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22.06.2017 à 17 H 35 • Mis à jour le 23.06.2017 à 05 H 46
Par
Diplomatie

A quoi joue Israël avec le Maroc?

Ayoub Kara, ministre israélien des communications (à-g) et Brahim Ghali, chef du Polisario le 24 mai 2017, à Quito. Capture Twitter
Après l’annonce d’une « probable rencontre informelle Mohammed VI- Netanyahu », fuitée dans la presse à la veille du sommet de la CEDEAO à Monrovia, l’Etat hébreu rend publique une « complainte officielle » de Rabat suite à la rencontre d’un proche collaborateur du premier ministre israélien avec Brahim Ghali, le chef du Polisario en Equateur. Depuis quelques temps, l'Etat hébreu titille Rabat avec insistance...

Selon Times of Israel, le Maroc aurait émis « une rare complainte officielle à Israël » après la diffusion d’une photographie montrant Ayoub Kara, le ministre des communications auprès de la primature israélienne, s’entretenant avec le chef du Polisario, Brahim Ghali, lors de la cérémonie d’investiture du président équatorien Lenin Moreno, le 24 mai 2017 à Quito.


La diplomatie marocaine aurait ainsi, selon le journal israélien, transmis ses « protestations », à travers le canal d’une ambassade de l’Etat hébreu en Europe affirmant que « le royaume estime intolérable un tel support » apporté à cette entité rivale, a précisé Channel 2, la deuxième chaine de télévision israélienne mercredi 21 juin.


Kara, 62 ans et d’origine druze, dont la presse israélienne relate « une énième bourde » avait à cette occasion, posté sur son compte Twitter, une série de photographies en compagnie de représentants diplomatiques du Sultanat d’Oman, du Yémen ou encore de l’Etat du Qatar. Des rencontres dont il a vite décrit le caractère « chaleureux », dictés selon lui, par la nouvelle doctrine de Donald Trump au Moyen-Orient contre le terrorisme.



Tel-Aviv répond publiquement à la mise en garde du Maroc

En réponse à la supposée discrète initiative de désapprobation du Maroc, le ministre israélien des Affaires étrangères a déclaré, selon Channel 2, que ce genre de meetings n’étaient « ni coordonnés, ni approuvés » par le bureau du premier ministre Benjamin Netanyahu.


L’initiative de Kara était-elle intentionnelle ? il avait d’ailleurs  confondu Brahim Ghali et le chef des relations extérieures du Front Polisario, Abdelkader Taleb Omar, puisqu’il a indiqué avec erreur le nom de ce dernier en commentaire de son Tweet, le qualifiant de « président sahraoui ».



Le ministre est coutumier de sorties de pistes, faisant de lui la risée des médias. Il avait entre autres, début 2017, affirmé que Tsahal allait bientôt déployer des soldats robots de type Terminator pour « éliminer les terroristes afin d’éviter les pertes de combattants israéliens », ou qualifier la série de tremblements de terre en Italie comme « une sanction divine contre Rome qui s’oppose à la politique israélienne aux Nations Unies ».


Des sources officielles israéliennes ont toutefois refusé de commenter comment un ministre en exercice ne soit pas briefé avant d’entreprendre une visite à l’étranger


Kara a tenté de diminuer l’incident, s’agissant de « poignées de mains furtives », et mettant en avant ses « efforts pour élargir les liens d’Israël avec le monde arabe ». « Il est regrettable que mon image de représentant de l’Etat d’Israël, soit de nouveau ternie, alors que je m’emploie à faire avancer la paix entre Israël et le monde arabe », a-t-il écrit dans un communiqué.


Une évidente exploitation tout azimut

Le fait cependant que l’Etat hébreu rende publique la protestation marocaine est de nature à s’interroger sur son obsession à vouloir à chaque occasion réitérer, malgré l’absence de liens diplomatiques officiels avec Rabat, que le Maroc est « le pays nord africain est la nation la plus amicale avec Israël », comme le souligne Times Of Israël, qui en remet une couche, citant les 45 000 touristes israéliens qui se rendent chaque année dans le royaume.


Un fait récurrent dans la presse israélienne. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu « devrait croiser les dirigeants de trois pays avec lesquels Israël n’a pas de relations diplomatiques – y compris le Maroc – lorsqu’il assistera à un sommet d’une organisation sous régionale africaine au Libéria », conjecturait fin mai le Jerusalem Post, à l’approche du Sommet de la CEDEAO à Monrovia.


Le journal ajoutait pour asseoir sa théorie que « contrairement aux grandes rencontres internationales qui ont lieu à l’ONU, auxquelles Netanyahou participe chaque année, celle-ci est relativement petite et se déroule dans un hôtel de Monrovia, ce qui rend plus probable la possibilité de rencontres informelles avec la délégation marocaine ou les dirigeants du Niger et Mali – les deux autres pays avec lesquels Israël n’a pas de liens diplomatiques et qui doivent être représentés à la réunion ».

 

Tout comme son inlassable volonté de démontrer que le front arabe n’est pas uni contre la politique de Benjamin Netanyahu, l’Etat hébreu mène actuellement une politique d’entrisme évidente en Afrique. Après l’Afrique de l’Est, notamment au Rwanda, illustré par un chassé-croisé auprès de Paul Kagamé avec le Maroc en juillet 2016, Israël tente de marquer de son influence de nouveaux territoires. Ces derniers temps, nombre de votes africains se sont portés en faveur de la Palestine auprès d’importantes instances internationales, notamment à l’UNESCO, ce qui a poussé Tel-Aviv à jouer des coudes auprès de certains pays. Un sommet Israël-Afrique était d’ailleurs en gestation pour octobre à Lomé.


Cette situation pour le moins inappropriée a provoqué des résistances, des boycotts et des débats houleux au sein de la CEDEAO. Le roi Mohammed VI, en sa qualité de président du Comité Al Qods, avait donc annulé son déplacement au Libéria, ne pouvait être associé à ces jeux diplomatiques à quatre bandes.


Contactée, la diplomatie marocaine n’a pas fait jusqu’à présent de commentaires sur la question.