Senior Vice President et Group Country Manager pour la région Afrique du Nord, Levant et Pakistan chez Visa, cette femme occupée ne se contente pas de faire croître le réseau de paiement dans sa région. Elle porte une vision ambitieuse : celle d'un écosystème financier digital inclusif, où chaque Marocain, du petit commerçant au dirigeant d'entreprise, peut accéder aux opportunités de l'économie numérique.
Un acteur engagé dans l'écosystème marocain
Au-delà de son statut de réseau de paiement mondial, Visa se positionne aujourd'hui comme un partenaire stratégique du Maroc dans sa transformation digitale.
L'entreprise, présente dans le Royaume depuis près de vingt ans, travaille étroitement avec les institutions publiques pour soutenir les priorités nationales. Cette collaboration se traduit par des initiatives concrètes qui touchent l'ensemble de l'écosystème économique marocain.
La digitalisation des paiements représente un outil efficace permettant aux commerçants de renforcer leur rôle vital et de moderniser leur activité. Le partenariat signé avec le ministère de l'Industrie et du Commerce illustre parfaitement cette approche. Ce mémorandum d'entente vise à accélérer la digitalisation du secteur du commerce et de la distribution, en mobilisant l'expertise de Visa, leader mondial des paiements numériques.
Pour Visa, l'enjeu est de taille : les TPE représentent plus de 90 % des entreprises marocaines et contribuent à hauteur de 20 % au PIB national. C'est pourquoi l'entreprise multiplie les programmes pour intégrer davantage de Marocains dans l'économie numérique, en particulier les PME et les jeunes.
Des solutions concrètes pour les acteurs économiques
La stratégie de Visa repose sur des partenariats multiples avec des acteurs locaux. Avec Al Barid Bank, l'entreprise propose la carte Visa Business, conçue pour optimiser la gestion financière des professionnels et offrir des avantages exclusifs, même dans les zones reculées. Les collaborations avec des fintechs comme Chari et Woliz visent quant à elles à digitaliser les paiements dans les petites épiceries et l'économie informelle, remplaçant progressivement le cash.
Des caravanes de sensibilisation, organisées avec le ministère de l'Industrie, parcourent le pays pour éduquer les commerçants sur les avantages concrets des paiements numériques. Car les bénéfices sont tangibles : selon une étude récente menée par Visa, 70 % des commerçants constatent une augmentation de leur chiffre d'affaires après avoir adopté les paiements digitaux, et 64 % observent une hausse du trafic client.
Les jeunes ne sont pas oubliés dans cette transformation. Le « Pass Jeunes », développé avec le ministère de la Jeunesse et Al Barid Bank, offre aux 16-30 ans des services financiers préférentiels, des réductions et des avantages culturels et sportifs, facilitant ainsi leur inclusion financière.
Visa mise également sur l'innovation technologique, notamment l'intelligence artificielle. Le Visa Fintech Day 2025 explore comment l'IA peut combler les lacunes d'accès aux services financiers au Maroc, dans une approche conforme à la définition de l'inclusion financière de la Banque Mondiale : rendre les services financiers accessibles, utiles et abordables pour tous.
Surmonter les freins à l'adoption
Malgré un potentiel immense, le Maroc reste largement dominé par le cash, qui représente encore 63 % des transactions. Un paradoxe particulièrement marqué dans le B2B : seuls 1 à 2 % sont effectués par voie électronique, la majorité passant encore par chèque, virement ou espèces.
Visa a identifié trois freins principaux à la digitalisation chez les petits commerçants. D'abord, la perception du coût : les commerçants surestiment souvent les frais de transaction, qui sont en réalité plus bas et largement compensés par l'augmentation du chiffre d'affaires. Ensuite, la logistique : la lourdeur perçue du processus pour s'équiper d'un terminal de paiement. Enfin, l'écosystème du cash lui-même : de nombreux petits commerçants dépendent des liquidités pour payer leurs propres fournisseurs, qui n'acceptent que le cash. La solution réside donc dans la digitalisation de l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.
Pour adresser ces défis, Visa ne se contente pas de promouvoir l'acceptation des cartes. L'entreprise propose des solutions innovantes comme le « Tap to Phone », qui permet à un smartphone de fonctionner comme un terminal de paiement, éliminant ainsi le besoin d'infrastructure supplémentaire. Elle offre également des outils de gestion intégrés pour les entreprises, tels que des solutions de monitoring et de réconciliation pour la gestion de flottes de cartes professionnelles.
Les cartes Purchase, destinées aux directions d'achats pour régler fournitures et factures courantes, et les cartes Corporate, pour faciliter la gestion des frais professionnels des collaborateurs en déplacement, restent encore largement sous-utilisées au Maroc. Chez Visa Maroc même, chaque employé dispose d'une carte corporate avec une application mobile centralisant toutes les dépenses professionnelles, un gain de temps considérable que l'entreprise souhaite voir adopté plus largement.
La sécurité au cœur de la confiance
Si 76 % des Marocains font confiance aux paiements digitaux selon l'étude « Stay Secure » de Visa, 44 % ont néanmoins été victimes d'une tentative d'escroquerie l'année dernière. La sécurité constitue donc un pilier central de la stratégie de l'entreprise, d'autant plus que la cybercriminalité représente une menace croissante, avec plus de 10 000 milliards de dollars de pertes prévues à l'échelle mondiale dues aux cyberattaques.
Pour rassurer consommateurs et commerçants, Visa s'appuie massivement sur l'intelligence artificielle. L'entreprise a investi plus de 12 milliards de dollars (MM $) dans son infrastructure technologique au cours des 5 dernières années. Chaque transaction est analysée en temps réel à travers plus de 500 points de données pour évaluer le risque de fraude, permettant d'éviter plus de 40 MM $ de fraude à l'échelle mondiale.
L'offre de Visa s'est considérablement élargie : au-delà du contrôle des transactions Visa, l'entreprise protège désormais tous les types de paiements par carte, sécurise les paiements de compte à compte et propose une offre complète de cybersécurité. Un accord récent avec SWAM (Switch Al Maghrib) permet à Visa d'étendre ses solutions de protection au traitement des transactions nationales, renforçant la capacité du pays à faire face à l'évolution des fraudes.
La bonne nouvelle : le taux de fraude réel au Maroc figure parmi les plus bas de la région, et les utilisateurs deviennent de plus en plus avertis. Par ailleurs, 56 % des commerçants affirment que leur crainte de la fraude par carte a diminué avec le temps, témoignant d'une confiance croissante dans les solutions digitales.
Les grands événements sportifs comme catalyseurs
La Coupe d'Afrique des Nations 2025, que le Maroc accueille actuellement, représente bien plus qu'un simple événement sportif pour Visa. C'est un puissant catalyseur pour l'accélération de l'adoption des paiements digitaux, et une répétition générale avant la Coupe du Monde 2030.
En tant que sponsor d'événements sportifs majeurs à l'échelle mondiale, Visa profite de la CAN pour introduire ses dernières innovations technologiques et créer une expérience de paiement « frictionless » – sans friction – pour les visiteurs internationaux et les citoyens marocains. L'afflux massif de visiteurs et le volume important de transactions permettent de tester et d'ancrer de nouveaux usages de paiement dans des conditions réelles.
L'événement a déjà un effet d'accélération sur de nombreux projets d'infrastructure, en collaboration avec les banques partenaires. Cela inclut le déploiement de nouvelles technologies de cartes, la tokenisation, et l'extension des solutions d'acceptation innovantes. L'approche de Visa consiste à analyser l'ensemble du parcours des supporters pour s'assurer que chaque point de contact, du transport à l'accès au stade, offre une expérience fluide et sécurisée.
La CAN 2025 est ainsi considérée comme un « laboratoire à ciel ouvert » pour tester et affiner ces technologies. L'héritage durable que Visa espère laisser au Maroc va bien au-delà de l'effervescence de la compétition : il s'agit de moderniser durablement les infrastructures de paiement et de transformer les habitudes de consommation des Marocains, créant ainsi un écosystème digital robuste qui bénéficiera au pays longtemps après le coup de sifflet final.
Une transformation déjà en marche
Le marché marocain est en pleine mutation. Depuis l'introduction des cartes à puce au début des années 2000, la confiance des consommateurs n'a cessé de croître. L'arrivée du e-commerce a constitué un deuxième palier d'adoption, suivi par le paiement sans contact, aujourd'hui utilisé pour deux tiers des transactions. Comme le constate Visa, le « contactless » est devenu la norme, et l'adoption par les consommateurs marocains est quasi immédiate.
Les solutions tokenisées, intégrant Apple Pay, Google Pay ou des alternatives propriétaires des banques, permettent de sécuriser les transactions tout en simplifiant l'expérience utilisateur : un simple double-clic sur le téléphone ou la montre suffit désormais pour payer. Cette technologie réduit quasiment à zéro le risque de fraude en générant des tokens uniques utilisables uniquement sur l'appareil et la plateforme ciblés.
L'étape suivante se prépare pour le e-commerce : au lieu de saisir manuellement les informations de carte et les codes de vérification, les consommateurs pourront finaliser leurs paiements en quelques clics. Cette expérience, déjà testée sur de nombreux marchés internationaux, sera déployée progressivement au Maroc dans les 12 à 18 prochains mois.
Une étude inédite menée par Visa en partenariat avec le ministère de l'Industrie et du Commerce révèle que le marché marocain est mature et prêt pour cette transformation digitale approfondie. Réalisée auprès de 260 entreprises à Casablanca, Rabat et Marrakech, elle montre que 60 % des sondés utilisent déjà les paiements digitaux depuis plus de trois ans, et que les deux tiers préfèrent largement l'expérience digitale au cash, notamment pour son impact positif sur les revenus et la gestion de trésorerie.
Le gisement d'entreprises pouvant être adressées rapidement pour accepter les paiements numériques reste néanmoins très vaste : selon Visa et le ministère de l'Industrie et du Commerce, il est estimé à 1,2 million d'entreprises et de commerces. Un potentiel immense qui, s'il est exploité, pourrait avoir un impact macroéconomique majeur.
Selon les données de la Banque Mondiale citées dans l'étude, la digitalisation des paiements pourrait contribuer à augmenter le PIB de certains pays africains de 3 à 5 % sur une période de cinq à dix ans, tandis que la productivité dans les services augmenterait de 10 % à 15 %. Une hausse de 5 % par an des paiements digitaux sur cinq ans pourrait même réduire l'économie informelle de 11 % à 13 %.
Une transformation globale nécessaire
La vision de Visa ne se limite pas au paiement lui-même. L'entreprise observe une véritable révolution dans les habitudes de consommation mondiales, alimentée par plusieurs facteurs convergents. D'abord, les consommateurs sont désormais connectés en permanence à leur téléphone portable, et plus de 70 % des transactions de commerce électronique s'effectuent via mobile.
Ensuite, la révolution technologique, principalement alimentée par l'intelligence artificielle, influence désormais la manière dont les consommateurs découvrent les produits, décident de leurs achats et effectuent leurs paiements. Enfin, les gouvernements s'impliquent davantage dans de nombreux pays, conscients qu'ils peuvent jouer un rôle actif dans la modernisation économique.
Cette transformation exige une modernisation complète des infrastructures bancaires. De nombreuses institutions financières fonctionnent encore avec des systèmes obsolètes, vieux de 30 à 50 ans, qui entravent leur capacité d'innovation. Visa collabore étroitement avec les banques pour leur fournir des capacités de traitement pour leurs systèmes bancaires centraux, ainsi que des solutions digitales permettant d'offrir de nouvelles expériences aux consommateurs.
Les commerçants, eux aussi, doivent s'adapter. Les consommateurs souhaitent désormais commencer leur parcours d'achat en magasin, le poursuivre en ligne et le finaliser sur mobile, dans une expérience parfaitement fluide. C'est pourquoi Visa investit massivement pour accompagner directement les commerçants et les acquéreurs, en leur proposant des plateformes d'acceptation et des outils numériques pour faciliter le commerce en ligne.
Mais accepter les paiements n'est que le point de départ. La véritable opportunité réside dans la transformation de ces interactions en relations durables. Les consommateurs sont de plus en plus exigeants et réclament des expériences personnalisées. Visa aide ses clients à progresser dans ce domaine en proposant l'enrichissement des données, des plateformes de fidélisation et, dans certains cas, des programmes complets de bout en bout pour commercialiser rapidement ce type de personnalisation.
Le terrain est aujourd'hui plus que propice pour accélérer la généralisation des paiements numériques au Maroc. Le momentum exceptionnel que connaît l'activité touristique, l'évolution de l'écosystème local, les innovations technologiques et l'organisation d'événements mondiaux majeurs créent un contexte favorable. La digitalisation des paiements permettra, au-delà de la facilitation des transactions, d'instaurer une dynamique économique vertueuse qui accroîtra naturellement les revenus des commerçants et des TPE.
Pour Leila Serhan et Visa, le message est cristallin : le paiement digital n'est pas qu'un outil technologique, c'est le moteur du commerce moderne et un vecteur d'inclusion économique. Avec un écosystème mature, des partenariats solides et une vision à long terme, le Maroc dispose de tous les atouts pour réussir sa transformation digitale et devenir un hub leader pour la retail tech à l'échelle régionale.
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