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26.09.2017 à 23 H 58 • Mis à jour le 26.09.2017 à 23 H 58
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n°210.Pourquoi le Polisario joue son avenir diplomatique en Amérique Latine

Khadijatou El Mokhtar, émissaire de Brahim Ghali, le chef du Polisario en Amérique Latine est en passe de perdre sa "bataille de l'aéroport" au Pérou. Son cas fera en quelque sorte jurisprudence dans d'autres pays du sous-continent, la seule région au monde, avec l'Afrique, où le Front Polisario bénéficie encore de solides soutiens

Le Front Polisario joue son futur diplomatique à l’aéroport Jorge Chávez de Lima, où son « ambassadeur », Khadijatou El Mokhtar, bataille depuis 17 jours avec les autorités péruviennes qui peuvent marquer le sort du mouvement séparatiste en Amérique Latine.


El Mokhtar, résidente à Madrid et de nationalité espagnole, est arrivé à Lima le 9 septembre et les autorités péruviennes ne l’ont pas admise dans le pays, affirmant qu’au cours d’un séjour antérieur, elle avait « violé les conditions migratoires » pour être entrée en tant que touriste et a engagé « diverses activités de nature politique », a expliqué jeudi le ministère péruvien de l’Intérieur.


Les autorités péruviennes en charge de la migration ont ensuite offert à El Mokhtar un billet retour gratuit à Madrid qu’elle a refusé, et lui a ensuite donné le droit d’entrer dans le pays « avec l’engagement express de réaliser uniquement des activités touristiques ». Maintenant, son cas rappelle celui de Tom Hanks dans « Le Terminal », avait souligné Le Desk.


El Mokhtar est l’un des « ambassadeurs » itinérants de la « République démocratique arabe sahraouie (RASD) » en Amérique latine dans les pays où il n’y a pas de représentation stable de la « RASD », pour maintenir des contacts permanents avec des groupes politiques, presque toujours des partis, et des journalistes acquis à sa cause.


À l’instar de ses collègues, El Mokhtar ne peut utiliser son passeport diplomatique de la « RASD » que dans les pays qui la reconnaissent (Mexique, Uruguay, Panama et les pays de l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), tandis que dans d’autres, elle utilise son passeport espagnol qui l’oblige théoriquement de se résoudre à un statut de touriste.


La défaite d’El Mokhtar sonnera-t-elle le glas du Polisario ?

C’est le cas du Pérou, mais aussi du Brésil, de l’Argentine, du Chili ou de la Colombie, des pays qui n’ont jamais reconnu la « RASD » ou, à un moment donné, ont suspendu leur reconnaissance (cas du Pérou en 1996) ou gelés (cas de la Colombie en 2001).


Seuls le Mexique et des pays de l’alliance bolivarienne soutiennent aujourd’hui ouvertement le Polisario sur le continent. Mais la relation n’est plus exclusive. Certains soutiens historiques du mouvement séparatiste souhaitent désormais développer leurs relations économiques et commerciales avec Rabat, tout en maintenant des liens avec Tindouf. (Situation à septembre 2016). MOHAMED DRISSI KAMILI / LE DESK


Si, finalement, la représentante de Brahim Ghali perd la bataille de l’aéroport, ce qui semble être manifestement le cas, elle fera en quelque sorte jurisprudence dans d’autres pays d’Amérique latine, la seule région au monde, avec l’Afrique, où le Front Polisario bénéficie de solides soutiens.


Dans presque tous les pays du continent, il existe des « groupes d’amitié avec le Sahara » qui reçoivent les représentants du Polisario et les accompagnent dans leurs activités politiques, mais contre eux le Maroc, ennemi éternel du Polisario, ne chôme pas, et a mené à la création de 26 groupes d’amitié parlementaires avec tant de pays d’Amérique latine.


Le Maroc, qui est traditionnellement en retard sur le lobbying en Amérique latine, a été pris plus au sérieux ces dernières années, selon l’analyse de plusieurs diplomates latino-américains à Rabat.


Dans une région du monde avec presque aucun intérêt partagé avec le Maroc, les visites de parlementaires et d’autres responsables institutionnels à Rabat consistent systématiquement en des leçons approfondies sur la souveraineté marocaine au Sahara, selon des témoignages recueillis par EFE auprès de plusieurs délégations.


L’offensive de charme du Maroc 

Mais en marge de la diplomatie officielle, il y a aussi le divertissement au Maroc, et il est habituel que ces délégations aient prolongé les invitations aux week-ends de loisirs à Marrakech ou à des croisières de luxe comme celle dont ont profité à Dakhla et Casablanca les congressistes péruviens Rolando Reátegui et Juan Carlos del Águila avec leurs familles, en mars dernier.


Ce n’est pas par hasard que Reátegui, qui préside le Groupe d’amitié maroco-péruvien, a été l’un des principaux contradicteurs de Khadijatou El Mokhtar dans son pays et à ses côtés, la majorité du Congrès.


Au Pérou, comme dans le reste du continent, la gauche est la plus proche des thèses du Polisario, tandis que la droite est la plus proche de la realpolitik que représente le Maroc. Rabat semble l’avoir compris et entretient ses amis latino-américains.


Et en parallèle, et cela est nouveau, il met le pied dans les pays qui étaient autrefois des bastions du Polisario, comme cela s’est produit avec le rétablissement des relations diplomatiques avec Cuba : parce qu’ils veulent aussi se faire de nouveaux amis…