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13.12.2021 à 08 H 07 • Mis à jour le 13.12.2021 à 08 H 09
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Diplomatie

L’Espagne en voie de finaliser son nouveau modèle de gestion de Ceuta et Melilla

La frontière entre le Maroc et l’Espagne, à Ceuta, le 20 mai 2021. Crédit: AFP
Fermées depuis 2019, les frontières avec les deux enclaves espagnoles revendiquées par le Maroc sont au centre des préoccupations de Madrid reprochant à Rabat d'étouffer les deux villes. Afin de sortir de l'impasse, un nouveau modèle pour Ceuta (Sebta) et Melilla serait actuellement en phase de finalisation au sein de l'Exécutif espagnol, faisant suite au plan de sauvetage déjà commandé en juin dernier. Les détails

D’après des informations rapportées par la presse espagnole, ce lundi, le gouvernement espagnol est actuellement en train de préparer son nouveau modèle de gestion des deux enclaves Ceuta (Sebta) et Melilla, apprend-on auprès d’El Pais. Pour cela, une commission interministérielle a d’ores et déjà été créée, indique le média ibérique, précisant qu’elle représente au moins six ministères : le département de la Présidence, de la Politique territoriale, de l’Intérieur, des Affaires étrangères, des Finances, de la Santé et des services secrets du CNI.


Un autre plan avait déjà été commandé par la présidence du gouvernement espagnol en juin dernier, insistant sur la situation des deux enclaves « asphyxiées » par le Maroc et dressant les premières lignes d’un projet devant être déployé.


Le plan en cours de gestation au sein du gouvernement espagnol suppose que Rabat n’ouvrira ses frontières que vers le deuxième trimestre de 2022. Citant des sources gouvernementales, El Pais affirme que l’Espagne prépare son plan sans faire fi des décisions prises par le Maroc, maintenant une stratégie de pression économique et d’étouffement des deux cités autonomes. Des terminologies déjà utilisées par les responsables locaux ayant tiré la sonnette d’alarme.


Fermées depuis le 14 mars 2020, les frontières devraient accueillir un nouveau plan de sauvetage socio-économique devant mettre fin à la contrebande tolérée qui ne sera plus de retour, assure-t-on. Cette contrebande avait, pour rappel, été mise à l’arrêt dès octobre 2019 à Ceuta sur décision du Maroc. Une suspension, temporaire dans un premier temps mais finalement rendue définitive par la pandémie, qui a poussé l’Espagne à chercher de nouveaux modèles afin de garantir le développement des deux enclaves, revendiquées par le Maroc.


Le journal espagnol, dans sa livraison de ce 13 décembre, relève les principales mesures soutenues par Madrid, tout en mentionnant les points forts comme les points faibles : on liste notamment l’installation de douanes commerciales, une formule privilégiée afin d’installer un cadre légal au transit des marchandises. Un commerce qui devrait concerner des produits fabriqués en Espagne mais aussi des produits frais marocains, notamment le poisson et les légumes, peut-on lire. Pour le gouvernement espagnol, il s’agira par la suite de convaincre le Maroc que l’installation de ces douanes n’affecte en rien sa revendication territoriales. Des négociations qu’on juge déjà de peu prometteuses, selon des sources gouvernementales espagnoles.


« La construction, par le Maroc, de zones commerciales à proximité des deux villes espagnoles témoigne de la volonté de mettre fin au rôle que ces dernières jouaient en tant qu’intermédiaires dans l’importation de marchandises pour les régions marocaines voisines », indique El Pais.


Pour rappel, comme nous le rapportions précédemment, la presse espagnole révélait que Madrid voyait mal l’installation de nouvelles zones commerciales dans les villes du nord du Maroc, à l’image du projet d’outlet situé entre Tétouan et M’diq, une étape de plus dans la substitution du commerce atypique avec l’enclave espagnole de Ceuta.


Dans le cas où Rabat refuserait cette option, on avance une autre solution pouvant assurer le développement de Ceuta et Melilla : un changement de modèle économique, ignorant l’environnement terrestre des enclaves et les considérant comme étant des îles. Dans cette situation, l’Espagne souhaiterait orienter l’économie des enclaves, profitant de leur régime fiscal, pour abriter les entreprises de nouvelles technologies et startup. Une option cependant sur laquelle on émet des réserves, eu égard à la réglementation européenne en matière fiscale.


Les liens avec l’Union européenne (UE) sont aussi abordés par le journal ibérique, rappelant que l’une des décisions les plus délicates à prendre serait de demander l’entrée de Ceuta et Melilla dans l’espace Schengen. En vertu d’un accord bilatéral, les habitants des deux provinces marocaines voisines, Tétouan et Nador, peuvent entrer librement dans Ceuta et Melilla, mais ne peuvent pas passer dans la Péninsule, rappelle-ton. L’inclusion des deux villes dans l’espace européen de libre circulation devrait mettre fin à cette exception. Une possibilité suggérée par le secrétaire d’État à l’UE du ministère espagnol des Affaires étrangères, Juan Gonzalez-Barba, à la suite de la crise frontalière de mai dernier avec le Maroc.


Autant de solutions avancées par Madrid mais dont on critique cependant l’application. On rappelle par ailleurs que d’autre sujets s’avèrent primordiaux à l’heure actuelle, à commencer par la mise en place de dispositifs de surveillance épidémiologique et de contrôle de vaccins, dans le cas où le Maroc déciderait d’ouvrir ses frontières et afin de juguler toute éventuelle vague épidémique, mais aussi la question du renforcement technique et technologique du contrôle des frontières. Des projets allant dans ce sens sont déjà en cours, comme nous l’écrivions précédemment, mobilisant les ressources espagnoles pour mettre à niveau les frontières.


La question des réfugiés est aussi au centre des discussions, apprend-on, mettant l’accent sur l’autorisation de circuler au sein des deux villes pour les demandeurs d’asile. On songe pour cela à la mise en place de centres de rétention à la frontière, mais aussi à demander au Maroc s’il souhaiterait accepter le rapatriement des demandes d’asile refusés… 


Des alternatives mises sur la table par Madrid, dans l’attente d’une réaction du Maroc qui se garde de fournir des détails sur une éventuelle ouverture des frontières, jouant la carte diplomatique avec l’Espagne pour aborder la question du Sahara, mais aussi en rappelant la nécessité de lutter contre l’informel et contre une situation, peu avantageuse pour l’économie marocaine, comme souvent avancé par le patron des douanes, Nabyl Lakhdar.

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