EP. 12
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Dans les « Epstein Files », les millions de pages rendues publiques par le département de la Justice des États-Unis depuis janvier 2026, un terme revient de manière inattendue : « Safari Club ». Le profane pourrait y voir le nom d'un cercle mondain ou d'une boîte de nuit new-yorkaise. C'est en réalité celui d'un pacte secret entre services de renseignement, conclu en pleine guerre froide, et dont les ramifications mènent bien plus loin que ce que ces dossiers à eux seuls laissent deviner.
Car les documents déclassifiés ont surtout braqué les projecteurs sur les liens d'Epstein avec le Maroc à partir des années 2000, comme l’a documenté la série du Desk consacrée au sujet. On y découvre ses tentatives répétées d'acquérir un palais à Marrakech, ses efforts de réseautage avec des personnalités marocaines de premier plan, sa présence au mariage de Mohammed VI en 2002, et même l'existence de rabatteurs chargés de recruter des jeunes femmes pour lui au Maroc. Mais ce cadrage, aussi spectaculaire soit-il, ne couvre qu'une vingtaine d'années. L'histoire, elle, commence bien avant, dans les coulisses de la guerre froide, là où le Maroc de Hassan II jouait les premiers rôles.
C'est grâce à Mohamed Hassanein Heikal, ancien rédacteur en chef de l'influent quotidien cairote Al Ahram, que le monde a pour la première fois entendu parler du Safari Club. Proche du président Nasser, le journaliste avait pu sonder les décombres du régime du Shah d'Iran, balayé par la Révolution islamique de février 1979, et plus précisément les archives de la SAVAK, le service de renseignement intérieur iranien. Il en tira un livre, Iran, the Untold Story (Pantheon Books, 1982), qui révélait l'existence de ce pacte secret conclu entre six pays : les États-Unis, la France, l'Égypte, l'Iran, l'Arabie saoudite et le Maroc.
Objectif : casser du rouge
L'alliance avait été cimentée par un objectif commun : lutter par tous les moyens contre l'influence communiste sur le continent africain, de plus en plus active au milieu des années 1970. Au cœur de la machine se trouvaient deux hommes. Le premier était Henry Kissinger, l'omnipotent secrétaire d'État américain. Le second, Alexandre de Marenches, patron du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE) français, celui-là même qui reconnaîtra l'existence du Safari Club – sans jamais le nommer – dans un livre d'entretiens avec Christine Ockrent, Dans le secret des princes (Stock, 1986).
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