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13.11.2017 à 01 H 19 • Mis à jour le 13.11.2017 à 09 H 44
Par
Diplomatie

Mohammed VI tente de délier le blocus imposé au Qatar

Mohammed VI au Qatar. AIC PRESS
La visite royale à Doha s'inscrit dans le prolongement des bons offices du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qui durant les moments les plus tendus de la crise proche-orientale avait appuyé la médiation koweitienne. Une initiative de Mohammed VI dans un contexte encore difficile, mais favorisée par une détente vis-à-vis de l'émirat alors que Riyad vit une révolution de palais inédite

Alors que Doha tente de contourner le blocus que lui ont imposé l’Arabie saoudite et ses soutiens dans la région, plusieurs pays cherchent à faire aboutir une médiation pour dépasser la crise. Certains experts avaient dès le déclenchement de la crise nommé le Maroc comme possible médiateur, le pays est allié de l’Arabie saoudite et entretient des relations équilibrées avec tous les pays du Golfe qui composent le Conseil de coopération du Golfe (CCG).


Mohammed VI avait il y a un peu plus d’un an participé au Sommet Maroc-Pays du Golfe à Riyad. Selon un communiqué de la Maison Royale datant d’avril 2016, ce sommet, premier du genre, devait « insuffler une nouvelle dynamique au partenariat stratégique et multidimensionnel entre le Maroc et le Conseil de Coopération des pays du Golfe arabe ». Le roi avait à l’issue de cette réunion enchainé des visites de travail dans plusieurs pays de la région, plaçant le royaume comme membre officieux du conclave malgré son éloignement géographique.


Lire aussi : Les relations Maroc-CCG en chiffres


Un atout qui lui permet d’être pro-actif dans la recherche d’une solution à l’étouffement politico-économique dont fait l’objet Doha, sans se départir de son équidistance avec tous ces partenaires au Moyen-Orient . Une « neutralité », qu’une source diplomatique à Rabat tient à souligner « compte tenu de l’extrême sensibilité du dossier ». En 2014 déjà, le royaume avait agi en coulisses pour apaiser une première crise au sein du CCG. En 2016, Tanger accueillait une rencontre entre le roi Salman et l’émir du Qatar


Contrairement aux autres principaux pays du Maghreb que son l’Algérie et la Tunisie ayant appelé « au dialogue et à la conciliation », dans le cadre du CCG, Rabat avait préféré jusqu’ici adopter une position sur la crête, soucieux de ne pas compromettre ses relations avec les Al Saoud, sans pour autant marquer d’appui à Doha avec qui le royaume avait déjà expérimenté par le passé des relations en dents de scie.


Dons des pays du CCG au Maroc. LE DESK


Mohammed VI, qui a profité d’un voyage culturel aux Emirats a prolongé sa visite dans le Golfe au Qatar dans un contexte où la crise perdure entre l’émirat et son puissant voisin saoudien, mais qui semble prendre depuis quelques semaines une tournure d’apaisement alors que Riyad vit en interne une révolution de palais inédite.


Des relations avec Doha au long cours

Cette coopération entre le Maroc et le Qatar s’est renforcée et approfondie à travers une série de conventions, de protocoles d’accord et de programmes exécutifs touchant les différents domaines social, culturel, sportif, économique, judiciaire et militaire et ce, conformément aux Hautes orientations des dirigeants des deux pays. Dans ce sillage, il convient de noter que l’une des plus anciennes conventions conclues entre les deux parties, est celle portant sur la coopération dans le domaine culturel et artistique (26 juillet 1975) et qui a été suivie par la signature d’une série de conventions et mémorandums d’entente, dont l’accord portant sur le recrutement de la main-d’œuvre marocaine au Qatar, signé entre les deux pays le 17 mai 1981, et du protocole additionnel paraphé le 24 novembre 2011.


En juin 1996, les deux pays ont conclu un accord prévoyant la création d’une haute commission mixte pour le suivi de la mise en œuvre des conventions et explorer davantage d’opportunités de coopération, et dont la dernière et sixième session a été tenue en avril 2016.


Quelque neuf conventions, programmes exécutifs et mémorandums d’entente ont été signés lors de cette sixième session de la Haute commission mixte maroco-qatarie, dans les domaines juridique et judiciaire, du transport maritime et de la coopération entre l’Agence nationale des ports et la société qatarie de gestion des ports, outre le programme Boudour pour les jeunes Marocains entre l’institution Seltek et l’institution Attawfik de micro-finance.


A cette occasion, un mémorandum d’entente sur les secteurs du pétrole, du gaz, des énergies renouvelables, de l’électricité, et de l’utilisation de l’énergie, un mémorandum d’entente entre l’Instance générale de la retraite et des assurances sociales au Qatar et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et deux programmes exécutifs dans le secteur de la culture, de l’art et du sport, ont été conclus entre les deux parties.


Dans le domaine de l’investissement, les deux pays restent animés par une véritable volonté d’adopter des mécanismes de travail efficaces et d’explorer des opportunités prometteuses, dans le cadre de la complémentarité économique, alors que les observateurs dans les deux pays soulignent que cela demeure le moyen le plus efficace pour promouvoir et élever la coopération bilatérale dans ce domaine au niveau des aspirations des deux parties. Selon les experts du marché marocain, l’agriculture, la pêche maritime, le textile, les industries du cuir, les services financiers et les technologies de l’information et de la communication arrivent en tête des secteurs prometteurs dans ce domaine. Un arsenal législatif favorable aux investissements, un environnement incubateur et un climat des affaires stimulant, outre la tenue régulièrement des sessions des hautes commissions mixtes maroco-qataries ainsi que la disponibilité des ressources humaines qualifiées et capables de s’adapter et d’acquérir rapidement l’expertise requise, sont autant de facteurs qui contribuent à l’accélération de la cadence des investissements.


Des échanges encore en deçà des ambitions

Néanmoins, les échanges commerciaux bilatéraux demeurent en deçà des aspirations des deux parties, de leurs potentialités et besoins réels. Ainsi, la valeur de ces échanges n’a pas dépassé 704 millions de dirhams en 2015, dont 186 MDH d’exportations marocaines représentées par des produits manufacturés, des produits alimentaires, outre des matériels de construction, avec une balance favorable pour le Qatar, qui exporte vers le Royaume des produits en plastique et dérivés, le soufre brut et l’aluminium.


Selon les chiffres de l’office des changes, les importations du Maroc en provenance du Qatar avoisinent 532,84 MDH en 2016, contre 191,05 MDH en 2017, tandis que le Maroc a exporté vers l’Emirat environ 111,32 MDH en 2016, contre 65,83 MDH en 2017.


Les investissements directs du CCG vers le Maroc. LE DESK


En ce qui concerne les investissements qataris au Maroc, ils ont atteint, selon des chiffres officiels environ 3,4 milliards dirhams (quelque 340 Millions dollars) en 2013, avant de grimper en 2014 à 4,5 MMDH (environ 450 millions de dollars), soit 12,3 % de la totalité des investissements étrangers. Lors des trois premiers mois de l’année 2015, ces investissements se sont chiffrés à 3,4 milliards de dirhams. Ces investissements concernent des secteurs essentiels comme l’industrie, le tourisme, des projets d’énergie renouvelable, outre les projets d’infrastructure.


Il semble évident que les indices relatifs aux investissements et aux échanges commerciaux restent en deçà des aspirations des acteurs des deux pays, vu les potentialités et les ambitions de leurs marchés respectifs. Il va sans dire que les acteurs économiques et politiques des deux pays sont conscients que la prospection de nouveaux domaines de coopération et d’opportunités d’investissement en plus de l’ambition et de la volonté de hisser le niveau de la coopération bilatérale est un échafaudage perpétuel et une quête renouvelée à laquelle contribuent l’ensemble des intervenants politique, économique et culturel.


Dans ce sens, pour les monarchies du Golfe, « le Maroc constitue une terre d’opportunités sa stabilité politique, sa constante croissance économique (de l’ordre de 4 à 5 % ces dernières années) et le caractère monarchique de son système de gouvernement sont vus comme autant d’atouts justifiant l’établissement d’une diagonale de complicité », analyse L’Observatoire du Qatar qui fait remarquer que depuis quelques années, la diplomatie royale a progressivement changé sa doctrine, tant en Afrique qu’au Moyen-Orient


« C’est d’ailleurs ces solides fondamentaux qui ont poussé les pays du CCG à proposer à Rabat une quasi-adhésion à leur structure en 2011. Exprimée à un moment où les révoltes arabes faisaient craindre le pire pour les régimes en place, cette idée d’un front des monarchies face aux poussées populaires a finalement été abandonnée du fait de son incohérence géographique. Elle n’en exprimait pas moins toute la confiance que les capitales du Golfe manifestaient à l’égard d’un royaume qui reste bien apprécié depuis l’époque du roi Hassan II », ajoute L’Observatoire du Qatar.


L’actuel déplacement de Mohamed VI se situe donc dans cette logique d’alliance avec les alliés du CCG, désormais plus fiables que les traditionnels appuis de la France et des Etats-Unis, jugés versatiles au sujet de nombre de questions, dont le toujours épineux dossier du Sahara.


« Se rendre successivement aux Emirats arabes unis et au Qatar constituera pour Mohammed VI une occasion de plaider une réconciliation entre deux pays qu’aujourd’hui tout oppose », poursuit L’Observatoire du Qatar, expliquée dans le prolongement des bons offices du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, qui durant les moments les plus tendus de la crise proche-orientale avait appuyé la médiation koweitienne.