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07.06.2017 à 19 H 10 • Mis à jour le 07.06.2017 à 19 H 12
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Golfe

L’émir du Qatar à Rabat à la recherche d’une médiation du roi ?

Mohammed VI recevant à Rabat l’émir du Qatar pour une visite officielle en 2013. MAP
Des informations indiquent que Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani pourrait se rendre au Maroc pour tenter de trouver un soutien auprès du roi Mohammed VI, un allié qui a l’oreille de l’Arabie saoudite. Une source diplomatique indique cependant que la neutralité marocaine est de mise dans ce dossier plus que sensible

Alors que Doha tente de contourner le blocus que lui ont imposé l’Arabie saoudite et ses soutiens dans la région, plusieurs pays cherchent à faire aboutir une médiation pour dépasser la crise. Certains experts citent le Maroc, pays allié de l’Arabie saoudite et qui entretient des relations équilibrées avec tous les pays du Golfe qui composent le CCG.


Selon le journaliste français Georges Malbrunot, spécialiste du Qatar, qui cite des sources proches du dossier, Cheikh Tamim Ben Hamad Al-Thani « pourrait se rendre les jours prochains au Maroc et en Turquie ».


 

Contacté par Le Desk, Christian Chesnot, journaliste à France Inter et co-auteur avec Malbrunot de plusieurs ouvrages sur le Qatar, n’exclut pas cette éventualité. « Le Maroc entretient de solides relations avec les Saoudiens, sa position lui permettrait ainsi vis-à-vis du Qatar de servir d’entregent ». Jusqu’à accepter que l’émir banni se déplace au Maroc ? « Dans la pratique, seul l’espace aérien saoudien lui est fermé. Les avions de Qatar Airways empruntent désormais des corridors de contournement, via le détroit d’Ormuz au sud de la péninsule arabique, ou via l’Iran et la Turquie », indique Chesnot.


Le Maroc, médiateur de choix ?

Mohammed VI avait il y a un peu plus d’un an participé au Sommet Maroc-Pays du Golfe à Riyad. Selon un communiqué de la Maison Royale datant d’avril 2016, ce sommet, premier du genre, devait « insuffler une nouvelle dynamique au partenariat stratégique et multidimensionnel entre le Maroc et le Conseil de Coopération des pays du Golfe arabe ». Le roi avait à l’issue de cette réunion enchainé des visites de travail dans plusieurs pays de la région, plaçant le royaume comme membre officieux du conclave malgré son éloignement géographique.


Lire aussi : Les relations Maroc-CCG en chiffres


Un atout qui lui permet d’être pro-actif dans la recherche d’une solution à l’étouffement politico-économique dont fait l’objet Doha, sans se départir de son équidistance avec tous ces partenaires au Moyen-Orient . Une « neutralité », qu’une source diplomatique à Rabat tient à souligner « compte tenu de l’extrême sensibilité du dossier ». En 2014 déjà, le royaume avait agi en coulisses pour apaiser une première crise au sein du CCG. En 2016, Tanger accueillait une rencontre entre le roi Salman et l’émir du Qatar… 


Dons des pays du CCG au Maroc. LE DESK

 

Au média émirati Erem News, Nasser Bourita s’est montré très prudent, indiquant qu’il n’avait pas d’information à transmettre pour le moment. Cité par Akhbar Al Yaoum le 6 juin, « La diplomatie marocaine est en contact avec tous les pays pour comprendre ce qui s’est passé », avait-il précisé, relève Telquel.ma. Un mutisme fait remarquer Yabiladi qui est singulier au Maroc, alors que tous les alliés stratégiques des pays du Golfe participant par ailleurs à la coalition saoudienne contre les Houthis au Yémen se sont rangés derrière Riyad. Contrairement aux autres principaux pays du Maghreb que son l’Algérie et la Tunisie ayant appelé « au dialogue et à la conciliation », dans le cadre du CCG, Rabat préfère adopter une position sur la crête, soucieux de ne pas compromettre ses relations avec les Al Saoud, sans pour autant marquer d’appui à Doha avec qui le royaume avait déjà expérimenté par le passé des relations en dents de scie.


Les investissements directs du CCG vers le Maroc. LE DESK


Créé en 1981, le Conseil de coopération du Golfe, qui regroupe des monarchies pétrolières sunnites contrôlant le tiers des réserves mondiales de brut, est formé de six pays – Arabie saoudite, Bahreïn, Qatar, Emirats arabes unis (EAU), Koweït et Oman. Seul ce dernier a tenu à rester à l’écart de la crise. La Mauritanie a, en revanche, rejoint à son tour l’Arabie saoudite, Bahreïn, les EAU, l’Egypte, le Yémen et les Maldives.



Les signes d’apaisement ou de détente se sont d’ailleurs multipliés depuis l’annonce du 5 juin. Le ministre des affaires étrangères saoudien, Adel Al-Jubeir, a ainsi qualifié ce mercredi le Qatar d’« Etat frère » tout en jugeant que c’était à lui de résoudre la crise dans le Golfe en cessant son soutien aux extrémistes islamistes. « Nous considérons le Qatar comme un Etat frère, comme un partenaire (…), mais on doit aussi pouvoir dire à un ami ou à un frère quand quelque chose est bien ou mal », a-t-il assuré lors d’une conférence de presse avec son homologue allemand, Sigmar Gabriel, à Berlin.


« Quand il prend une mauvaise position, on lui donne des conseils pour qu’il prenne une autre position. Et nous avons pris ces mesures [de rupture des liens diplomatiques] pour qu’il change de position », a-t-il ajouté, tout en affirmant que des efforts seraient entrepris pour résoudre cette crise dans le cadre du Conseil de coopération du Golfe (CCG).


Mardi soir, le président américain Donald Trump avait déjà prôné « l’unité » des pays du Golfe dans un entretien téléphonique avec le roi Salman d’Arabie saoudite, après avoir pris, dans un premier temps, le parti de Riyad.



Le Koweït qui, lui, n’a pas rompu avec le Qatar tente pour sa part une médiation. Son émir s’est rendu à Riyad, la capitale saoudienne pour s’entretenir avec le roi. Leur entretien a « [reflété] un intérêt commun à soutenir la bonne marche » du CCG, a déclaré mercredi l’agence officielle Kuna.


« Incitation à la haine »

 Abou Dhabi et Riyad veulent un « changement de politique » et non pas « un changement de régime » au Qatar, a assuré, mercredi, Anwar Gargash, ministre d’Etat émirati aux affaires étrangères, tout en accusant Doha de se comporter en « champion de l’extrémisme et du terrorisme dans la région ». « Nous avons atteint maintenant un cul-de-sac dans nos tentatives pour convaincre le Qatar de changer de direction », a-t-il ajouté.


Mercredi, le Hamas s’est, par ailleurs, dit « choqué » par l’appel de Riyad au Qatar pour qu’il cesse de soutenir le mouvement islamiste palestinien. « C’est une incitation à la haine contre le Hamas », a estimé le parti au pouvoir dans la bande de Gaza par la voie d’un communiqué.

 

De son côté, Doha a rejeté les accusations de « soutien au terrorisme ». Il n’y a « aucun élément prouvant que le gouvernement du Qatar soutient des islamistes radicaux », a plaidé sur la BBC le chef de la diplomatie, Cheikh Mohamed Ben Abderrahmane Al-Thani.


La rupture des relations a entraîné nombre de désagréments :  une suspension de vols aériens, la fermeture des frontières terrestres et maritimes avec le Qatar ainsi que des interdictions de survol aux compagnies qataries et des restrictions aux déplacements des personnes. Il a également été demandé aux ressortissants du Qatar, visiteurs ou résidents permanents en Arabie saoudite, aux Emirats et à Bahreïn, de partir dans un délai de quatorze jours.


Infographie: Les principaux partenaires commerciaux du Qatar | Statista


Bien que les images des rayons vides des supermarchés aient fait le tour du monde, les autorités qataries ont affirmé que le pays disposait de suffisamment de vivres pour un an. Lundi, des habitants paniqués avaient pris d’assaut les supermarchés.


« Il n’y aura pas de pénurie de denrées alimentaires et d’autres produits car plus de 95 % des importations du Qatar arrivent par voies aérienne et maritime », a assuré le président de la Chambre de commerce, Cheikh Khalifa Ben Jassem Al-Thani, cité par la presse locale.


Bien que les approvisionnements alimentaires du Qatar transitent d’habitude par la frontière avec l’Arabie saoudite, désormais fermée, les denrées alimentaires peuvent en effet être acheminés directement au port de Doha ou par avion. Le Qatar importe jusqu’à 90 % de ses besoins alimentaires, selon des estimations.


Dernier épisode en date, le parlement turc a adopté aujourd’hui en urgence une proposition de loi autorisant le déploiement de troupes supplémentaires sur une base militaire dont la Turquie dispose au Qatar.