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25.10.2017 à 23 H 39 • Mis à jour le 26.10.2017 à 01 H 33
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n°225.Limogeages : pourquoi des têtes ont roulé dans la sciure

Le séisme politique qui a frappé les hautes sphères de l’Etat pose plus de questions qu’il n’offre de réponses. Ce cloutage au pilori des damnés du Makhzen obéit manifestement à une logique politique : certains paient le prix de leur irrédentisme au Palais, quand d’autres profitent d’une indulgence à la hauteur de leur loyalisme. Peut-on encore parler dans ces conditions de reddition des comptes ?

Le Palais a décapité quatre ministres et marqué au fer rouge une palanquée de responsables dont la liste, toujours incomplète, anime les discussions de salons et donne lieu à autant de conjectures. La sanction royale est tombée alors que Nasser Zafzafi, leader du Hirak rifain venait de comparaître devant ses juges, mais les limogeages en rafale n’étaient pas au fond destinés à satisfaire la vindicte populaire. D’ailleurs, les réactions désabusées dans leur majorité s’interrogent davantage sur le sens du couperet.


Est-ce vraiment de reddition des comptes qu’il s’agit lorsque la punition paraît si sélective et scénarisée ?


Nabil Benabdallah paie le prix fort, lui et son parti, pour avoir bravé le pouvoir en s’alliant à Abdelilah Benkirane. Son départ était programmé depuis qu’il avait, davantage que ses anciens alliés islamistes, fustigé le tahakoum, en clair l’autoritarisme de cet insaisissable Etat profond que l’on a vu à pied d’œuvre tout au long de la crise rifaine. D’ailleurs, son départ et celui de ses deux autres collègues au gouvernement, paraissent comme une aubaine, le PPS ainsi annihilé pourrait même disparaître de l’échiquier politique, offrant pour nombre d’observateurs, une voie royale à un retour de l’Istiqlal au gouvernement avec un Nizar Baraka si makhzéno-compatible à sa tête.


On parie déjà sur les portefeuilles vacants que laisserait un PPS –  qui se retirerait de la coalition gouvernementale –  à l’Istiqlal à qui El Otmani confiera sans doute aussi celui à pourvoir des Affaires africaines.


A côté de cela, le sacrifice de Mohamed Hassad qui avait démarré sur les chapeaux de roue sa réforme de l’Education inquiète. Encore une fois, ce secteur vital et en déshérence depuis des années, paie les pots cassés d’une gouvernance erratique. Hassad que l’on disait déjà encarté au MP laisse derrière lui un champ de ruines.


Dévitalisés, l’USFP et le PAM, dont les cénacles ressemblent plus à un cirque, ne font que de la figuration, l’un pour avoir servi de coupe-gorge à Benkirane, l’autre en déconfiture malgré sa centaine de députés, dirigé par un leader sans cap, qui après avoir quitté la scène, est revenu dans des conditions folkloriques.


Des questions lancinantes subsistent encore et sont révélatrices du sens profond de ce rabattage de cartes forcé très loin d’une réponse efficace et ordonnée à la mal gouvernance qui mine le pays. D’autres charrettes sont annoncées d’ailleurs dans les rangs des hauts commis de l’Etat, où l’on cite comme du temps de Robespierre des noms à la volée dont celui du wali Mohamed Yacoubi, suzerain de Tanger. Mais c’est surtout l’indulgence accordée aux ministres du RNI, Aziz Akhannouch en tête, et son ordonnateur, Mohamed Boussaid, qui ont traversé l’orage sans encombres qui interroge. C’est pourtant, concernant le premier, l’affaire tragique du poissonnier d’Al Hoceima qui a déclenché la rébellion du Hirak, mettant en lumière de graves dysfonctionnements dans le secteur de la pêche artisanale et qui s’est soldée par la condamnation de quelques lampistes. C’est aussi des manquements en cascades pointés par le rapport Jettou à propos des affectations budgétaires relevant des Finances qui ont participé au sabordement du programme Manarat même si la région et le ministère de l’Intérieur en avaient la responsabilité partagée.


Le fait que la technocratie du RNI ait été ainsi épargnée donne du crédit aux tenants de la thèse de la « zone de confort » accordée aux adoubés du moment. Le parti de la colombe a scié consciencieusement la branche sur laquelle était assis le PJD de Benkirane et pris la place du PAM après que ce dernier ait mordu la poussière aux législatives. Le RNI et son chef en tirent manifestement une immunité qui met en doute la logique constitutionnelle de la reddition des comptes dont on veut habiller le carnage.


On dit souvent que l’histoire bégaie. Il y a 45 ans, l’affaire Pan Am avait permis à un Hassan II fragilisé par deux tentatives de coups d’Etat de se montrer intraitable face à la corruption supposée de certains de ses ministres avec les dérives que l’on connaît…