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31.03.2017 à 18 H 57 • Mis à jour le 31.03.2017 à 18 H 57
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n°117.Pourquoi la voix de l’Algérie était inaudible au Sommet arabe de Amman

Bouteflika, atteint d’un AVC en avril 2013, ne se déplace à l’étranger que pour des soins médicaux ou des contrôles de santé. L’absence prolongée du chef de l’État, constitutionnellement chargé de mener la politique extérieure du pays, commence à peser lourdement sur l’action diplomatique de l’Algérie et sur son influence tant dans la région arabe, qu’en Afrique ou en Méditerranée

La voix de l’Algérie était presque inaudible au 28e sommet arabe, qui s’est tenu en Jordanie, mercredi 29 mars. Le président du Conseil de la Nation Abdelkader Bensalah a représenté l’Algérie au nom du président Abdelaziz Bouteflika.


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Depuis au moins cinq ans, le chef de l’État ne se déplace plus à l’étranger pour assister à des sommets, des rencontres ou des congrès internationaux. Il se fait représenter soit par Abdelkader Bensalah, en tant que deuxième personnage de l’État, soit, par Larbi Ould Khelifa, président de l’APN, ou par Abdelmalek Sellal, Premier ministre.


Le choix des représentants du chef de l’État se fait souvent selon l’importance et la teneur de la manifestation internationale. Le sommet arabe de Charm Cheikh en Égypte, en 2011, était le dernier auquel le président Bouteflika avait assisté.


En 2012, Bensalah a représenté le président de la République au 23e sommet arabe qui s’est tenu à Bagdad. La dernière activité internationale du président Bouteflika remonte à janvier 2012 lorsqu’il avait assisté à Tunis, au premier anniversaire de la révolution de Jasmin qui a mis fin au régime de Zine Al Abidine Ben Ali.


Bouteflika, atteint d’un AVC en avril 2013, ne se déplace à l’étranger que pour des soins médicaux ou des contrôles de santé. L’absence prolongée du chef de l’État, constitutionnellement chargé de mener la politique extérieure du pays, commence à peser lourdement sur l’action diplomatique de l’Algérie et sur son influence tant dans la région arabe, qu’en Afrique ou en Méditerranée.


On ne retient presque rien de la participation de l’Algérie au Sommet de Jordanie, sauf l’appel lancé par Abdelkader Messahel, ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des États arabes, pour la réforme de la Ligue arabe. « Nous voulons des réformes profondes et globales sur l’action de la Ligue arabe afin de pallier les lacunes que connait l’organisation et suivre les développements de la situation qui prévaut dans le monde arabe  », a soutenu Messahel. 


Un appel « hors contexte »

Le monde arabe est déchiré par la guerre civile en Syrie, le chaos en Libye, l’instabilité en Somalie et au Soudan. Cette situation laisse peu de place à un éventuel projet de réforme de l’organisation panarabe. En tous cas, l’Algérie n’a eu le soutien que de la Mauritanie pour « réformer la Ligue arabe ». La déclaration finale (Déclaration d’Amman) du sommet de Jordanie a ignoré cette question.


Les grands médias arabes ont à peine évoqué l’intervention de Abdelkader Benshalah axée sur « la stratégie algérienne » en matière de lutte contre le terrorisme. Un discours déjà prononcé lors des trois derniers sommets arabes. La diplomatie algérienne a-t-elle un problème avec ses éléments de langage ? Est-elle en panne d’idées ? Craint-elle de défendre des positions fortes ? Dans son allocution, Abdelkader Bensalah a évoqué les législatives du 4 mai 2017 et « les réalisations accomplies en matière de consolidation du processus démocratique en Algérie ».


Le président de la Chambre haute du Parlement, dont le rôle politique en Algérie reste à définir, a même parlé de la Haute instance indépendante de surveillance des élections (HIESE) ! Mais quel est l’intérêt d’évoquer des questions de politique interne dans un forum supposé discuter de problèmes internationaux stratégiques ?  S’agit-il de montrer la voie des réformes à l’algérienne aux pays arabes ?


En Jordanie, l’Algérie a clairement échoué à imposer le dossier libyen et les solutions qu’elle préconise pour instaurer le paix dans ce pays  aux chefs d’États et de gouvernements arabes.


Alger déploie beaucoup d’efforts pour régler la crise libyenne par les moyens politiques mais elle n’a pas réussi à obtenir une adhésion arabe ferme. La déclaration finale s’est contentée de souligner le soutien à la stabilité et au dialogue politiques en Libye comme préconisé par les Nations unies.


L’influence du Caire et de Riyad est visible sur cette formule neutre, comme si le problème libyen n’était pas aussi important que celui de l’Irak ou de la Syrie.


L’Algérie n’a pas pu aussi remettre sur la table la question du retour de la Syrie en tant que membre à part entière de la Ligue arabe. La Syrie, en tant qu’État, toujours reconnu par l’ONU, est suspendue par la Ligue arabe depuis 2011. La Syrie ne semble plus être un sujet de préoccupation pour la diplomatie algérienne autant que le Yémen, ancien allié de l’Algérie dans ce qui était appelé « Le front du refus ».


Abdelkader Bensalah s’est entretenu avec le président du Yémen Abdrabbo Mansour Hadi. Il s’est contenté de dire que l’Algérie est favorable à « un dialogue inclusif entre toutes les parties » et plaide pour « un rapprochement de points de vue pour préserver l’unité du Yémen ». Une position de principe, c’est tout.


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L’Iran ciblé par la Déclaration d’Amman

Le Yémen vit une véritable crise humanitaire après l’intervention militaire de l’Arabie saoudite avec une coalition arabe pour tenter de chasser les milices Houthis, considérés par Ryad comme des pro iraniens.


L’Iran est, d’ailleurs, clairement ciblé par la Déclaration d’Amman où l’on dénonce les « ingérences extérieures dans les affaires intérieures des pays arabes, les tentatives de déstabilisation et de provocation de luttes confessionnelles ».  


La déclaration appelle à une politique de bon voisinage suggérant, entre les lignes, que l’Iran est « un État agressif ». Où est donc passé la position algérienne, traditionnellement conciliante avec l’Iran ?


L’influence saoudienne sur le sommet de Jordanie est claire. Mieux, l’axe Ryad-Le Caire s’est reconstitué fortement après de grosses manœuvres menées par les États-Unis qui rêvent toujours d’un « bloc sunnite », puissamment armé de préférence, pour contrer l’Iran chiite.


L’administration de Donald Trump, comme les précédentes, considère l’Iran comme « l’ennemi suprême » des États-Unis. L’Égypte et l’Arabie saoudite vont donc, après le sommet de Jordanie, imposer la marche à suivre dans le monde arabe en faisant oublier, autant que faire se peut, les crises en Syrie, prise en charge par la communauté internationale, en Somalie, livrée à son sort, en Irak, tombé dans une routine faite de violences quotidiennes, et en Libye.


D’ailleurs, le prochain sommet arabe aura lieu en Arabie saoudite. Malgré son potentiel diplomatique, ses bons rapports avec tous les pays arabes et les pays du voisinage arabe, l’Algérie semble être déclassée parce que faiblement représentée à l’international et parce qu’elle n’arrive pas à tisser de nouvelles alliances dans la région après l’effondrement de ses anciens puissants alliés, la Syrie et la Libye.


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