EP. 7
En cours
Jack Lang aime Marrakech. Il s’en souviendra pour encore longtemps : c’est dans cette ville qu'il affectionne particulièrement, en marge d’une manifestation culturelle à laquelle il a ses habitudes, que s’est joué le dernier acte public de sa longue et prolifique carrière. L’ancien ministre français de la Culture, président démissionnaire de l’Institut du monde arabe (IMA), y séjournait avec son épouse Monique sur invitation pour participer à la Foire d’art contemporain africain, 1-54.
Au Royal Mansour de Marrakech, palace appartenant au roi Mohammed VI, celui que l’on décrit comme hyperactif voit son parcours brusquement s’enrayer. Vendredi 6 février, il apprend l’ouverture par le Parquet national financier français (PNF) d’une enquête pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée », portant sur ses liens financiers présumés avec Jeffrey Epstein. Le choc est immédiat. Le lendemain, toujours à la ville ocre, alors qu’il s’apprête à regagner la France où il est convoqué dès le dimanche suivant par le Quai d’Orsay, son ministère de tutelle, la décision mûrit. Elle tombe rapidement.
Dimanche matin, il annonce démissionner de ses fonctions à la tête de l'IMA. Il le fait par le biais d'une lettre adressée à la diplomatie française, qu’il prend soin de publier sur son compte Facebook, officialisant ainsi une sortie précipitée, dictée par la gravité des faits qui lui sont reprochés.
Un homme de réseaux au cœur des relations franco-marocaines
Pendant des années, Jack Lang a incarné l'un des visages les plus constants de l'« amitié franco-marocaine ». Figure incontournable des cercles culturels entre Paris et Rabat, il était présent à toutes les grands-messes diplomatiques, quels que soient les soubresauts de la relation bilatérale. Nommé en 2013 à la tête de l’IMA, puis reconduit dix ans plus tard, l'ancien ministre s'est imposé comme l'un des relais les plus actifs du Maroc dans la sphère culturelle européenne. D'autant plus que l'homme est étiqueté socialiste. Les péripéties de ces dernières années avec la France montrent que de ce bord politique, les amis du Maroc se comptent sur les doigts d'une main…
L'histoire entre Jack Lang et le Maroc s'écrit dès sa prise de fonction à l'IMA en 2013. Son premier geste de président : solliciter une audience auprès du roi Mohammed VI. Le souverain le reçoit au Palais royal de Fès en mars de la même année. Nous sommes alors dans la période post-printemps arabe. Le chef de l’État est particulièrement actif, que cela soit au Maroc ou pour ses déplacements à l’international. Quand l'ancien ministre français lui expose son projet inaugural, une vaste exposition consacrée à la création artistique marocaine contemporaine, Mohammed VI ne peut que bien l’accueillir.
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