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26.03.2022 à 21 H 52 • Mis à jour le 27.03.2022 à 15 H 48

Maroc – Algérie : qui prendrait l’avantage en cas de guerre ?

Le risque d’accrochages frontaliers entre les deux voisins du Maghreb est élevé selon l'édition 2022 de l'Atlas stratégique de la Méditerranée et du Moyen-Orient édité par la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES) qui consacre ce scénario parmi les trois possibilités de confrontations armées dans ces régions. Synthèse des forces de dissuasion en présence, sur terre, dans les airs, en mer, mais aussi dans l'ombre des alliances stratégiques



« Si le régime (algérien) venait à s’effondrer, le risque serait de voir l’armée se lancer dans une aventure militaire contre ‘l’ennemi héréditaire’  marocain pour faire diversion des difficultés intérieures ». La phrase est extraite de l’édition 2022 de l’Atlas stratégique de la Méditerranée et du Moyen-Orient qui vient d’être publié par la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques (FMES), un institut de recherche français indépendant, mais dont des personnalités assurant sa gouvernance sont liées aux mondes politique, militaire et de l’industrie de l’armement.


Cette étude a le souci de pointer clairement cet esprit « va-t-en guerre » d’une armée algérienne qui veut détourner l’attention sur une situation intérieure des plus dégradées et justifier des dépenses militaires disproportionnées. « Plusieurs raisons pourraient provoquer un affrontement armé entre l’Algérie et le Maroc : la rivalité historique entre les deux pays, le conflit du Sahara occidental qui empoisonne depuis près de quatre décennies les relations entre Alger et Rabat, une possible fuite en avant des généraux algériens en cas d’effondrement du régime dont ils sont le pilier », écrivent les experts de la FMES qui s’attèlent à décrypter, dans cet Atlas, les rapports de forces dans les conflits et crises qui font l’actualité du pourtour méditerranéen et au Moyen – Orient.


Escalade et escarmouches

La probabilité d’une confrontation armée entre le Maroc et l’Algérie semble tellement élevée que ce scénario figure parmi les trois guerres qui peuvent éclater dans ces régions, aux côtés des risques habituels d’affrontement entre la Turquie et la Grèce ou encore celui entre Israël et l’Iran. Les chercheurs de la FMES ne manquent pas de rappeler les indices de tensions croissantes qui se sont multipliés en 2021, entre les deux pays : décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, fermeture du gazoduc Maghreb-Europe, fermeture par l’Algérie de son espace aérien en septembre, accusations et menaces algériennes après la mort de trois routiers non loin de la zone tampon, etc.


Ce document n’évoque pas d’ailleurs la déclaration de guerre du Polisario contre le Maroc bien qu’il considère que les milices du Front basées à Tindouf bénéficient du « soutien idéologique et matériel » de l’armée algérienne qui cherche à « faire pression sur Rabat et trouver à terme un débouché vers l’Océan Atlantique ».


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Malgré qu’il puisse paraître parcellaire aux puristes de la chose militaire (certaines données compilées n’étant pas tout à fait à jour, notamment en ce qui concerne les arsenaux en présence ou les commandes en cours), cet Atlas reste néanmoins une mine d’informations quant aux capacités des armées des deux pays, de leurs atouts et de leurs vulnérabilités. D’autant plus que les chercheurs vont au-delà d’un inventaire de l’armement, de sa qualité et de son efficacité, pouvant avoir une influence-clé sur l’issue des éventuels combats, mais aussi prennent en compte le domaine de l’invisible, là où les tournants des hostilités peuvent se produire, comme on l’a vu dans les récents conflits armés (par exemple dans le Caucase), ayant démontré qu’une asymétrie des armées sur le papier n’est pas un critère décisif . Le document recouvre tout ce qui joue un rôle crucial dans la stratégie militaire d’un pays donné : des moyens de renseignement, aux satellites, en passant par le cyber-offensif, la guerre électronique, l’action clandestine, voire même les frappes furtives ou non-revendiquées.


Forces en présence

Dans ce domaine justement, le Royaume ne pourrait prendre l’avantage sur son voisin de l’Est que grâce à ses alliances stratégiques. « Le Maroc pourrait bénéficier du renseignement et des capacités cybernétiques américaines et israéliennes très supérieures à celles de l’Algérie, de même que de l’appui de drones suicides Harop israéliens. Le renseignement et les capacités de surveillances terrestres de l’Algérie sont quantitativement plus importantes mais ne peuvent pas être diverties trop longtemps de la frontière sahélienne », peut-on lire dans ce guide qui détaille les capacités des deux pays en termes de surveillance lointaine et de renseignement stratégique ou encore d’actions clandestines, potentiellement non-attribuables.


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


D’ailleurs que ce soit sur terre, en mer ou dans les airs, les Forces armées royales (FAR) paraissent nettement sous-équipées comparativement à l’Armée nationale populaire (ANP) algérienne. C’est que le décalage est d’abord budgétaire : bien que le Maroc a augmenté les dépenses annuelles de son armée de 30 % pour atteindre les 5,5 milliards de dollars (MM $) en 2021, ce montant représente à peine 56 % du budget annuel que concède l’Algérie dans ce domaine, soit 9,7 MM $.


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Il est ainsi admis qu’en matière de dissuasion conventionnelle, l’avantage est pour l’Algérie, ne serait-ce que par ses capacités supérieures en termes de frappes terrestres à longue distance (notamment, les missiles Iskander et Kalibr). C’est que les frappes dans la profondeur et le combat sur terrain plat est une des forces de cette armée, vu l’arsenal dont disposent ses forces terrestres.


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Selon les chercheurs de la FMES, « le Maroc n’a aucun intérêt militaire à une confrontation terrestre dans le sud où la supériorité algérienne pourrait s’exprimer facilement ». Ils considèrent néanmoins que « dans le nord, le relief montagneux lui est très favorable et lui offrirait une profondeur stratégique qui lui permettrait de tenir facilement les rares axes de pénétration et d’échanger du temps contre quelques parcelles de territoires ».


C’est qu’en cas de conflit armé, le Royaume va devoir jouer la montre, estime la FMES à travers son rapport. Il viserait à rechercher l’enlisement par une défense classique du faible au fort, en jouant sur sa capacité de résistance dans la durée, mais aussi à mener des actions asymétriques en territoire algérien (parfois clandestines), ainsi qu’une guerre de la communication pour discréditer l’agresseur et gagner des soutiens occidentaux ou autres.


Emplettes chez les alliés

En effet, « en cas de confrontation armée, Israël, peut-être associé aux Émirats arabes unis, pourrait soutenir militairement le Maroc de façon discrète, pour ne pas laisser son seul allié au Maghreb dans une posture délicate », estiment les chercheurs, tout en précisant qu’un « soutien américain limité pourrait également être envisagé (notamment dans le domaine du renseignement ou des frappes de drones), surtout si la Russie ou l’Iran prenaient parti pour l’Algérie ».


Les alliés du Royaume pourraient d’ailleurs accélérer les livraisons d’armes de manière à améliorer les capacités de l’armée marocaine dans les frappes en profondeur, notamment dans le domaine aérien. L’achat de systèmes « déni d’accès et interdiction de zone », dits A2AD, ainsi que la livraison des systèmes Patriot américains, sont évoqués comme les actions qui permettraient aux FAR de prendre l’avantage sur l’armée algérienne qui dispose jusque-là de plus de force de frappe. Bien que l’étude ne les citent pas explicitement, les tout-récents accords de Défense conclus entre Rabat et Tel-Aviv et la perspective de fournir aux FAR des systèmes anti-aériens Barak MX, Skylock, voire Iron Dome, vont dans ce sens.


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Une bonne partie des futurs achats d’armement du Royaume est tournée d’ailleurs vers la défense aérienne avec le renforcement de la flotte de combat ainsi que les drones (notamment avec les fameux Bayraktar TB2 turcs). Le Maroc attend des livraisons de 25 nouveaux chasseurs F-16 ainsi que 36 hélicoptères d’attaque Apache et 4 drones armés MQ-9 SeaGuardian auprès des Etats-Unis, allié stratégique avec lequel il s’entraine activement (African Lion, Lightning Handshake, etc.)  et négocie également l’achat de systèmes anti-aériens qui peuvent rééquilibrer le rapport de force. La récente activation par le Maroc de sa première base de défense à longue portée à Sidi Yahya du Gharb abritant déjà des batteries chinoises FD200B conforte cette stratégie marocaine. « La supériorité aérienne algérienne, actuellement indéniable, pourrait diminuer avec le temps en raison des livraisons prévues au Maroc », peut-on lire dans ce rapport qui souligne que « si les États-Unis et Israël s’engagent, l’équilibre pourrait être rétabli au profit du Maroc par l’acquisition rapide de systèmes A2AD plus performants ».


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


L’engagement des alliés stratégiques du Maroc, que sont les Etats-Unis et Israël, pourrait également réduire la menace sous-marine algérienne avec ses submersibles russes de classe Kilo améliorés, capables de tirer des missiles de croisière depuis la mer d’une portée de 280 km. L’arsenal naval de l’Algérie lui procure une situation de force permettant théoriquement d’interdire l’accès à la mer à la marine marocaine. Néanmoins, la livraison au Maroc de mines, de drones sous-marins ainsi que d’hélicoptères armés de torpilles et de sonar (dits ASM) pourrait dénier cet avantage algérien.


Maroc vs. Algérie. Infographie: Mohamed Mhannaoui / Le Desk


Si le rapport de forces, en matière d’équipement semble défavorable au Maroc, le renforcement prévu des moyens des FAR –  que ce soit au niveau du renseignement, des drones, ainsi qu’en capacités de déni d’accès et de cyber guerre –  rééquilibreront partiellement les forces. « Une fois que les armements attendus seront livrés, les forces armées marocaines disposeront de capacités accrues dans les domaines naval et aérien, notamment en termes de frappes dans la profondeur, de projection de forces et de déni d’accès », note le rapport.


D’autant que l’armée royale marocaine semble nettement plus structurée (malgré quelques défauts dans la cuirasse) et plus motivée que la sclérosée ANP algérienne marquée par un fossé générationnel entre l’encadrement intermédiaire et la hiérarchie supérieure très âgée. « Politisée aux échelons supérieurs et peu motivée aux échelons inférieurs, elle (ANP) reste d’abord et avant tout l’assurance-vie, voire l’incarnation d’un régime à bout de souffle », estiment les chercheurs de la FMES qui notent la faible motivation des nombreux conscrits de l’armée et sa doctrine d’emploi rigide d’inspiration soviétique.

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