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14.03.2017 à 18 H 16 • Mis à jour le 14.03.2017 à 23 H 15
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n°111.Et si Mohammed VI choisissait une femme pour diriger le gouvernement ?

Face au blocage, le roi pourrait renvoyer dos à dos Benkirane et Akhannouch pour favoriser l’option d’un gouvernement technocratique dirigé par une femme : Meriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la CGEM. Une alternative audacieuse envisageable au-delà de la politique-fiction ?

Mohammed VI a achevé son long cycle de visites officielles en Afrique. Il devrait à son retour présider au lancement d’une vaste campagne de solidarité menée par la Fondation Mohammed V. Mais il est surtout attendu dans le contexte de l’impasse que connaît le processus de formation du gouvernement après six mois de tractations stériles entre le chef du gouvernement désigné, Abdelilah Benkirane, dont le parti est arrivé en tête des législatives d’octobre, et le patron du RNI avec lequel il a tenté une coalition improbable, qui s’est au final, soldée par un échec.


Benkirane a récemment lancé devant ses troupes toujours galvanisées : « Si Sa Majesté change d’avis, il n’y a pas de problème », relançant ainsi tous les pronostics quant à son éventuel renoncement. Il a dans ce sens encore une fois exclu toute entente autour de la participation de l’USFP et de l’UC au prochain Exécutif.


Dans ces conditions et face au niet du RNI de composer un gouvernement sur la base de la majorité sortante au motif « impérieux » –  dixit Akhannouch –  de la nécessité d’un ministère d’action et non de continuité, il ne reste au secrétaire général du PJD que de s’en remettre à un arbitrage royal, idée qui fait son chemin depuis novembre 2016.


Des scénarios classiques trop instables

Plusieurs scénarios ont été évoqués depuis le commencement de la crise. La plupart, dont celui de l’organisation d’un nouveau scrutin, sont à exclure. Ils mèneraient, au-delà d’une logique démocratique dont il faut préserver la mécanique, à un enlisement sans fin. Au cœur de l’Etat, la prise de risque est trop grande, qu’elle mène à un raz-de-marée islamiste ou à une confirmation de l’atomisation du champ politique. Pour résumer : la persévérance démocratique apporterait non seulement moins de gains immédiats, mais aussi plus d’incertitudes qu’une solution interventionniste.


Là où les hommes ont buté, une femme pourrait jouer un rôle de transition dans l’accalmie pensent certains : Meriem Bensalah-Chaqroun. Le scénario dont les salons parlent déjà, confine certes à de la politique-fiction, mais parfois les éventualités politiques les plus osées deviennent conformes à la réalité du moment. Contre cette idée, l’inexpérience de la « candidate » pourrait être opposée, mais sa mission première ne serait pas politique au sens le plus étroit du terme, mais inscrite dans un agenda pragmatique et déclaré à-priori évidemment transitoire.


Meriem Bensalah-Chaqroun et Abdelilah Benkirane. Un scénario de passage de témoin inédit. AIC PRESS


Les raisons objectives en faveur d’une « situation d’exception » ne manquent pas. La plupart des principales écuries partisanes, hormis bien entendu la Maison PJD, connaissent des mouvements tectoniques importants. L’USFP est au plus bas et ne sert plus que de parti d’appoint, l’Istiqlal est balkanisé et se cherche une renaissance dans un après-Chabat encore incertain, le PAM, cheval de Troie anti-PJD a montré ses limites et son leader parachuté, ses insuffisances criantes, le PPS s’est spécialisé dans un rôle de béquille…  Enfin, le RNI, appelé à la rescousse, commence à peine à se mobiliser pour former à terme un pôle rénové avec des alliés de circonstance que sont l’UC, voire le MP.


Un time out aux partis politiques 

Dans ces conditions exceptionnelles, Mohammed VI pourrait alors offrir un time out aux partis politiques et user, au regard de ses pouvoirs constitutionnels, de son rôle de garant de la continuité institutionnelle du pays. Son choix serait alors pris au-delà des contingences « arithmétiques » dont il a évoqué lui-même les limites, sinon l’inconsistance, dans son discours de Dakar et ne serait pas non plus considéré par le résultat des urnes, le RNI de Akhannouch n’ayant pas obtenu le score nécessaire pour légitimer son sacre.


Les tenants de cette thèse ne se retrouvent pas tous dans le camp anti-PJD, loin s’en faut. La plupart comparent simplement l’éventuelle nomination de Meriem Bensalah-Chaqroun à celle de Driss Jettou au sortir de l’Alternance. Un Exécutif de jonction en somme, qui aurait pour mission de maintenir le train de réformes économiques et sociales en attendant que la politique regagne ses droits.


En terme d’image, une telle nomination, inédite dans le monde arabe, serait acclamée au nom de l’encouragement de la femme, un des critères démocratiques d’ailleurs. Le contexte international sur ces questions y est propice et les grands idéaux nés des Printemps arabes souvent remisés au profit de la stabilité et du volontarisme en matière de développement. En Afrique, le roi en a d’ailleurs défendu la doctrine avec un certain succès.


Les critiques qui crieraient à un hold-up de la démocratie ou à un retour dommageable à l’ère anté-2011 seront rendues presque inaudibles. D’abord parce-qu’au fond la décision ne serait pas teintée d’autoritarisme au sens classique du principe. Ensuite, parce-qu’elle n’écornerait pas la Constitution dont l’interprétation est à géométrie variable. Enfin, parce-qu’elle désamorcerait sans doute la capacité de nuisance immédiate d’un PJD mis patiemment sur la touche, étant écarté sans qu’aucun autre parti ne lui soit finalement préféré. C’est aussi le caractère aussi inattendu qu’avant-gardiste d’une telle initiative qui prendrait le dessus sur tous les débats de chapelles. Un « coup d’audace royal » en quelque sorte pour sortir au plus vite du marasme.