-16, le système chiffré et antibrouillage qui permet aux forces de l'OTAN d'échanger en temps réel des données de combat entre plateformes aériennes, navales et terrestres. Une première pour un pays africain.
Le Link-16 n'est pas un outil de communication parmi d'autres. C'est l'épine dorsale du commandement et du contrôle des coalitions occidentales. Y intégrer un partenaire exige des accords de vente militaire, des certifications de sécurité au plus haut niveau et une confiance durable dans la capacité du pays à protéger des informations classifiées. Le Maroc franchit ainsi un seuil que ni l'Égypte, ni la Tunisie, ni l'Afrique du Sud n'avaient atteint.
Les responsables américains ne cachent pas la dimension prospective de cette avancée. Le sous-officier Babak Kermanshahi, planificateur des opérations au quartier général de l'U.S. Air Forces Europe - Air Forces Africa, projette déjà cette connexion vers African Lion 2027 : l'objectif est de transformer ce test en capacité opérationnelle permanente. En clair, le Maroc pourrait devenir un nœud de commandement et de contrôle régional dans le dispositif américain en Afrique du Nord et de l'Ouest.
Cette intégration intervient alors que la compétition d'influence s'intensifie sur le continent. La Russie, via Africa Corps, étend ses partenariats sécuritaires au Sahel, et la Chine développe son empreinte militaire depuis Djibouti. En arrimant le Maroc à ses systèmes les plus sensibles, Washington consolide son ancrage au Maghreb, en contraste avec les trajectoires algérienne ou sahélienne, orientées vers Moscou.
Avec l'acquisition de F-16 Block 72, de systèmes de défense aérienne et de drones de combat, les Forces armées royales se sont considérablement modernisées. Le Link-16 est la pièce qui donne sa cohérence à cet arsenal, en l'inscrivant dans un environnement de coalition intégré. Le Maroc ne se contente plus d'exercices conjoints : il s'interconnecte aux systèmes de combat occidentaux. Si cette capacité se pérennise, Rabat deviendrait le principal relais opérationnel américain sur la façade atlantique de l'Afrique.
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