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16.07.2020 à 17 H 08 • Mis à jour le 16.07.2020 à 18 H 20
Par
Manifeste

110 journalistes marocains dénoncent la prolifération de médias de diffamation

Les médias diffamatoires et calomnieux ont largement proliféré ces derniers temps au Maroc dès qu’il s’agit de la liberté d’expression et des poursuites qui ont visé journalistes indépendants et activistes. Contre ce dangereux phénomène qui pollue l’espace médiatique, manipule l’opinion publique et dont la menace se traduit aussi par des atteintes à l’intégrité physique des personnes visées, des journalistes adressent un manifeste aux autorités publiques et aux instances professionnelles leur demandant de prendre leurs responsabilités et d’agir

Ce 16 juillet, un manifeste signé par 110 journalistes marocains a été rendu public. Issus autant de la presse francophone qu’arabophone, ces journalistes dénoncent les campagnes calomnieuses et de diffamation engagées par certains médias, « dès qu’il s’agit de poursuites engagées contre des journalistes indépendants et des activistes ».« A chaque fois que les autorités ont poursuivi une voix critique, certains sites et journaux se sont empressés d’écrire des articles diffamatoires, sans aucune éthique professionnelle, voire enfreignant les lois organisant la presse au Maroc », peut-on lire dans le manifeste.


Pour cela, ces journalistes professionnels adressent un manifeste « aux autorités publiques, au ministère de tutelle des médias et de la communication, au Conseil national de la presse, aux organisations et structures syndicales de la presse et des médias au Maroc, ainsi qu’au Groupement des annonceurs du Maroc ». 


Au ministre de tutelle, Othman El Ferdaous, les 110 journalistes demandent de « conditionner l’octroi de la subvention étatique au respect de l’éthique professionnelle et d’en exclure les sites et journaux impliqués dans des affaires de diffamation, en concertation avec le Conseil national de la presse ». De plus, ce sont « des mesures disciplinaires et d’exclusion à l’encontre des journalistes et des supports médiatiques qui ont eu des pratiques diffamatoires ou injurieuses à l’encontre de personnes » qui sont demandées au Conseil national de la presse. Pour cela, il est requis à cette même instance d’adopter « des rapports nominaux sur le non-respect des règles et de l’éthique de la profession de journaliste », le tout en notifiant préalablement les organes concernés et leur demandant le retrait des articles litigieux et la publication d’excuses.


Aux organisations et structures syndicales de la presse et des médias au Maroc, il est également demandé d’adopter une position ferme à l’endroit de la presse diffamatoire, sans oublier d’adresser à ses membres des courriers de rappel quant au respect de l’éthique professionnelle.


Enfin, le manifeste s’adresse également au Groupement des Annonceurs du Maroc (GAM) qui, en tant que financeur de la presse, se doit d’établir « des normes de qualité orientées vers la protection des lecteurs, et non vers le seul critère de taux de lecture ». Pour les signataires du manifeste, « soutenir une presse indigente, qui ne respecte pas l’éthique professionnelle, uniquement parce qu’elle draine un plus grand lectorat contribue à enterrer la presse sérieuse et participe indirectement aux opérations de diffamation, de calomnie et d’injure ».


La publication de ce manifeste intervient à un moment où la presse diffamatoire atteint des proportions inquiétantes : notre collègue Omar Radi en a d’ailleurs fait les frais, étant pris pour cible par des organes de presse qui n’ont pas hésité à le trainer dans la boue par des articles d’une rare violence et par une série d’accusations passibles de poursuites judiciaires : « Espion » ou « traitre » qui peuvent être considérés comme des appels à la haine à son encontre, en plus de constituer des propos diffamatoires.


Il est à noter par ailleurs que, jusqu’à présent, aucun chef d’accusation n’a été porté à l’encontre de Radi et encore moins une condamnation. Dans son cas, le harcèlement virtuel est doublé d’un harcèlement physique : la persistance d’une équipe de Chouf TV à le filmer alors qu’il se rend à ses convocations chez la Brigade Nationale de Police Judiciaire et même lorsqu’il en sort ou encore lors du guet-apens qui lui a été tendu ainsi qu’à son collègue Imad Stitou. Des faits qui constituent de dangereuses menaces sur l’intégrité physique des journalistes ainsi visés.


Omar Radi n’est pas un cas isolé, de récents précédents, comme celui du rédacteur en chef d’Akhbar Al Yaoum Soulaimane Raissouni, attestent du même procédé où certains médias vont jusqu’à annoncer à l’avance son arrestation, avant que celle-ci ne soit filmée et diffusée. D’autres victimes de ces campagnes se comptent également dans les rangs des activistes et défenseurs de droits humains, à l’image par exemple de l’historien Maâti Monjib ou encore du porte-parole de Human Rights Watch pour la région MENA, Ahmed Reda Benchemsi.


Plus grave encore, les titres de presse responsables de ces campagnes de diffamation outrancières sévissent dans une totale impunité, en plus de bénéficier d’un accès à des données personnelles et privées de journalistes et activistes qu’ils n’hésitent pas à manipuler, décontextualiser et utiliser contre eux.