Newsroom
Le meilleur de l’actualité au fil des événements

Connectez-vous

Mot de passe oublié ?

Abonnez-vous !

Découvrez l'offre de lancement du Desk

60 DH
1 mois
Découvrir les offres
08.02.2017 à 18 H 08 • Mis à jour le 08.02.2017 à 21 H 12
Par
Médias & Réseaux sociaux

Affaire Salim Cheikh : foire d’empoigne et vacuité sur Twitter

Image d’illustration. RUVIC
Le Desk a choisi de répondre à certaines remarques, questions ou affirmations tendencieuses découlant de son éditorial sur l’affaire Salim Cheikh. Il s’agit d’une sélection de critiques, les messages injurieux n’apportant évidemment rien au débat

L’éditorial du Desk sur l’affaire Salim Cheikh a provoqué nombre de réactions sur les réseaux sociaux, particulièrement sur Twitter. La plupart critiquant l’analyse du Desk par des petites phrases lapidaires, révélant une méconnaissance du sujet, mais aussi bien souvent une ignorance des règles journalistiques par des journalistes eux-mêmes. Nous n’allons bien entendu pas répondre au flot d’injures qui n’apportent rien au débat de fond mais à un florilège de contre-vérités qui renseignent une fois de plus sur l’univers trop souvent délétère des réseaux sociaux.


« Vous avez sérieusement porté préjudice à la victime en révélant son identité et son image. Honteux ! », écrit Samia Errazzouki, journaliste free-lance passée par AP qui accuse au passage Le Desk de se barder derrière le journalisme d’enquête en défense de la culture du viol.


Argument avancé aussi par un autre internaute qui écrit : « Le Desk qui parle de respect de vie privée et met comme cover image de l’article la photo de la personne ».


Sans parler du fait que la journaliste prend fait et cause pour Saloua Bouchaib, qualifiée de « victime », elle semble totalement ignorer que celle-ci a publiquement dévoilé son identité, publié ses propres photos sur sa page Facebook accompagnant sa dénonciation à visage découvert et réalisé, avec l’aide de certains sites électroniques, au moins une vidéo où elle se met elle-même en scène. Nous le disions d’ailleurs explicitement dans notre précédent article : « Les médias qui ont évité de livrer l’identité complète de la dénonciatrice, alors qu’ils rendaient public celui de Salim Cheikh appliquent une règle de protection de la source qui n’est pas justifiable dans ce cas : Saloua Bouchaib, personne majeure, a elle même révélé son identité à travers sa page Facebook. Le fait de ne la désigner que par ses initiales la place de facto comme une victime soucieuse de son anonymat, ce qu’elle n’est pas ».

 

« La culture du viol est quand votre réaction immédiate aux allégations de viol est de blâmer et de discréditer la victime », a aussi asséné Errazzouki. Des propos endossés par d’autres journalistes.


La « culture du viol », explique Wikipedia, est un concept établissant des liens entre le viol (ainsi que d’autres violences sexuelles) et la culture de la société où ces faits ont lieu, et dans laquelle prévalent des attitudes et des pratiques tendant à tolérer, excuser, voire approuver le viol. Le Desk aurait donc, selon la journaliste, tenté de minimiser les allégations de Saloua Bouchaib en réagissant au quart de tour dans le sens de la discréditer. Nous rappelons à ce propos que, contrairement au grand public qui a pris connaissance de l’affaire à travers les bribes d’éléments publiés très récemment par certains médias dans la confusion la plus totale et sans aucun garde-fous, Le Desk a obtenu la totalité des « pièces » présentées pour preuve par Saloua Bouchaib il y a de cela plusieurs semaines. Nous avons pris le temps de les analyser et avons décidé, compte-tenu des réserves évidentes quant à leur capacité à soutenir les propos de la dénonciatrice, de ne pas les exploiter en brut tant que celle-ci se refusait à présenter un récit cohérent de ce qu’elle avance. La précipitation dans ce cas aurait été de prendre ce qu’elle affirme comme argent comptant et d’en faire le buzz. Preuve que notre attitude était respectueuse de la règle d’or du journalisme qui prévient de ne pas sauter à pieds joints sur un sujet sur la base d’une simple accusation, Saloua Bouchaib, dans sa toute dernière vidéo produite avec renfort d’effets visuels, n’apporte absolument rien de plus à sa complainte. Ni faits, ni dates, ni contexte, ni rien.


« Je suis intéressé de savoir si Le Desk est disposé à (…) parler aux femmes de 2M sur leurs interactions avec Salim Cheikh », poursuit Errazzouki.

Sa question rejoint celle d’un autre Twitto qui tente le parallèle avec le cas américain de l’ancienne présentatrice vedette de Fox News, Gretchen Carlson, qui avait accusé le patron de la chaine Roger Ailes de l’avoir licenciée pour avoir refusé des avances sexuelles.



Allégations qu’il avait réfutées en bloc, mais avait tout de même été poussé à la porte en juillet 2016. Fox News avait alors annoncé publiquement le lancement d’une enquête interne pour établir la vérité. Ici, la différence est que Saloua Bouchaib n’était pas employée à 2M lorsqu’elle a fait connaissance avec Salim Cheikh. La jeune femme a été stagiaire en 2009, selon plusieurs sources concordantes, et n’a connu le patron de la chaine que bien plus tard dans un contexte extra-professionnel. Il ne s’agit pas de harcèlement sexuel sur le lieu de travail ou de subordination à un supérieur hiérarchique, comme tendent à le mettre en exergue d’autres internautes qui évoquent l’éventualité d’un viol avéré par duperie –  alors que la jeune femme évite soigneusement d’élaborer sur le contexte de leur relation se contentant de publier ses propres menaces –  et lui rajoute une circonstance aggravante.


Si la dénonciatrice a en effet bel et bien cherché à se faire embaucher, son affaire n’a pas d’autre lien formel avec le contexte interne de 2M. Ceci-dit, Saloua Bouchaib prétend par ailleurs et à postériori avoir fait partie d’un groupe de jeunes femmes ayant été harcelées durant leur stage par un autre responsable de la télévision. L’affaire avait en son temps été évoquée par la presse et une enquête interne de 2M avait abouti à son licenciement.


Khalid Tritki, journaliste ayant pourtant plusieurs années de métier au compteur, tire des conclusions hâtives qu’il attribue faussement au Desk, confortant ainsi le torrent d’insanités déversé par des anonymes sur Twitter.

Nous le répétons : dans tous ses échanges (dont elle a dévoilé elle-même un pan et non la totalité) avec Salim Cheikh, Saloua Bouchaib n’évoque le viol qu’en référence à son incapacité d’obtenir gain de cause, soit un emploi à 2M, en plus du fait qu’elle lui reproche de s’être marié avec une autre femme. En somme, il y a lieu de s’interroger si son recrutement et/ou le maintien de sa relation intime avec Cheikh aurait éteint ce qu’elle présente comme la dénonciation d’un viol. C’est pourquoi nous disons que le mobile de sa dénonciation n’est pas forcément la recherche d’une réparation morale, mais très probablement la conséquence d’un dépit, celui né de l’échec de ce qu’elle cherchait au commencement de sa démarche. C’est dans ce cadre que le doute sur la sincérité de ses allégations est à considérer très sérieusement et avec le recul nécessaire du journaliste et non en se substituant à la justice qui rendra elle son verdict à l’appui d’une enquête judiciaire.


D’autres mettent en balance ce cas avec celui de l’affaire El Achchabi ou parlent de déontologie élastique.

Nous les renvoyons vers notre précédente clarification à ce sujet, ils y trouveront les points de discernement qui leur font défaut dans leur analogie. Il en est de même pour ceux qui dans la foulée accusent Le Desk dans l’affaire dite des « amants du MUR », en leur rappelant le travail de fact-checking que nous avions fait à l’époque, mais peut-être nous ont-ils confondus avec d’autres lectures… 

Extrait de notre Desintox, paru le 1er septembre 2016 mettant en relief la manipulation médiatique dans l'affaire du MUR


Encore une fois et contrairement à ce qui a été dit, ici et là, nous ne portons pas de jugement sur cette affaire à la manière d’un tribunal. Nous discutons du rôle de la presse et non pas celui des magistrats dont les moyens d’atteindre la vérité sont différents par la force de la loi.

Dans ce sens, lorsque nous disons que la qualification de viol n’est pas avérée, ni étayée par un faisceau d’indices probants, nous faisons référence aux éléments que Saloua Bouchaib a mis à la disposition du public et donc de la presse, et lorsque nous disons que la justice devra trancher sur le caractère potentiellement diffamatoire de sa dénonciation publique, il faut rappeler que le tribunal statuera sur la base de la seule plainte déposée à ce jour qui est celle de Salim Cheikh et sur les éléments d’enquête de la police judiciaire qui évidemment entendra les parties lors de leur confrontation.


Est-il nécessaire de rappeler que, c’est de la perspective journalistique que l’éditorial débattait, de la déontologie du métier et de l’appréciation des sources quelle que soit l’émotion soulevée par tel ou tel sujet ?


Certains ont voulu en faire une lecture corporatiste, parlant d’une réaction animée par le copinage, ce qui est très loin d’être la vérité, les promoteurs du Desk n’ont aucune relation ni personnelle, ni professionnelle avec Salim Cheikh, qui réserve d’ailleurs sa défense à la justice.


Dernier point, il est regrettable que les journalistes parmi ceux qui ont vilipendé Le Desk sur Twitter n’ont fait aucun commentaire sur le traitement désastreux de certains médias notamment sur la publication sans aucune retenue, ni forme de vérification préalable du matériau livré par Saloua Bouchaib. Ils n’ont apporté aucun élément d’information ou de réflexion au débat de fond, préférant abonder dans la vieille rhétorique du faible face au puissant, sublimée par l’acte militant, mais parfois aveuglante et trompeuse en matière de journalisme.