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25.03.2024 à 15 H 30 • Mis à jour le 25.03.2024 à 15 H 40 • Temps de lecture : 6 minutes
Par et

n°962.Comment la femme marocaine est mise à l’écart du marché du travail

Refus familial, valeurs culturelles, niveau d’éducation, disparités régionales et conditions de travail... Les freins sociaux à la participation des femmes au marché du travail sont légion, selon une étude qualitative du HCP qui s'est appuyée sur l'analyse de 22 focus groupes, réunissant 274 femmes issues des zones urbaines et rurales des régions de l'Oriental et de Casablanca-Settat

La probabilité d'inactivité des femmes au Maroc atteint un taux de 73 %, presque 10 fois supérieure à celle des hommes (7,5 %), ressort-il d’une étude du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sur la participation des femmes au marché du travail marocain. L’étude a pour objectif d’identifier les profils multidimensionnels des femmes les plus susceptibles de ne pas participer au marché du travail et de mettre en évidence la complexité des contraintes qui les en empêche, fait-on savoir.


La probabilité d’inactivité des femmes prend la forme d’une courbe en U. Celle-ci tend à baisser en passant d’une probabilité de 83 % pour les plus jeunes (25-26 ans) pour atteindre une probabilité de 72 % à l’âge de 43-44 ans, pour ensuite augmenter à 77,6 %. Pour les hommes, la probabilité d'inactivité augmente avec l'âge, passant de 5 % pour les plus jeunes (25-26 ans) à 24 % pour ceux âgés de 57 à 59 ans.

Âge, niveau d'éducation et disparités régionales

Outre l’âge, plusieurs facteurs modulent l’activité des femmes. Il s’agit d’une part, de son niveau d’éducation. A mesure que celui-ci augmente, les probabilités d’inactivité baissent significativement de 42 points de pourcentage pour les femmes ayant un diplôme supérieur, pour atteindre 38,6 %.


Par ailleurs, le contexte géographique et socio-économique a un impact significatif sur la participation des femmes au marché du travail. Contrairement aux hommes qui ont des probabilités d’inactivité ne dépassant pas 8 % dans l’ensemble des régions, celles des femmes sont beaucoup plus dispersées.


Les femmes de la région de Laâyoune-Sakia El Hamra sont les plus exposées à l’inactivité avec une probabilité de 87 %. Elle est suivie de près par la région de l'Oriental et Souss-Massa, où les probabilités d'inactivité atteignent respectivement 83 % et 82 %. À l'opposé, les régions de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Casablanca-Settat et Rabat-Salé-Kénitra présentent les probabilités les plus faibles parmi les régions, bien que toujours élevées, atteignant 68 %, 70,8 % et 74,9 %, respectivement.


Refus familial et normes socio-culturelles

Les stéréotypes et les valeurs culturelles influencent également l'intégration professionnelle des femmes. En effet, la perception du travail féminin diffère significativement entre Casablanca-Settat et l’Oriental, en fonction de la nature de l'emploi. Le taux d'activité féminine dans l'Oriental est parmi les plus bas du pays, ne dépassant pas 15,6 %, alors qu'à Casablanca-Settat, il atteint 28 %, figurant parmi les plus élevés, indique l’étude.


Les postes au sein de la fonction publique jouissent d'une perception positive et d'une acceptation sociale élevée, favorisant ainsi l'intégration professionnelle des femmes qui y sont employées. En revanche, les emplois dans des domaines traditionnellement dit « féminins » tels que l'esthétique, la coiffure ou la couture, font face à des jugements sociaux plus péjoratifs. Cette distinction est particulièrement prononcée dans la région de l'Oriental par rapport à Casablanca-Settat, où les préjugés peuvent varier mais restent présents, relève l'étude.


En chiffres, 36 % des jeunes femmes inactives âgées de 15 à 24 ans en 2021, endossent le rôle de femme au foyer, tandis que seulement 62 % poursuivent leurs études. Les femmes mariées, âgées de 25 à 34 ans, et qui ont un diplôme moyen ou aucun diplôme ont les probabilités d'inactivité les plus élevées. La participation des hommes au marché du travail est quant à elle, principalement déterminée par les obligations familiales, notamment la nécessité de fournir un soutien financier au foyer.


La disparité quant à la probabilité d'inactivité est plus marquée chez les femmes mariées, dont la probabilité d’être inactive atteint 81,9 % (contre 3,1 % chez les hommes mariés), que chez les jeunes femmes âgées de 25 à 34 ans, avec une probabilité de 79,4 % (contre 3,3 % pour les jeunes hommes).


La probabilité d’inactivité des femmes au Maroc atteint un taux de 73%, bien plus élevée que celle des hommes, estimée à 7,5%, révèle le Haut-Commissariat au Plan (HCP) dans une étude intersectionnelle sur la participation des femmes au marché du travail marocain. Crédit: MAP


Par ailleurs, pour les femmes ayant un diplôme supérieur, âgées entre 25 et 44 ans, mais mariées, leur probabilité d'inactivité augmente significativement à 36 % pour celles n’ayant pas d’enfants dans le ménage, et à 53 % pour celles ayant des enfants dans le ménage. A l’opposé, le célibat et un niveau d'éducation supérieur sont associés à de faibles probabilités d’inactivité variant entre 13,4 % et 18,2 %, notamment pour celles âgées entre 25 et 44 ans.


De plus, le « refus familial » constitue un frein majeur à la participation des femmes au marché du travail. Cette barrière, souvent exprimée par le conjoint, subsiste dans les deux régions même en présence d'un besoin financier explicite, mais elle est plus particulièrement accentuée dans la région de l'Oriental qu'au niveau de Casablanca-Settat, avance l'étude du HCP.


Toutefois, les contraintes économiques peuvent détourner et transgresser même momentanément les normes sociales traditionnelles, relève l’étude, notant que, spécifiquement dans la région de Casablanca-Settat, dans de telles circonstances, le travail des femmes est souvent plus accepté car il devient un recours à une situation particulière, fait-on savoir.


Charge mentale et discriminations au travail

Dans le cadre de 22 focus groupes, réunissant 274 femmes issues des zones urbaines et rurales des régions de l'Oriental et de Casablanca-Settat. plusieurs femmes ont partagé les défis auxquels elles sont confrontées dans le monde du travail. Ces défis sont particulièrement prononcés dans la région de l'Oriental par rapport à Casablanca-Settat, mettant en lumière une disparité régionale dans l'expérience du travail féminin, ressort-il de l'étude.


Ces femmes ont souligné que la gestion inégale des responsabilités domestiques ajoute une couche supplémentaire de difficultés, engendrant une charge mentale pesante dans le contexte de leur quête d'autonomie professionnelle. Concilier les exigences du travail professionnel avec celles du foyer est un défi fréquemment mis en avant, notamment par les participantes de Casablanca-Settat.


Par contraste, dans l'Oriental, certaines femmes bénéficient d'un soutien familial plus substantiel, en raison notamment de la taille plus importante du ménage, leur permettant ainsi de déléguer ou partager une partie des tâches ménagères et de réduire leur charge mentale.


Les participants ont également indiqué que des conditions de travail inégale constituaient également une contrainte à leur participation. Une grande partie des femmes interrogées ont signalé qu'elles étaient confrontées à diverses formes de harcèlement, d'abus et de discrimination sur le lieu de travail, ainsi que l'absence de régularisation de leur situation professionnelle. Les inégalités des chances au sein des institutions, la précarité des contrats à durée déterminée sans perspective de conversion en contrats à durée indéterminée, et les salaires insuffisants sont perçus par ces femmes comme des conditions de travail défavorables qui les éloignent du marché du travail.


Il ressort de cette étude et des focus groupe avec les femmes de deux régions du Maroc : Casablanca-Settat et l’Oriental, la nécessité d'adopter des approches transformatrices en matière d’inclusion de genre dans les politiques publiques, « facilitant la conciliation entre vie professionnelle et obligations familiales, telles que l’investissement dans les services permettant la tertiarisation des tâches domestiques et le développement des services de garde d'enfants accessibles », recommande cette étude, notant que «  l'intégration des femmes au marché du travail revêt une importance capitale, non seulement pour stimuler la croissance économique et réduire la pauvreté, mais aussi pour garantir leur inclusion sociale ».

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