GenZ212 à Casablanca : démission du gouvernement réclamée, l’espoir fixé sur le discours royal
Après une pause de trois jours, les jeunes du mouvement GenZ212 ont donné un nouveau rendez-vous. À Casablanca, comme dans plus d’une vingtaine d’autres villes, ils ont appelé à se rassembler ce jeudi à 18 heures pour une nouvelle série de manifestations. Dans la capitale économique, le point de rencontre a été fixé, comme lors des dernières manifestations, à la place des Nations Unies (ex-Maréchal).
Jusqu’en fin d’après-midi, la place semblait mener son cours ordinaire. Un petit groupe d’une vingtaine de personnes en situation de handicap tenait un sit-in sans lien avec le mouvement. Autour, les passants flânaient, les clients occupaient les terrasses, et quelques agents en civil observaient discrètement les environs. Deux fourgons de police, brièvement stationnés à l’entrée de l’hôtel Hyatt Regency, ont quitté les lieux, laissant place à une atmosphère faussement calme. Une dizaine de policiers en civil, recensés par Le Desk, circulaient sur la place, surveillant les passants.
Vers 17h50, les premiers jeunes arrivent, porteurs de pancartes et de mégaphones. Ils rassemblent du matériel, se concertent, organisent la disposition des banderoles. À 18 heures, les chants s’élèvent : le rassemblement du mouvement GenZ212 vient de commencer. Sur la place, aucun dispositif sécuritaire visible. Les participants assurent eux-mêmes l’encadrement, veillant à la cohésion du groupe. L’ambiance est agitée, sans violence. Peu à peu, plus d’une centaine de manifestants se massent au centre de la place.
Une banderole comportant le symbole du mouvement GenZ212 brandie lors de la manifestation organisée à Casablanca, le jeudi 9 octobre 2025. Crédit : Le DeskLes pancartes brandies par les manifestants donnent le ton de la mobilisation. Plusieurs représentent quasiment l’ensemble des ministres transformés en diables, tandis que d’autres les présentent sous forme de portraits accompagnés de l’inscription en anglais « Wanted only alive » (Recherché, vivant seulement), assortie de montants fictifs en milliards de dollars. Parmi les visages ciblés par ces portraits : Amine Tehraoui, ministre de la Santé, Rachid Talbi Alami, président de la Chambre des représentants, et Abdellatif Ouahbi, ministre de la Justice.
Une grande banderole en tissu rouge appelle au « boycott ». Associée à d’autres affiches soulevées, il devient clair que cet appel au boycott concerne aussi bien le gouvernement et les partis le composant que les marques associées au groupe Akwa, dirigé par le chef du l’Exécutif, Aziz Akhannouch.
La manifestation du mouvement GenZ212 tenue à Casablanca, ce jeudi 9 octobre. Crédit : Le DeskLes slogans scandés reprennent les mêmes messages : « Le problème est dans le système, pas dans les ministres », « Pourquoi sommes-nous pauvres ? Parce qu’ils sont des voleurs » ou encore « Les stades sont là, mais où sont les hôpitaux et écoles ». Certains manifestants distribuent des feuillets intitulés « Qui possède quoi », recensant les sociétés détenues par Akhannouch et son épouse Salwa Idrissi Akhannouch. D’autres diffusent des documents présentant les projets d’infrastructures sportives liés à la CAN 2025 et à la Coupe du monde 2030, détaillant les montants investis pour les stades en construction.
Plusieurs banderoles appelaient à la libération de jeunes détenus, en lien direct avec le mouvement GenZ212. Les noms de manifestants récemment interpellés étaient affichés sur fond de tissu noir. Les slogans « Free all » ont ainsi retenti très fort, avec différents noms criés, notamment Nasser Zefzafi, leader du Hirak du Rif, mais également d’autres figures du militantisme marocain, traduisant un lien symbolique entre les luttes sociales et citoyennes à travers le pays.
Un message constant ponctuait les différents slogans scandés par les manifestants : « Akhannouch, dégage ! », exprimant l’exigence claire de démission et de reddition des comptes. Pour ces jeunes, le gouvernement a raté sa chance : il ne reste plus aucune possibilité de dialogue crédible, et la confiance est irrévocablement rompue. « Les déclarations du gouvernement, que ce soit par la voix de son porte-parole, de ses ministres ou des partis, ne font que provoquer la colère », estime Ibtissam, une manifestante interrogée par Le Desk. « Les revendications sont claires depuis le début. Aujourd’hui, il n’y a plus de place pour la négociation. Le gouvernement doit démissionner et rendre des comptes. Le lien de confiance a été brisé », poursuit-elle.

« Ils avaient quatre ans pour agir. Et même après notre mobilisation, aucune réponse sérieuse n’a été donnée à nos revendications. En tout cas, ils ne peuvent rien changer maintenant », renchérit Reda, un autre manifestant. « Nous revendiquons leur démission, et puis que des poursuites soient engagées à l’encontre de tous ces responsables corrompus », ajoute-t-il.
Alors que les tentatives du gouvernement au cours de la dernière semaine n’ont visiblement pas eu d’effet pour calmer la colère des jeunes, l’intervention royale demeure l’unique espoir. Le discours royal prévu demain vendredi pourrait, selon eux, offrir une réponse décisive aux revendications exprimées lors de cette mobilisation. « Le Roi est notre dernier recours. Nous attendons son discours, dans l’espoir d’une véritable réponse », affirment au Desk, d’un ton uni, plusieurs manifestants.
Le rassemblement s’est progressivement dispersé vers 20 heures.
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