EP. 1
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En apparence, ce n’est qu’un banal acte notarié. Le 27 septembre 2023, dans l’étude d’une notaire de Marrakech, trois membres d’une même famille cèdent 66 hectares (ha) de terres agricoles dans la frange ouest de la ville ocre. La scène dure probablement moins d’une heure. Les signatures sont apposées, les tranches de paiement fixées et la clause de constructibilité actée. Fatima Ezzahra El Mansouri, présidente du Conseil communal de Marrakech et ministre de l’Aménagement du territoire, paraphe l’acte avec ses deux frères. Elle est, ce jour-là, la partie cédante. Elle est aussi, par ses fonctions, l’une des personnes les mieux placées du pays pour décider de ce que deviendront ces terres. C’est de ce document que part la présente enquête.
Une enquête née d’un piratage
Le Maroc a connu, au cours des dernières années, plusieurs épisodes de fuites massives qui ont durablement marqué le paysage médiatique du royaume. En 2014, un compte anonyme, opérant sous le pseudonyme « Chris Coleman », avait mis en ligne des centaines de câbles diplomatiques et de correspondances internes, levant le voile sur les pratiques des services de renseignement marocains, leurs réseaux d’influence à l’étranger, leurs relais médiatiques ou encore leurs opérations de lobbying à l’ONU et dans les capitales occidentales.
Plus récemment, c’est la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui a été la cible d’une intrusion à l’ampleur inédite : un groupe de hackers nommé « Jabaroot », se revendiquant algérien, mais semant le doute à ce propos par moments, a exfiltré les données personnelles et salariales de près de deux millions d’affiliés à la caisse, exposant brutalement la fragilité des systèmes d’information publics marocains. Séisme dans le secteur privé comme dans les cercles de décision.
Jabaroot DZ se présente comme résolument hostile au Maroc, ses opérations s’inscrivant dans un contexte de tensions numériques entre le Royaume et son voisin de l’est. Après avoir revendiqué le piratage de la CNSS en avril 2025, le groupe a continué à frapper, diffusant régulièrement sur son canal Telegram des bases de données qu’il affirme avoir piraté. Tout récemment, il a sévi de nouveau en divulguant des dizaines de milliers de documents cadastraux sensibles, entre actes notariés, certificats de propriété et extraits de titres fonciers. Comme nous le révélions précédemment, Jabaroot a ainsi ciblé la base de données des notaires pour obtenir les documents aujourd'hui objets du leak.
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