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07.05.2017 à 11 H 29 • Mis à jour le 07.05.2017 à 17 H 41
Par et
Contestation

Al Hoceima : un concert de casseroles pour maintenir la pression sur l’Etat

Al Hoceima au soir du 30 octobre, début de la vague de contestation. FADEL SENNA / AFP
Une nouvelle manifestation au rythme de casseroles qui tintent a été organisée le 6 mai au soir dans le centre de la cité frondeuse d’Al Hoceima par le « Mouvement populaire ». Ses partisans, harangués par la figure de proue de la contestation, Nasser Zafzafi et dont le nombre n’a pas été formellement établi, entendent maintenir la pression sur les autorités

La mobilisation ne semble pas diminuer d’intensité à Al Hoceima. Une centaine de manifestants composant une foule bigarrée, ont réinvesti les rues au soir du 6 mai pour demander « dignité, liberté et équité sociale et économique  », précise Telquel.ma, sur le témoignage de son envoyé spécial, tandis que des médias locaux, dont Rif Online les comptaient par milliers. Un chiffrage entériné par l’AFP.


Alors que jusqu’ici, ces sorties nocturnes se faisaient à la bougie et dans un calme relatif, les partisans, les partisans du “Mouvement populaire” , organisation de coordination de la contestation ont opté pour un concert de casseroles, comme le montrent de nombreuses vidéos postées dans la nuit de samedi à dimanche.


Frappant bruyamment sur des casseroles et autres ustensiles de cuisine, des petits groupes se sont formés en début de soirée dans des rues du centre-ville, devant des cafés ou des commerces, avant d’entamer une marche dans la ville, et de se rassembler sur l’une de ses places, a constaté l’AFP.


Les protestataires ont dénoncé « l’État corrompu » et scandé des slogans comme « Non à la militarisation », « Non à l’humiliation », ou encore « Nous sommes tous Nasser », en référence à Nasser Zafzafi, le leader de ce mouvement, qui a lui-même ensuite longuement harangué la foule. Le rassemblement s’est déroulé sans aucun incident, alors que la police est restée très discrète.



« Nous ne sommes pas des séparatistes ! », affirmait quelques temps plus tôt, Nasser Zafzafi, alors que la contestation populaire secoue depuis plusieurs mois la région du Rif.


« Nos revendications sont économiques et sociales, il n’a jamais été question de la création d’un Etat indépendant », avait déclaré l’avant-veille à l’AFP Zafzafi dans sa ville d’Al Hoceima épicentre du mouvement né fin octobre 2017 de l’indignation provoquée par la mort de Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson, broyé dans une benne à ordure.


Nasser Zafzafi. photo FACEBOOK


« Après avoir échoué à nous affaiblir, l’Etat du makhzen (l’Etat central, le pouvoir, ndlr) a sorti cette carte », tranche ce chômeur de 39 ans, devenu le visage d’une contestation qui fait désormais tâche d’huile dans toute la province.


Dans le modeste salon familial, sous le portrait d’Abdelkrim el-Khattabi, vainqueur du colonisateur espagnol et fondateur de l’éphémère république du Rif en 1922, Zafzafi venait de tenir une nouvelle « conférence de presse », une longue tirade en tarifit (berbère rifain) diffusée en direct sur les réseaux sociaux.


Lire aussi : Que veut Nasser Zafzafi, l’activiste qui mène la contestation rifaine ?


« Ils nous ont incité à émigrer vers l’Europe, ils tentent de monter les habitants contre nous, ils nous accusent d’être trafiquants de drogue ou des pions de l’Algérie. Aujourd’hui, ils disent que nous recevons de l’argent de l’étranger. S’il y a des preuves, qu’ils les sortent ! », a lancé en forme de défi Zafzafi.


« Depuis six mois, nos revendications sont claires, légitimes, dans le cadre de la loi : bâtir des hôpitaux, des universités, des infrastructures, lutter contre les lobbys de l’immobilier, combattre la mafia du port de pêche…  », a-t-il énuméré.


Un homme crie sa colère, le 4 novembre 2016 à Al Hoceima. SEBASTIAN CASTELIER / LE DESK


« Nous sommes des fils de pauvres, des gens simples sortis dans la rue pour dire non à la tyrannie. Nous ne demandons rien d’exceptionnel, juste la réhabilitation de notre région aujourd’hui complètement sinistrée ».


« Dictature », « tyrannie », « répression »…  ces mots reviennent en boucle dans la bouche de Zafzafi et des jeunes qui l’entourent.


Comme un leitmotiv, les militants dénoncent la « militarisation » de la région. D’abord en référence à la forte présence policière, ensuite pour exiger le retrait formel d’un décret royal de 1958 proclamant Al Hoceima zone militaire, dont l’administration ne cesse pourtant d’assurer de son côté qu’il a été annulé en 1959.


Un enfant tient une bougie en dessous d'un portrait en hommage à Mouhcine Fikri, le 4 novembre 2016. Le décès de Mouhcine Fikri, 31 ans, broyé par une benne à ordures le 28 octobre 2016, a provoqué une vague d'émotion sans précédent au Maroc. SEBASTIAN CASTELIER / LE DESK


La défiance est totale envers les autorités, qui « tentent de faire croire qu’elles dialoguent avec les habitants », comme les élus locaux, « corrompus et en qui nous n’avons plus aucune confiance », affirme à l’envi Nasser Zafzafi, déplorant « qu’aucun dialogue n’a été engagé directement avec la mouvance populaire ».


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Al Hoceima, dont le gouverneur a été limogé fin mars, a fait l’objet de nombreuses visites ministérielles ces derniers mois, alors que l’Etat annonce l’accélération des projets de développement pour la région.


« Nous voulons des garanties noir sur blanc, des documents signés où l’Etat s’engage formellement à créer des usines, des écoles…  pour le Rif et la province », insiste toujours Zafzafi : « L’Etat a essayé de gagner du temps. Mais le temps joue en notre faveur », sourit-il, prédisant pour bientôt « une marche d’un million de personnes ».