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07.11.2016 à 01 H 37 • Mis à jour le 07.11.2016 à 01 H 37
Par
Edit royal

De retour, Mohammed VI compte directement peser sur les tractations gouvernementales

Le 30 octobre 2016, Abdelilah Benkirane recevait Aziz Akhannouch en vue de la formation du prochain gouvernement. Depuis, les sourires et les accolades ont donné lieu à une guerre larvée que le discours du roi est venu recadrer. AIC PRESS
Dans son discours du 6 novembre largement consacré à l’Afrique, le roi a annoncé sa prise en main directe de la genèse du prochain gouvernement avec un maître-mot : l’efficacité. Une vision technocratique, qui, à l’évidence renforce Aziz Akhannouch dans son bras de fer avec Abdelilah Benkirane

Au terme de sa tournée africaine qui l’a mené depuis le 18 octobre, au Rwanda, en Tanzanie et enfin au Sénégal, après un intermède privé au Gabon, le roi Mohammed VI a saisi l’opportunité du discours qu’il a prononcé depuis Dakar à l’occasion de la célébration du 41ème anniversaire de la Marche verte pour se focaliser à nouveau sur l’actualité politique intérieure du royaume.


Depuis son départ à l’étranger, les tractations menées par Abdelilah Benkirane pour former son nouveau gouvernement se sont peu à peu enlisées dans d’interminables conciliabules au point d’être reléguées au second plan de l’actualité notamment depuis l’émoi et la forte mobilisation populaire consécutives à la mort tragique de Mouhsine Fikri à Al Hoceima.


L’arrivée d’Akhannouch change la donne

Le retour tonitruant de Aziz Akhannouch à la tête du RNI a manifestement secoué les plan tracés jusqu’alors par les instances du PJD, qui fortes de leur alliance avec l’Istiqlal et le PPS avaient jusqu’alors envisagé les discussions avec le RNI, l’USFP, le MP et l’UC dans une optique de parachèvement d’un noyau formellement constitué à la base et ce avant le scrutin du 6 octobre. Le trinôme avait d’ailleurs ostensiblement marqué leur union par un discours critique à l’égard du PAM, et au-delà de ce qu’ils considèrent comme étant la main invisible de l’Etat profond. L’idée maitresse étant de raviver autour du PJD, la conception d’une coalition de partis héritière de la Koutla. En somme, mettre en opposition des partis ayant une consistance historique face à des formations à l’idéologie incertaine, voire préfabriquée.




« Le Maroc a besoin d’un gouvernement sérieux et responsable. Toutefois, la formation du prochain gouvernement ne doit pas être une affaire d’arithmétique, où il s’agit de satisfaire les desideratas de partis politiques et de constituer une majorité numérique, comme s’il était question de partager un butin électoral », a dit le roi, dans un passage du discours qui sonne comme un rappel à l’ordre adressé avant tout à celui qui mène depuis sa victoire du 6 octobre des consultations ardues avec les principales formations politiques. « Le gouvernement, c’est plutôt un programme clair et des priorités définies concernant les questions internes et externes (…) Un gouvernement apte à aplanir les difficultés héritées des années passées, concernant le respect des engagements du Maroc vis-à-vis de ses partenaires ».

 

Il s’agit là sans équivoque d’une référence aux chantiers stratégiques : la diplomatie, dont le Palais a repris la main dans ses dossiers les plus périlleux, (le Sahara à l’ONU, mais surtout avec l’Union Africaine, et auprès des instances européennes), les promesses données notamment au FMI pour corseter la politique budgétaire à l’horizon 2020, et enfin les plans de développement industriels concoctés sous l’égide personnelle du roi. Pas question donc pour Mohammed VI de permettre à Benkirane de concevoir un attelage de l’Exécutif autour d’un mercato de maroquins qui s’écarterait de cette ligne, appelant même le peuple à témoigner de l’urgence : « les Marocains attendent du prochain gouvernement qu’il soit à la hauteur de cette étape décisive », a-t-il signifié.


La logique technocratique reprend le dessus

La conception du roi est d’ordre technocratique : « Le gouvernement est une structuration efficace et harmonieuse qui s’adapte au programme et aux priorités. C’est un ensemble de compétences qualifiées, avec des attributions départementales bien définies », a-t-il prévenu. « Je veillerai, donc, à ce que la formation du prochain gouvernement se fasse conformément à ces critères et suivant une méthodologie rigoureuse. Et Je ne tolérerai aucune tentative de s’en écarter », a affirmé sans détours le souverain.


C’est dans ce contexte qu’il faut observer les tensions palpables entre Abdelilah Benkirane et Aziz Akhannouch. Avant même le résultat des urnes, la question lancinante qui agitait les observateurs de la scène politique était de savoir qui allait endosser l’habit du challenger à un Benkirane reconduit. Si le PAM, mené par Ilyas El Omari, a réussi à talonner le PJD, tout le monde s’accorde sur son insuffisance, depuis l’opposition, à contrer un gouvernement dont le façonnage reviendrait au seul PJD.


Les dernières passes d’arme entre Benkirane et Akhannouch par médias interposés ne sont que le prélude à cette sourde bataille qui est désormais menée au cœur du futur gouvernement. Le nouveau leader du RNI, dont on sait qu’il a l’oreille du roi, a pour mission première d’imposer l’éviction de l’Istiqlal et de son chef Hamid Chabat au profit de l’UC – son nouvel allié- et du MP.


La réaction ne s’est pas fait attendre. Dans les colonnes d’Akhbar Al Yaoum, Benkirane évoque déjà un « chantage inacceptable » de la part d’un ministre peu enclin à octroyer des aides directes aux couches nécessiteuses de la population, tandis que l’Istiqlal a déterré la hache de guerre dans ses organes de presse pour accuser le tout-puissant ministre de l’agriculture et de la pêche d’être politiquement responsable du bouillonnement rifain. Réponse immédiate du RNI par voie de communiqué et d’Akhannouch en personne dans la presse : le PJD et son allié l’Istiqlal jouent de concert sur la corde sensible du social pour endommager l’image du RNI et de son président par le biais d’accusations fallacieuses.


Le PJD et ses alliés de disposent que de 183 sièges, le pallier de majorité étant de 198. Reste alors l’USFP, « swinging party » qui a accordé son « accord de principe », encore réitéré dimanche par le Premier secrétaire Driss Lachgar dans Al Ittihad Al Ichtiraki. Juste avant le discours royal de Dakar…