Sous-marins pour le Maroc : le Français Naval Group veut torpiller l’Allemand TKMS
Bataille navale entre ThyssenKrupp et Naval Group pour les sous-marins marocains. Illustration: Mohamed Mhannaoui / Le Desk
Depuis des années, le Maroc explore la possibilité de commander la construction de submersibles de guerre pour équiper sa Marine royale qui en est encore dépourvue. L’objectif pour le pays, au budget défense déjà conséquent, est d’entrer dans le club restreint des pays africains ayant une capacité militaire sous-marine.
Le royaume qui dispose déjà, entre autres, d’une base navale majeure à Ksar Sghir dans le nord du pays (pour sa frégate FREMM), ambitionne ainsi de se lancer dans l’édification d’une nouvelle grande base sur son flanc Atlantique, à Safi. La Marine royale s’est déjà engagée depuis un certain temps dans la formation de ses futurs sous-mariniers.
Dans cette attente, les manœuvres aéronavales Lightning Handshake menées conjointement avec la marine américaine sont aussi l’occasion pour les forces marocaines de tester leurs capacités de lutte anti-sous-marines.
L’Espagnol Navantia se saborde
Si, jusqu’ici, les supputations avaient évoqué dès 2013 l’Amur-1650 du Bureau d’étude et d’ingénierie maritime russe Rubin, son cousin Lada, l’U212 allemand de ThyssenKrupp, le S-80 de l’Espagnol Navantia, ou encore le Scorpène du Français Naval Group, depuis au moins un an, la compétition s’est, selon nos sources, nettement resserrée.
D’abord avec le démenti de Navantia qui affirmait tout récemment ne pas être dans la course n’ayant pas reçu de consultation de la part de la Marine royale, alors qu’on prêtait encore dans la presse française des velléités à Madrid sur ce marché, tant les relations avec son voisin du sud sont devenues exemplaires. Le chantier naval de San Fernando a déjà par ailleurs fort à faire pour livrer au Maroc son futur patrouilleur de classe Avante.
Selon nos informations, le constructeur allemand ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) était considéré comme grand favori depuis la discrète visite en octobre 2023 d’une délégation menée par le Contre-Amiral Mohamed Tahin à son chantier naval de Howaldtswerke-Deutsche Werft. TKMS y construit son sous-marin conventionnel type 209, livré à de nombreuses marines à travers le monde.
TKMS qui fournit la marine allemande, mais également les marines d'Afrique du Sud, d'Australie, de Colombie, de Corée du Sud, de Grèce, d'Israël, d'Italie, du Portugal, du Pakistan, de Suède, ou encore de Turquie, dispose d’un large catalogue de submersibles à propulsion diesel-électrique : outre le type 209, on compte les types 212, 214 et 218SG, la classe Gotland et les classes Dolphin I et II, ces dernières étant réservées à son client israélien.
Les marins marocains seraient, dit-on, particulièrement séduits par le type 218SG équipant depuis 2019 la marine de Singapour. Celle-ci a mis à l’eau son quatrième exemplaire le 22 avril dernier. Hasard de calendrier, l'Amiral d'escadre Christian Kaack, Inspecteur de la Marine allemande effectuait du 18 au 20 avril une visite aux structures de la Marine royale à Casablanca, à l'invitation du Contre-Amiral Tahin, inspecteur général de la Marine. Il a pu visiter le Centre des opérations maritimes, ainsi que le Secteur maritime Nord à Ksar Sghir où il a été reçu par le Capitaine de Vaisseau-Major. L'Amiral allemand s'est notamment rendu à la 5ème base navale et à l'Ecole de plongée de la Marine royale.
Macron remet à flot Naval Group
Cependant, le récent rapprochement franco-marocain, consolidé par une reconnaissance formelle de la marocanité du Sahara par Paris, puis par la visite d’Etat à Rabat du président Emmanuel Macron, annoncée par l’Elysée pour fin octobre, a rabattu les cartes pour ce contrat aussi stratégique que chargé de symboles.
En bon VRP, Macron devrait embarquer dans son avion Pierre Éric Pommellet, le PDG de Naval Group (ex-DCNS), concurrent direct des germaniques avec son modèle Scorpène dont il espère écouler deux exemplaires à Rabat. Son atout non négligeable, outre la géopolitique, sachant que Berlin reste un cran moins enthousiaste que Paris sur la question du Sahara, fait de lui un candidat sérieux pour la vente des premiers sous-marins au Royaume : le chantier de Lorient avait livré en 2014 au Maroc contre 470 millions d’euros, et assure depuis sa maintenance, la frégate FREMM « Mohammed VI » de classe Aquitaine, navire amiral de la Marine royale.
De plus, Paris et Rabat évoquent en coulisses, depuis des années, la création au Maroc d'une filière industrielle navale commune, ce afin de répondre en priorité aux besoins de la Marine royale, sans compter que depuis 2022, Naval Group demeurait seul en lice pour ravir la concession du chantier naval de Casablanca qui capte aussi depuis peu l’intérêt d’opérateurs sud-coréen, turc et espagnols.
Dans ses efforts pour muscler sa puissance navale au Maghreb, le Royaume investit de manière décisive dans sa marine et compte bien élargir ainsi sa flotte par au moins un, voire deux sous-marins à court-terme. Ce qui changerait la donne dans l'équilibre militaire autour du détroit de Gibraltar, en Méditerranée occidentale et sur la façade Atlantique : l’Espagne dispose de deux sous-marins de classe S-70, et attendant que les nouveaux S-80 quittent les chantiers navals, tandis que le rival algérien revendique au moins six sous-marins opérationnels, mais datant de l’ère soviétique, et compte en acquérir deux autres, de classe Kilo, qu’il aurait commandés à Moscou.
©️ Copyright Pulse Media. Tous droits réservés.
Reproduction et diffusions interdites (photocopies, intranet, web, messageries, newsletters, outils de veille) sans autorisation écrite.
